Connaissez-vous la conférence annuelle de l’American Geophysical Union qui rassemble 25 000 chercheurs ?

Posté par Antoine BRET
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J’ai eu récemment la chance d’assister à la conférence annuelle de l’American Geophysical Union (AGU). Ce monstre de conférence rassemble chaque année environ 25.000 chercheurs dont le dénominateur commun est d’être experts dans la physique de phénomènes se déroulant quelque part dans le système solaire. Vaste programme, pour paraphraser le Général…

Tout y passe donc, depuis le soleil jusqu’au centre de la terre, ce qui donne, plus ou moins dans l’ordre : physique du soleil, couronne solaire, vent solaire, magnétosphère terrestre, atmosphère terrestre, climat, météo, tectonique des plaques, noyau terrestre, sans compter des thèmes de recherche dont j’ignorais jusqu’à l’existence, comme l’étude de la biosphère profonde (c’est-à-dire des organismes vivant jusqu’à plusieurs kilomètres sous nos pieds). Les autres planètes du système solaire ne sont pas en reste, et les recherches présentées débordent même du système solaire puisque l’on parle beaucoup d’exoplanètes.

Evidemment, à moins d’avoir le don d’ubiquité et d’assister à 5.000 présentations par jours, on ne peut pas tout voir. Après avoir discuté des ondes de choc dans les plasmas, je me suis donc beaucoup promené.

Sans faire trop long, voici quelques commentaires/souvenirs/remarques,

  • J’ignorais que la découverte de la tectonique des plaques fut si récente. Mis XX siècle. Un siècle qui décidément aura été fructueux dans bien des domaines de la connaissance.
  • La NASA a lancé le 12 août dernier la sonde Parker, qui vient de faire son premier passage près du soleil. Elle ne va pas dedans, ni ne le touche. Elle le frôle « seulement » à 10% de la distance terre-soleil, ou si vous préférez à 35 rayons solaires, ce qui permet une collecte de données in-situ extrêmement précieuse.
  • Les recherches présentées dans ces conférences sont, par définition, à la frontière du domaine de la connaissance. Sinon, ce n’est pas de la recherche. Juste la réinvention de l’eau tiède. Il est donc tout à fait normal à ce niveau qu’un expert en contredise un autre, ce dont une certaine presse adore s’emparer pour s’exclamer que « il n’y a pas de consensus ».
  • De quoi donc parlèrent les innombrables interventions relatives au réchauffement climatique ? Pas de l’existence de ce dernier, ni de son origine, qui sont des affaires classées depuis 20 ans, de la même manière que la forme de la terre ou son âge sont des affaires classées depuis des siècles. Non. La frontière de la connaissance se situe désormais sur des terres plus pointues : quelle est/sera l’impact du réchauffement sur le Jet Stream, sur l’oscillation atlantique multidécennale (si si, ça existe), sur sa sœur du pacifique, sur le niveau de la mer ici ou là, sur les sécheresses ou les inondations ici ou là ? Bref, on passe du global au local, au niveau statistique bien sûr, ce qui intéresse beaucoup les pouvoirs publics, ou bien les assureurs.
  • Enfin, l’infatigable Katherine Hayhoe, climatologue et évangélique déclarée, était de la partie, pas ostracisée pour un sou par son étiquette évangélique.

 

Est-il bien utile de traverser l’Atlantique pour cela ? Bien sûr, on peut se tenir au fait des recherches des uns et des autres en lisant la presse spécialisée. Bien sûr, le courrier électronique permet une communication quasi instantanée, et un « Skype » vous donne une interaction son et lumière. Mais ces outils ne font à mon sens que diminuer le besoin d’interactions directes, sans aller jusqu’à les remplacer. Habitué que je suis des Skype, justement, ils ne me procurent jamais la même fluidité qu’une discussion « Live » à bâtons rompus, avec les idées qui rebondissent au grès de l’échange, ou bien ce quelque chose qui vous aura trotté dans la tête pendant la nuit et dont on reparlera le lendemain.

Et puis il y a les imprévus. Un peu comme ce livre qui se retrouve dans votre poche en sortant du libraire, et que vous n’aviez absolument pas prévu d’acheter. Dans les conférences, ce sera cette intervention passionnante sur un sujet que vous ignoriez, ou cette rencontre avec ce physicien japonais qui travaille sur un domaine voisin du vôtre. Le potentiel de rencontres avec l’inconnu est ici quasi infini. J’en ai été très souvent témoin lors des conférences, et bien des idées que j’ai eues au cours des années furent le fruit de discussions inattendues.

En fin de compte, les scientifiques sont avant tout des humains. Et Dieu merci, nous n’avons pas encore complètement digitalisées nos relations.

Antoine BRET

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