Concordisme et approche biblique alternative 1/3 : analyse du point de vue de Hugh Ross

Bible concordisme Genèse
Posté par Paul Seely


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Introduction (Science & Foi)

Cet article est issu de la base mise en ligne par l’ASA (American Scientific Affiliation, une association qui rassemble plus de 2000 scientifiques chrétiens américains).
Traduit avec autorisation par Hélène Mayhew pour Science & Foi.

l’article original est consultable ici.

Nous le publions en trois parties sous la forme d’une série  Concordisme* et approche biblique alternative

* Pour une définition du concordisme scientifique dans la Bible  et de ses difficultés voir ici

 


 

Résumé

À la différence de nombreux textes qui s’intéressent avant tout au premier chapitre de la Genèse, le livre de Hugh Ross, The Genesis Question, examine l’ensemble des onze premiers chapitres de la Bible et nous donne une occasion rare de découvrir le regard d’un éminent concordiste* sur les conflits opposant ces chapitres à la science moderne. Les tentatives d’harmonisation de ces passages bibliques avec la science moderne sont ici examinées et se révèlent peu concluantes. Après avoir montré en quoi les explications de Ross, typiques de l’approche concordiste, échouent à concilier la création, Adam, le déluge et la tour de Babel avec les découvertes de la science moderne, l’auteur nous propose une approche alternative, mais tout à fait biblique, de la question.  

 

 

 

Hugh Ross, président de l’association Reasons to Believe, s’est appuyé sur ses connaissances professionnelles en astronomie pour écrire des livres d’apologétique estimables en faveur du christianisme biblique, centrés tout particulièrement sur les thèmes du Big Bang et du principe anthropique[i]. Ross soutient le créationnisme Vieille-Terre et exerce un ministère d’évangélisation dont l’approche tourne autour des questions de la science et de la Bible.

Parce que certains des conflits les plus importants entre la science et la Bible ont pour origine les onze premiers chapitres de la Genèse, il écrivit The Genesis Question (La question de la Genèse) afin de montrer en quoi ces chapitres peuvent s’accorder avec la science moderne. Le livre réfute, avec pertinence, de nombreux arguments du créationnisme Jeune-Terre, mais comme Ross se situe, en la matière, hors de son domaine de compétences, il n’est pas étonnant que ce qu’il écrit sur Genèse 1-11 ne résiste pas à un examen approfondi[ii]. Après avoir examiné la manière dont il s’efforce de concilier les principaux événements bibliques de ces chapitres avec la science, je présenterai une approche alternative, et à mes yeux plus biblique, de la science et des Écritures.

 

 

Ross et Genèse 1

Dans un article passé, j’avais écrit que Ross et d’autres concordistes ont sorti Genèse 1 de son contexte historique et biblique, et l’ont en fait réécrit à dessein de l’accorder à la cosmologie moderne. Cet article, titré « The First Four Days of Genesis in Concordist Theory and in Biblical Context » (Les quatre premiers jours de la Genèse dans la théorie concordiste et le contexte biblique) peut être consulté sur le site web de l’ASA[iii]. Je ne vais donc pas rappeler ici l’interprétation que Ross fait de Genèse 1. Il suffit ici de souligner que les spécialistes de l’Ancien Testament sont quasi-unanimes pour affirmer que le soleil, la lune et les étoiles ont été créés le quatrième jour, et qu’ils ne sont pas seulement apparus comme le voudrait l’interprétation concordiste[iv]. Ainsi, au cœur de l’interprétation concordiste de Genèse 1 se déploie une interprétation personnelle. Et comme l’a mis en évidence mon article, le concordisme tire également hors de leur contexte d’autres versets de Genèse 1 et les réinterprète à sa manière. L’approche concordiste de Genèse 1 repose donc sur des fondements qui ne sont pas plus solides que ceux de la science créationniste, laquelle s’appuie sur des interprétations tout aussi singulières des données scientifiques.

 

 

Ross et Adam

Doss reconnaît que, dans la Bible, Adam est le premier être vivant sur terre et, contrairement à certains concordistes, il n’essaie pas d’élaborer une théorie préadamiste. Il admet que les hominidés remontent à plus d’un million d’années et que les hommes de Néandertal existaient à l’époque habituellement admise, mais il soutient que ceux-ci n’étaient pas de réels êtres humains, ni des ancêtres d’Adam.

Ross considère à juste titre que la différence entre les animaux, y compris les hominidés bipèdes, et Adam tient au fait que ce dernier a la capacité spirituelle d’être conscient de la présence de Dieu et de converser avec lui. Pour dater Adam, il cite deux journaux scientifiques, publiés en 1981 et 1986, affirmant que des reliques religieuses et des autels, qui indiqueraient la présence d’êtres véritablement spirituels, remontent à « vingt-quatre mille ans tout au plus ».

Le problème est que, depuis 1986, d’autres autels ont été découverts, dont deux érigés par des hommes de Néandertal. L’un a été trouvé à Bruniquel, en France, et date d’au moins 47 600 ans[v]. D’autre part, des preuves solides de sacrifice de cerf accompli par des hommes de Néandertal ont été repérés dans une grotte moustérienne au Liban[vi]. Si les autels attestent de la présence d’êtres véritablement spirituels, les hommes de Néandertal doivent alors être considérés comme de vrais humains, qu’ils soient ou non les ancêtres de l’Homo sapiens sapiens.

Ross examina aussi des recherches effectuées sur le chromosome Y et en conclut que les Homo sapiens sapiens ont un ancêtre mâle commun datant de 35 000 à 47 000 ans. Se basant sur l’ADN mitochondrial, il conclut que les Homo sapiens sapiens ont un ancêtre commun femelle remontant à quelques milliers d’années plus tôt – jusqu’à peut-être dix mille ans. En fin de compte, Ross ne date pas clairement Adam dans son livre, mais compte tenu des données mentionnées ci-dessus et du fait que les Homo sapiens sapiens ont des ancêtres en Europe apparus il y a 30 000 ans, il en tire certainement la conclusion que l’existence d’Adam date d’au moins 35 000 ans. Il semble même admettre une datation d’au moins 50 000 ans. Son site internet comporte d’ailleurs une rubrique d’information indiquant que l’origine humaine remonte à 50 000 ans[vii].

Du point de vue anatomique, l’origine des Homo sapiens sapiens est estimée à 100 000 ans ou plus, mais il se peut que le premier être véritablement humain correspondant à Adam ne soit pas apparu avant 50 000 ans. Or, comme nous le verrons plus loin, cette date donne à la généalogie de Genèse 5 des dimensions irréalistes. Son ancienneté pose un problème sérieux au regard de l’activité agricole d’Adam. Adam est clairement décrit comme un fermier pratiquant des cultures domestiquées (Gen. 2:5, 15 ; 3:23). En outre, les deux premiers versets de Genèse 4 révèlent, à la lumière de Genèse 4:25, que l’existence de Caïn et Abel est contemporaine de celle d’Adam. L’un récoltait des cultures domestiquées, l’autre élevait du bétail. Les cultures d’Adam étaient donc assurément néolithiques.

Les activités humaines il y a 50 000 ou même 35 000 ans étaient, quant à elles, clairement paléolithiques puisque ni les cultures ni le bétail n’avaient été domestiqués. En effet, leur domestication n’apparaît pas, dans les données archéologiques, avant 9000 ou 10 000 ans avant J.-C. Les humains de l’ère paléolithique n’avaient pas non plus construit de villes, même au sens restreint du terme. Or Caïn en avait construit une (Gen. 4:17). Par conséquent, si la Genèse nous livre une description exacte de l’activité agricole d’Adam, son existence ne peut absolument pas être datée de plus de 12 000 ans. Les cultures pratiquées par Adam excluent une datation à 50 000 ou même à 35 000 ans, condition pourtant requise pour faire concorder le récit biblique avec les preuves scientifiques.

Dans un court article, un des collaborateurs de Ross, Fazale Rana, se confronte à ce problème, mais avance l’idée que

« des pratiques agricoles existaient bien à petite échelle avant la révolution néolithique »[viii].

Il fonde son affirmation sur des excavations réalisées près de la mer de Galilée qui ont permis de découvrir qu’il y a 23 500 ans, des humains récoltaient en priorité des herbes sauvages à grosses graines. Ils les moulaient aussi pour en faire de la farine. Nul doute que l’agriculture est apparue avec la récolte d’herbes sauvages, mais les preuves citées étayent uniquement la présence d’herbes sauvages, non celles d’herbes domestiquées. Comme le précisent les auteurs de l’article scientifique d’origine, ces preuves attestent d’une pratique de la chasse et de la cueillette, et non de celle de cultures domestiquées comme le suggère le récit biblique d’Adam et de Caïn[ix]. De plus, la date estimée des vestiges découverts est d’environ 12 000 ans plus récente que la date la plus tardive avancée par Ross à propos d’Adam. Ces découvertes ne concordent pas non plus avec la description biblique puisqu’à cette date, on ne trouve preuve ni de l’existence d’arbres fruitiers cultivés, ni de celle d’une ville, comme l’entend le récit biblique.

Ross pourrait rétorquer, comme d’autres l’ont fait, que la culture néolithique d’Adam fut provisoirement perdue et céda la place à la culture paléolithique qui prévalut jusqu’à environ 9000 ou 10 000 ans avant J.-C., date à laquelle la culture néolithique fut réinventée. L’existence d’Adam pourrait de la sorte remonter à 50 000 ans. Certaines cultures peuvent régresser, admettons-le, mais le scénario suggéré semble ici ad hoc, parce qu’aucune trace de culture néolithique précédant le paléolithique n’a jamais été repérée. De surcroît, ce scénario ne concorde pas avec les données bibliques. Dans la généalogie de Genèse 5, les deux premières personnes, Adam et Seth, sont manifestement contemporaines (Gen. 4:25) et les deux dernières, Lémek et Noé, le sont aussi (Gen. 5:29) et datent de 5000 avant J.-C. (voir ci-dessous). Cela ne laisse que sept générations pour couvrir environ 40 000 ans de culture paléolithique.

De façon tout à fait erronée, ce point de vue suppose l’idée de lacunes dans les généalogies, mais aussi celle qu’une généalogie ait pu s’étendre sur une durée exceptionnelle et inégalée. De plus, comme l’écriture n’avait pas encore été inventée, il faudrait alors admettre que cette généalogie a été conservée intacte pendant des dizaines de milliers d’années, par transmission orale. Cela me paraît très improbable, surtout quand nous constatons que Lémek se souvient non seulement du nom d’Adam mais aussi des paroles que Dieu adressa à Adam, supposément 45 000 ans auparavant (Gen. 3:17 ; 5:29). D’autre part, la généalogie de Genèse 4 est généralement considérée comme étant parallèle à celle de Genèse 5. Pourtant, comme Enoch se situe au début du néolithique et Lémek à la fin de cette même ère, il ne resterait alors que quatre générations (Gen. 4:18) pour couvrir 40 000 années de culture paléolithique. Lémek, une nouvelle fois, serait cet homme qui, par la seule transmission orale, se souviendrait avec précision des paroles de Dieu adressées à Caïn 45 000 ans plus tôt ! Je pense que nous devons conclure qu’une telle approche est dénuée de preuve empirique, contraire à toute probabilité et très vraisemblablement ad hoc.

Si les chapitres 2 à 4 de la Genèse possèdent l’exactitude littérale que Ross leur prête en interprétant ces chapitres, l’Adam biblique néolithique est, du point de vue chronologique, en sérieuse contradiction avec le premier homo sapiens paléolithique de l’anthropologie moderne[x].

 

 

La suite de l’article traitera du déluge et de la tour de Babel.

 

A lire également

 

 


Notes

[i] Note de Science & Foi : en Français on trouve traduit par exemple, l’ouvrage Dieu et le cosmos, Edition, la clairière, Canada, 1998

[ii] Bien que j’expose l’insuffisance des arguments avancés dans le livre de Hugh Ross, The Genesis Question (Colorado Springs, CO : Nav Press, 2001), c’est au concordisme en général que je m’oppose et non à Ross ou à son ministère qui, mises à part certaines déviations hors de son champ d’expertise, apporte une réelle contribution au christianisme. De plus, Ross a constamment fait montre d’un admirable caractère chrétien, en particulier à travers son refus de vitupérer ceux qui l’ont critiqué. Cette attitude, qui s’inspire de celle du Christ, est la preuve précieuse d’un christianisme authentique, qui m’amène à le considérer avec la plus haute estime.

[iii] Paul H. Seely, « The First Four Days of Genesis in Concordist Theory and in Biblical Context », PSCF 49, n° 2 (juin 1997) : 85-95 et www.asa3.org/ASA/PSCF/199è/PSCF6-97Seely.html.

[iv] Pour ne citer que les experts évangéliques de l’Ancien Testament : Keil and Delitzsch, Biblical Commentary on the OT 1 (réédition, Grand Rapids, MI : Zondervan, 1951), 51 ; H. C. Leupold, Exposition of Genesis (Grand Rapids, MI : Baker, 1950), 52 ; John Walton, Genesis (Grand Rapids, MI : Zondervan, 2001), 79 ; Victor Hamilton, The Book of Genesis Chapters 1-17 (Grand Rapids, MI : Eerdmans, 1990), 121 ; Bruce Waltke, Genesis (Grand Rapids, MI : Zondervan, 2001), 61 ; Kenneth Mathews, Genesis 1-11 : 26 (Nashville, TN: Broadman et Holman, 1996), 145, 153 ; Gordon Wenham, Genesis 1-15 (Waco, TX : Word, 1987), 18.

[v] G. Bednarick, « Neandertal News », The Artefact 19 (1996) : 104.

[vi] Alexander Marshack, « Early Hominid Symbol and Evolution of the Human Capacity », in Paul Mellars, The Emergence of Modern Humans (Ithaca, NY : Cornell University Press, 1990), 481.

[vii] Fuz Rana, « New Y Chromosome Studies Continue to Support a Recent Origin and Spread of Humanity », www. reasonstobelieve.org. Last accessed January 2007.

[viii] Fazale Rana, « Agriculture’s Origin Fits RTB Human Origins Model », Connections 7, no. 2 (2005) : 2-3.

[ix] Dolores R. Piperno, et. al., « Processing of Wild Cereal Grains in the Upper Paleolithic Revealed by Starch Grain Analysis », Nature 430 (2004) : 670-3.

[x] John Jefferson Davis comprend l’histoire d’Adam non comme vrai au sens littéral, mais vraie par analogie. Voir son article sur Adam dans Inerrancy and Common Sense, éd. Roger R. Nicole et J. Ramsey Michaels (Grand Rapids, MI : Baker, 1980). Comme je l’ai affirmé à propos de certaines questions dans Genèse 1, je pense que la révélation dans Genèse 2-4 s’harmonise bien avec le savoir scientifique de l’époque. En ce qui concerne Genèse 1, voir Paul H. Seely, « The firmament and the Water Above, Part I : The Meaning of Raqia in Gen. 1:6-8 », Westminster Theological Journal 53 (1991) : 227-40 ; « The firmament and the Water Above, Part II The Meaning of ‘The Water above the Firmament’ in Gen. 1:6-8 », Westminster Theological Journal 54 (1992) : 31-46 ; Paul H. Seely, « The Geographical Meaning of ‘Earth’ and ‘Seas’ in Gen. 1:10 », Westminster Theological Journal 59 (1997) : 231-55.

 

 

Crédit illustration : https://fr.123rf.com/profile_pakhay 


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Paul Seely
Paul H. Seely est diplômé du Westminster Theological Seminary. Comme Spécialiste de l’arrière-plan historique de la Bible, il a publié un livre, Inerrant Wisdom (Sagesse infaillible), ainsi que de nombreux articles sur la relation entre la science et les Écritures. Il a deux fils et vit à Portland, dans l’Oregon, avec sa femme Anita.

18 Commentaires

  1. Avatar
    Benoit Hébert sam 26 Oct 2019 Répondre

    Avec Denis Lamoureux, Seely est le théologien qui m’a le plus aidé à y voir clair dans les rapports entre Bible et science, Bible et histoire…Il s’exprime clairement et fait mouche dans ses affirmations !

  2. Avatar
    Antoine Bret sam 26 Oct 2019 Répondre

    Même si Ross est plus raisonnable que Ham, il me semble qu’il souffre d’une version plus légère du même mal: la réalité doit se plier à mon idéologie. L’insistance de Ross à vouloir que la cosmologie actuelle ait prouvé que le Big Bang était un commencement, est fâcheuse.

  3. Avatar
    Christophe FORNES dim 27 Oct 2019 Répondre

    Je pense que la plupart d’entre nous ont besoin de considérer les but respectifs des Écritures (spirituel éternel, but) et des sciences et techniques expérimentales et/ou observationnelles (matériel temporel, moyens).

    Quand nous sommes chrétiens le point de vu spirituel de Dieu nous intéresse plus que le point de vu temporel qui a entrainé la chute d’Eve et d’Adam.

    Que nous importent ces questions de date, ces questions oiseuses et ces disputes de mots ou entre frères plus ou moins au fait des sciences de Dieu et de celles des hommes. Chacun dit la sienne puis les choses sont rapportées plus ou moins fidèlement ce qui amplifie la confusion à Babylone surtout dans ses quartiers « chrétiens ».

    Au sujet de Néandertal, il faut se mettre à la page question parenté : les européen et les aborigènes possèdent 2 à 5% de son ADN (dont des gènes favorisant la schyzophrénie et l’arthrose). Les Tibétain d’altitude on de l’ADN de Dénisova… intéressant mais qui ne nous mène pas plus loin que cela dans la Vie Eternelle.

    Adam est le premier homme créé par la Parole de Dieu, par le souffle de son esprit. Ce que signifie « de la poussière de la terre » d’un point de vue objectif, matériel ne nous intéresse pas vraiment : la poussière retourne à la terre, voilà tout (Ecclésiaste). Que Satan marche sur son ventre et se nourrit de poussière est une chose intéressante : la poussière vient de l’altération et de la division des éléments constitutifs des roches. Son pendant spirituel est l’esprit analytique et comparatif. Temporel, soupçonneux quand il n’émane pas du Père, il débouche sur le jugement sévère de l’autre (indignité, mépris, dénigrement, domination, maltraitance, injures, insultes, violence, etc.) opposé à l’Arbre de vie.

    Une langue douce est un arbre de vie (Proverbe).

    Bien à vous

    Christophe

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      Marc Fiquet dim 27 Oct 2019 Répondre

      Bonjour Christophe,

      je pense qu’il faut attendre la suite de l’article, surtout le volet 3 où P Seely montrera qu’il est vain en effet de chercher à faire concorder ces récits avec des événements précis de l’histoire. D’ailleurs pour la plupart des chrétiens évangéliques, quand ils prêchent sur ces textes aujourd’hui, ils le font sur la base du sens spirituel de ceux-ci pas sur leur sens historique. Néanmoins paradoxalement, pour beaucoup d’entre-eux, ils se voient obligés de maintenir ces onze chapitres dans l’histoire de l’humanité comme des faits réels. Ce qui pose de sérieux problème avec les découvertes de la science de puis 150 ans (souvent au nom d’une certaine conception de l’inspiration biblique). C’est là l’enjeu de ces discutions. Et aussi la manière dont on va s’adresser à nos contemporains.
      Pour certains chrétiens, la science moderne (ex l’évolution) est une science diabolique qu’il faut abandonner pour pouvoir rencontrer le Christ. Pour d’autre l’évolution biologique est le moyen qu’a choisi Dieu pour créer l’humanité, les discussions sont donc beaucoup plus apaisées, les 11 chapitres de la Genèse sont des récits fondateurs qui montrent la condition de l’Homme devant Dieu (le bien le mal, meurtrier de son frère dès le commencement, voulant s’élever jusqu’à Dieu etc..). Sans l’arbre de vie que les Chrétiens ont identifié au Christ, il est impossible de jouir de la vie éternelle.
      Quand ont connait le contexte de rédaction de ces textes qui racontent également la condition du peuple d’Israël, son exil etc.. on retrouve toute la cohérence du texte biblique et il n’y a aucun conflit avec la lecture du livre de la Nature. nous pensons que Dieu a doté l’homme croyant ou non de l’intelligence pour découvrir les lois naturelles par lesquelles il agit dans le monde, l’évolution, le big bang en font partie.

      La démarche de Hugh Ross est louable en soit, comme cosmologiste, il reconnait le modèle du big bang et donc une terre ancienne. Mais il peine à reconnaître l’évolution pour l’homme qu’il considère comme création spéciale de Dieu. Cela explique qu’il cherche dans le texte biblique des arrangements permettant de faire surgir à un moment de l’histoire un humain créé spécialement par la main de Dieu.

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    Pascal lun 28 Oct 2019 Répondre

    J’avoue que rechercher des fondements historiques à un récit aussi symbolique que la Genèse, et notamment à sa partie dévolue à Adam et Eve, me laisse pantois.

    Partant du principe, que l’émergence de la conscience dans une branche proto-humaine, constitue le plus grand mystère, avant même celui de l’apparition de la Vie et de l’évolution des espèces, que les théories biologiques permettent de mieux en mieux cerner, j’émets l’hypothèse (je l’avais déjà fait à un autre endroit de ce blog), que le récit d’Adam et Eve, est la narration à un niveau symbolique, du moment « précis » où Dieu décida de doter notre espèce de la « Conscience », nous faisant de la sorte, des enfants directs, « à Son image ».

    Cette idée est-elle farfelue ? Est-elle absurde ? Avec mes propres connaissances, je n’ai pas encore trouvé d’arguments me permettant de la réfuter.

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      Temaro lun 28 Oct 2019 Répondre

      Bonsoir Pascal,

      Qu’est-ce qui te fait dire que la conscience humaine serait de nature différente de celle qu’on peut trouver chez un grand nombre d’autres espèces dîtes supérieures ?
      Personnellement, ce qui m’interpelle, ce sont les qualia, ces éléments de conscience phénoménale (ce que ça fait de voir un objet rouge, de ressentir une émotion, d’éprouver des sentiments, d’elaborer des idées etc… Bref, toutes ces experiences sensibles qui nous distinguent d’un zombi ou d’une intelligence artificielle qui fonctionne sur la base d’algoritmes d’apprentissage.
      Là se trouve une grande enigme, me semble-t-il, et je suis loin d’être convaincu qu’un dieu (chrétien ou pas) puisse fournir une réponse satisfaisante.

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        Pascal lun 28 Oct 2019 Répondre

        Bonsoir Temaro,

        en tant qu’humain, il ne faut pas faire preuve de fausse modestie, quand nous essayons de mesurer le saut « quantitatif » qu’il y a entre le degré de conscience d’un animal et le nôtre.
        J’ai eu assez d’animaux, chats ou chiens principalement, pour m’être rendu compte que ceux-ci sont conscients, et sensibles à leur environnement, qu’ils sont capables d’émotions diverses, ainsi que d’entrer en communication avec nous, d’une manière qui leur est propre. Par contre, je pense que le degré de conscience d’une mouche est d’un ordre inférieur à celui d’un simple animal de compagnie comme un chat ou un chien.
        Mais, avec l’Homme, la conscience est devenue « réfléchie », car il peut se penser lui-même, et analyser sa relation au monde.
        Pour paraphraser Teilhard de Chardin, que je ne manque jamais de citer, tant j’ai trouvé son analyse profonde et limpide tout à la fois, la Vie est allée évoluant, ajoutant à chaque fois un peu plus de conscience, au fur et à mesure que les organismes gagnaient en complexité. Avec l’Homme, il y a un changement brutal de la nature de cette conscience.
        Il compare cela à de l’eau que l’on amène progressivement à l’ébullition. Toutes les calories qu’elle emmagasine l’amènent toujours plus près de son point d’ébullition, mais parvenue à ce point-là, elle change d’état. Il y a eu rupture. L’Homme c’est la conscience parvenue à son point d’ébullition, où elle a changé d’état.

        • Avatar
          Temaro mar 29 Oct 2019 Répondre

          Tu évoques une conscience réfléchie (ou réflexive) chez l’humain. Mais là aussi, cette aptitude et aussi l’empathie sont présentes chez bon nombre d’espèces.
          Nous nous sommes spécialisés dans ce que nous savons faire le mieux, voilà tout, à l’instar d’autres espèces qui ont développé d’autres fonctions comme l’echolocation, la détection de champ magnétique, l’art du camouflage, la faculté de changer de sexe ou autre.
          Il existe même des espèces considérées par les biologistes comme quasi immortelles en théorie (ex: Turritopsis Nutricula)
          Est-ce que le fait que nous songions à nos origines et à un au-delà fait de nous des êtres à part touchés par une forme de divinité ?
          Personnellement je ne franchirai pas le pas, car cette conclusion me semble insuffisamment établie.

          • Avatar
            Pascal mar 29 Oct 2019 Répondre

            J’émets l »hypothèse, que par l’intervention divine telle que relatée dans le récit symbolique d’Adam et d’Eve, la Nature devient consciente d’elle-même, à travers nos existences.

            Mais selon Teilhard de Chardin, c’est par le jeu de l’évolution naturelle sous-tendue par une volonté divine créatrice existant dès le début, que la Nature accouche à un moment donné d’un être capable de conscience « réflexive » sur l’arbre de la Vie, c’est-à-dire, localement, de nous-mêmes (jusqu’à ce qu’on découvre de la vie sur une lointaine exo-planète, ce dont je ne doute personnellement pas, mais n’anticipons pas).

            Rien de ce que je dis ne peut être bien entendu étayé par la moindre preuve. C’est de la pure spéculation, prenant appui, d’une part sur un récit biblique, et d’autre part, sur des connaissances rationnelles.

            Je voulais simplement émettre l’idée qu’il y avait une troisième façon d’interpréter le récit d’Adam et Eve, car comme je le disais dans ma première intervention sur ce thème, les tentatives de faire coller le récit de la Genèse à l’histoire, me semblent si artificielles, qu’il faut bien trouver quelque intermédiaire, entre une interprétation littérale, et le fait de la considérer comme la survivance d’une cosmogonie primitive.

            Par contre, je ne suis pas d’accord avec toi, quand tu prêtes une conscience réflexive aux espèces animales. C’est nous qui envoyons des satellites en orbite, qui explorons l’Univers extra-galactique aussi loin que l’horizon cosmologique, et qui sommes bien capables de nous éradiquer nous-mêmes de la surface de cette planète par nos activités, si nous ne changeons pas d’attitude. Il n’y a pas d’autre espèce animale capable de ce meilleur, comme de ce pire sur Terre.

            • Avatar
              Temaro mar 29 Oct 2019

              Bonjour Pascal,

              Je ne conteste pas le fait que l’humanité ait explosé les standards du monde animal si on considère notre aptitude à intervenir sur notre environnement.
              Je remarque d’ailleurs que cette problématique rejoint celle posée par le principe anthropique. Ainsi, on pourrait dire que l’humanité a les propriétés requises pour envoyer des satellites en orbite.
              Et après ? Où ce constat nous mene-t-il ?
              Je rappelle qu’il n’existe pas de théorie de l’évolution de Theilard de Chardin et que la TSE (théorie synthétique de l’évolution) s’inscrit en dehors de tout finalisme d’ordre divin. La complexité s’exprime dans une évolution buissonnante et contingente.

               » J’émets l’hypothèse que par l’intervention divine […] la Nature devient consciente d’elle-même, à travers nos existences.  »

              Voilà le problème !
              Une hypothèse doit être testable et donc réfutable, raison pour laquelle on doit évoquer ici la notion de postulat métaphysique.
              En fait, Il suffirait que tous les mécanismes de l’évolution soient compris dans le moindre détail pour évacuer définitivement ce type de postulat.

            • Avatar
              Pascal mar 29 Oct 2019

              Bonjour Temaro,

              d’accord avec « postulat métaphysique » qui est effectivement plus judicieux qu’hypothèse dans ce contexte.
              Teilhard de Chardin ne propose évidemment pas sa propre théorie de l’évolution, puisqu’il était paléontologue, et parfaitement en accord avec les connaissances scientifiques de la première moitié du XXe siècle.
              Il a simplement adjoint au dehors des choses, et à leur évolution visible, un « dedans » des choses, qui aurait évolué de manière conjointe, pour finalement aboutir au « phénomène humain », titre de son essai le plus important.
              Etant prêtre, il a certainement aussi éprouvé le besoin de mettre en accord ses connaissances scientifiques avec sa foi chrétienne, et sa manière d’y parvenir est très intéressante, même si beaucoup de ses développements relèvent purement de la spéculation métaphysique.

              Vous dites : « En fait, Il suffirait que tous les mécanismes de l’évolution soient compris dans le moindre détail pour évacuer définitivement ce type de postulat. »
              Je crois qu’on a eu un peu le même problème avec la physique quantique, mais les développements théoriques récents et des expériences concrètes, ont démontré l’inexistence de paramètres cachés, sa complétude, et que donc elle ne deviendrait jamais intelligible au sens classique du terme.

  5. Avatar
    temaro mar 29 Oct 2019 Répondre

    Bonjour Pascal,

    Vous avez raison de rappeler que Thelhard de Chardin en était resté aux connaissances acquises de la première du XXème siècle, car la TSE (théorie synthétique de l’évolution) menée dans les années 1930 à 1940 a connu des évolutions majeures durant la seconde moitié du XXème siècle, notamment avec la théorie des équilibres ponctués (dont Pierre Trémaux fut certes le précurseur au XIXe siècle) mais qui n’a été présentée avec de solides arguments par Niles Eldredge et Stephen Jay Gould qu’en 1972, théorie qui, si elle suscita initialement de vives critiques, finit par emporter l’adhésion de la majorité des paléontologues.

     » Il (Thelhard de Chardin) a simplement adjoint au dehors des choses, et à leur évolution visible, un « dedans » des choses, qui aurait évolué de manière conjointe  »

    Oui, on est là dans l’idée du principe vitale ou du principe interne soutenu par

    Vous dîtes à propos d’une explication qu’on pourrait apporter à la complexité dans le monde vivant:
     » on a eu un peu le même problème avec la physique quantique  »

    Certainement. C’est même très clair en MQ.
    En effet, on n’a pas besoin de postuler des univers parallèles / alternatifs en biologie (au moins dans une première approximation) pour rendre compte de la complexité du monde vivant qui obéit aux lois de la physique de notre univers, alors qu’en mécanique quantique, c’est inévitable (même pour expériences des plus basiques qui ne portent que sur une seule particule) si on veut rendre compte d’un hasard qu’on qualifie, faute de mieux, de fondamental.

    Par ailleurs, la question de la complétude ne se pose pas uniquement pour les théories évoquées mais pour toute théorie considérée comme non achevée ou non unifiée.
    (c’est par exemple le cas pour la gravitation de Newton, la relativité…)

    Lien: (page 4 pour avoir une idée)
    https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00189812/document

    Et Dieu dans tout ça ?

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      Pascal mar 29 Oct 2019 Répondre

      Merci pour le bel article épistémologique sur la complétude d’une théorie physique. L’auteur sous-entend à la fin que la complétude de la mécanique quantique résulte aussi de celle des outils mathématiques nécessaires à sa formalisation (espaces de Hilbert, …). Il faudra que je le relise, car il est très dense, et beaucoup de choses sont évoquées aussi bien sur le plan mathématique ou logique (théorème de Gödel, calcul des prédicats, etc…) .

      Et Dieu dans tout ça ? Il vit dans l’esprit et le coeur du croyant. Dieu n’est pas « raisonnable ». Et la foi est parfois folie aux yeux des hommes.

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        temaro mar 29 Oct 2019 Répondre

         » la foi est parfois folie aux yeux des hommes.  »

        Heureux de te l’entendre le dire.

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          Pascal mar 29 Oct 2019 Répondre

          En fait, je ne fais que paraphraser 1 Corinthiens 1:18 : « Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu. Aussi est-il écrit: Je détruirai la sagesse des sages, Et j’anéantirai l’intelligence des intelligents.… »

          ou encore 1 Corinthiers 2:14 : « Mais l’homme animal ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge. »

          Donc, ce n’est pas moi qui le dis. C’est écrit dans la Bible. Mais je pense bien qu’il est difficile pour un athée de comprendre ce qu’est la foi.

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    temaro mar 29 Oct 2019 Répondre

    Pascal,

    Désolé pour ce commentaire validé un peu vite:

    » Il (Thelhard de Chardin) a simplement adjoint au dehors des choses, et à leur évolution visible, un « dedans » des choses, qui aurait évolué de manière conjointe »

    Oui, c’est l’élan vital soutenu par Bergson, qui lui aussi avait comme objectif de concilier sa spiritualité avec les connaissances de son temps. Mais l’élan vital, c’est un peu comme le libre arbitre, un receptacle du langage au contenu obscur.

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      christofor mar 29 Oct 2019 Répondre

      « l’élan vital, c’est un peu comme le libre arbitre, un réceptacle du langage au contenu obscur »

      Il est des « choses » qui sont aussi simples à vivre ou expérimenter que difficile à décrire ou même définir : Dieu, le temps, l’esprit, l’individualité, l’unité, la pluralité, les paradoxes apparents, la vie, le désir, aspiration du cœur, aimer, haïr, choisir, la volonté, etc.

      Il est des principes si prégnant de réalité et si intangible comme la réalité de la Parole de Dieu qui rend la vérité cohérente et la valeur des mots qui font le sens de ce que l’on dit.

      Voltaire ou un autre aurait demandé à un simple croyant du peuple de lui monter « où est Dieu ? », et l’autre de lui répondre : « Cela va est difficile de vous répondre car je ne vois aucun d’endroit où il n’est pas. »

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        Temaro mar 29 Oct 2019 Répondre

        C’est tout l’enjeu de la connaissance et donc de la science que de clarifier nos perceptions premières, nous forcer à penser contre notre cerveau qui se satisfait le plus souvent d’illusions comme éléments de réalité.
        Nous expérimentons la temporalité sans savoir ce qu’est fondamentalement le temps, nous envisageons des mondes surnaturels alors que nous ne connaissons que 5% du contenu de notre univers observable, nous pensons être libres alors que nous sommes essentiellement inconscients des multiples déterminismes qui fondent notre libre arbitre, etc…
        Mais si, au-delà l’expérience sensible ou intérieure, on se donne comme objectif d’expliquer notre monde, il faut admettre les vides conceptuels que l’on met derrière certains mots et accepter d’incarner l’humble rôle l’explorateur dans le seul espace où nous pouvons interagir, ce qu’on appelle le monde physique.

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