Adam et moi : 3. Les humains sont-ils voués à la terre ?

Posté par Bruno Synnott

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Réalisons-nous à quel point l’humain est lié à la terre et à son environnement ? Et comment précieux est ce monde dont nous sommes issus ? Le mot « adam », l’humain, vient de la même racine que le mot « humus ». Selon le livre de la Genèse, Adam est façonné à partir du sol (de l’hébreu adamah). Il est essentiel de saisir cette solidarité afin d’apprécier notre séjour sur terre.

La destinée de l’homme est intimement liée à la terre. Adam reçoit le mandat de « cultiver » le jardin où il est placé et d’en « prendre soin ». La finalité humaine consiste à retourner à la poussière. Le corps est une habitation temporaire pour l’homme, un temple oui, mais une maison passagère.

La terre créée par Dieu est gratifiée de puissance et de liberté si on peut dire :

Dieu dit : Que la terre produise de l’herbe en abondance !

Dieu fait même de cette création un témoin d’alliance avec son peuple. Le livre de Deutéronome dit :

si vous vous corrompez, si vous faites des images taillées, des représentations de quoi que ce soit, si vous faites ce qui est mal aux yeux de l’Éternel, votre Dieu, pour l’irriter, – j’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre – vous disparaîtrez par une mort rapide du pays dont vous allez prendre possession au-delà du Jourdain

(Dt 4.25-27)

 

Le lien de solidarité entre l’homme et la terre est crucial. Il introduit dans l’anthropologie biblique un élément de fragilité et de finitude essentiel à saisir[1]. L’humain est le représentant de Dieu, mais il est aussi un vase de terre. Paul dira :

Nous portons ce trésor dans des vases de terre, afin que cette grande puissance soit attribuée à Dieu, et non pas à nous.

(2 Co 4.7)

 

Cette condition terrestre ne fait pas de l’homme un être mauvais. La mort n’est pas une fin, mais un passage. C’est ce que Jésus enseigne en disant

Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais.

(Jean 11.25-26)

 

Ce n’est pas la condition terrestre qui fait de l’humain un être pécheur. Le péché est le fruit d’une mauvaise utilisation de sa liberté.

La nature humaine façonnée ou modelée à partir de l’humus signifie que nous sommes fragiles, périssable et passager sur terre. Le verbe « façonner » renvoie à l’activité d’un potier. Ésaïe écrit :

Cependant, ô Éternel, tu es notre père ; Nous sommes l’argile, et c’est toi qui nous as formés, Nous sommes tous l’ouvrage de tes mains.

(És 64.8)

 

Dieu fait de l’homme une représentation de lui-même, comme une statue. Cette façon de voir était fréquente au Proche Orient Ancien. Dans certains récits mésopotamiens, l’argile était mélangée avec des larmes ou du sang de divinité. Ici, dans le récit biblique, pas de mélange. La statue est faite de terre puis elle est « vivifiée » par Dieu pour devenir une représentation « vivante » de Dieu.

Cette terre, cet humus, Dieu la juge digne d’être le matériau de base du corps humain. Fragile et périssable ne veut pas dire mauvais. La création dans son ensemble est jugée « très bonne », capable d’atteindre les attentes du créateur. Cette création répond aux besoins de l’homme. En retour, l’homme lui doit respect et bienveillance.

La façon de voir notre corps est souvent semblable à la manière dont on conçoit la nature. Soit nous l’honorons, et prenons soin du second, soit nous les méprisons tout deux. De même qu’il faut s’aimer soi-même, ainsi nous devons aimer la terre qui nous a formés. Ni ce corps mortel, ni la création ne doivent être l’objet de mépris. Ils rappellent que cette vie est temporaire et qu’une autre réalité vient. Ils rappellent que jusqu’à la mort physique, il faudra lutter avec la souffrance et des aléas de la nature. Ce sont des aiguillons qui gardent humble, qui abaisse toute prétention à la toute-puissance. Heureusement, Dieu donne aussi à ses enfants un corps spirituel, un don de Christ pour ceux qui continuent de vivre en communion avec lui.

Paul, en 1 Co 15.45, fait une allusion directe à Ge 2.7.

C’est pourquoi il est écrit : Le premier homme, Adam, devint un être vivant (une âme vivante). Le dernier Adam est devenu un esprit vivifiant (esprit). Le spirituel n’est pas le premier, c’est ce qui est naturel (l’âme); ce qui est spirituel vient ensuite. Le premier homme tiré de la terre est terrestre. Le deuxième homme vient du ciel.

(1 Co 15.45-47)

L’exégète Leon Morris écrit dans son commentaire de 1 Co 15.45 :

le point de Paul semble être que la caractéristique de l’homme dès le début de sa création est psychè, ‘âme’. Ce qui était vrai d’Adam est vrai de tous ses descendants. Le premier Adam a transmis sa nature à ceux qui sont venus après »[2].

Ce verset est extrêmement important pour une saine vision de soi. Nous recevons à la naissance un corps naturel et mortel qu’il faut apprendre à accepter, à aimer, à maîtriser, mais aussi à dépasser par la nouvelle naissance en Christ. Nous sommes premièrement enfants de cette terre. Mais ce n’est pas tout. Nous pouvons devenir enfant de Dieu par la foi. Ce qui est spirituel vient par la foi, non par la nature. Apprenons donc à vivre avec cette double citoyenneté et nous réjouir de la seconde identité sans mépriser la première, sachant que les réalités terrestres de la première nature sont passagères et nécessaires, et qu’elles seront entièrement surmontées par la seconde qui est déjà là en Jésus.

 

 


Notes

[1] La faillibilité est une des caractéristiques de la finitude humaine. Elle ne signifie pas peccabilité, seulement elle manifeste une distinction entre le créé et l’incréé. L’homme est dépendant de son créateur. Cette dépendance requiert la foi et liberté, i.e. la capacité intrinsèque de s’en détourner.

[2] Leon Morris (1995) 1 Corinthians, Tyndale New Testament Commentaries, Revised Edition, Inter-Varsity Press, p. 223


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