Révolution dans nos origines

Posté par Marc Fiquet
Print Friendly

Vendredi 10 mars, j’ai pu assister à une conférence grand public donnée par le Journaliste sociologue  Jean-François Dornier récapitulant les dernières découvertes sur les origines de l’homme depuis les années 2000.

Jean François Dornier est le directeur du magazine Sciences Humaines (et https://www.scienceshumaines.com/) et auteur de différents ouvrages, il vient de publier « Révolution dans nos Origines » qui est un condensé d’articles de différents contributeurs scientifiques sur des travaux ou découvertes relatifs à la préhistoire lors de ces vingt dernières années.

le temps de la conférence étant limité par rapport aux nombreux sujets couverts par le livre, l’emphase a été mise sur le bouleversement qui est en train d’opérer dans notre compréhension du développement de l’espèce humaine moderne.

En effet si nous parcourons rapidement le genre Homo, plusieurs espèces d’hominidés  sont apparues au cours de l’histoire mais sous une forme buissonnante non pas rectiligne, c’est à dire que plusieurs espèces d’hommes ont parfois vécues en mêmes temps jusqu’à ce qu’une seule finisse par s’imposer et toutes les autres s’éteindre : homo sapiens, apparue il y a environ 200 000 ans.

voir ce schema sur le site  d’hominides.com

Nous savons depuis longtemps qu’homo sapiens a cohabité avec Neandertal et la génétique nous a révélé que les espèces étaient même interfécondes, mais traditionnellement Neandertal – comme les autres hominidés – était vu comme une sorte de « brute épaisse »  certes maitrisant le feu et la fabrication des outils mais c’est à peu près tout ce qu’il avait d’un homme au sens moderne.

Les scientifiques s’entendaient en général pour affirmer que l’apparition de l’art, du sacré, des cérémonies funéraires etc.. témoins de l’émergence d’une pensée symbolique chez homo sapiens fut brutale et propre à cette espèce vers env. -40 000 ans, date à laquelle on estime les première peintures rupestres européennes. on appelle cette période de rupture, « la révolution cognitive. »

 

La révolution cognitive a-t-elle bien eu lieu ?

Or, voici que plusieurs découvertes saisissantes remettent en cause cette vision dichotomique des choses, le développement cognitif et des arts semble bien plus régulier qu’il n’y parait et cela rejoindrait assez bien les dernières recherches en neuroscience.

En effet les capacités de projection, d’imagination qui font de nous des êtres à part dans le règne animal sont principalement dus au développement du lobe frontal de notre cerveau,

Lobe_frontal_animaux

http://journal.frontiersin.org/article/10.3389/fnint.2012.00036/full

Et comme en témoignent  les crânes fossiles retrouvés, ce lobe frontal a cru progressivement au cours de l’évolution. Il n’est donc pas étonnant que l’on ait vu à différents endroits et pas que pour homo sapiens, des formes d’art se développer et beaucoup plus tôt que ce qu’on pensait jusqu’alors.

Cela va de colliers en coquillages, gravures sur coquillages ou ambre, sépultures, jusqu’à des bifaces taillées avec soin avec des coquillages incrustés pour leur donner un côté esthétique, etc..

j’ai retrouvé sur différents sites internet, les sources citées lors de cette conférence pour vous donner une idée de la nature et de l’ampleur des découvertes évoquées pour étayer cette nouvelle thèse qui émerge chez les spécialistes de la préhistoire : homo sapiens n’avait pas l’apanage de la pensée symbolique lui permettant d’exprimer ses facultés pour l’art ou le sacré, il n’y aurait pas eu une « explosion » de l’expression artistique vers -40 000 ans comme on le croyait jusque là mais une lente progression des facultés mentales permettant à l’art d’émerger au fil de l’évolution.

Grotte de Blombos en Afrique du sud

-75 000 ans

Homo sapiens.

Date de la découverte : 2011

Un bloc d’ocres sculpté, un collier de coquillages

Voir cet article sur Hominides.com

 

Blombos

Parure de serres d?aigle néandertalienne, 130 000 ans.

Site néandertalien de Krapina en Croatie

-130 000 ans

Neandertal

date de la découverte : 2015

Parure en griffe d’aigle

Voir cet article sur Science & Avenir

 

Le tout premier dessin connu

-500 000 ans !

Homo erectus

Date de la découverte : 2014

Une gravure par Homo erectus dans une coquille de moule

Voir cet article du national Géeographic

Voir également cet article de La Recherche

moule-indo-gravure

Bifaces

site de Nadaouiyeh Aïn Askar (Syrie centrale)

-600 000 ans

Homo erectus

Des bifaces esthétiques

Voir cet article sur Science direct (résumé gratuit; dossier complet payant…)

Bruniquel, la grotte qui bouleverse notre vision de Néandertal

-175 000 ans
Néandertal

« Des humains occupaient déjà les grottes européennes il y a 176 500 ans, bien avant l’arrivée d’Homo sapiens ! La datation de stalagmites cassées puis agencées en rond dans la grotte de Bruniquel apporte une preuve formelle que l’homme de Néandertal y entretenait des feux, voire y pratiquait des comportements rituels »

Petite remarque à propos de l'approche théologique

Il s’agit ici d’un article purement scientifique qui se résume à rapporter des faits issus des dernières fouilles archéologiques. Nous avions déjà pu nous faire l’écho de certains évènements au cours de nos revues de presse.

Mais nous sommes sur Science & Foi !.. Nous allons donc nous poser quelques questions « existentielles » dans le prolongement de ces réflexions rationnelles…

Tout d’abord restons sur le terrain scientifique et notons que quelques sujets comme la symétrie des bifaces prêtent néanmoins à certaines interprétations en relation avec la pensée symbolique et la faculté de projection du cerveau humains pour son rapport à l’art, y’avait-il réellement intention de créer quelque chose de « beau » ? Les avis des experts semblent partagés mais le fameux site syrien interpelle réellement par la qualité esthétique des objets retrouvés.

Sur le plan théologique, nous noterons que de nombreux chrétiens ont déjà du mal à accepter l’évolution comme un fait scientifique et donc la création évolutive comme un principe théologique valide. Ces nouvelles données vont donc certainement compliquer l’approche pour eux car l’avènement de la conscience réflexive semble bien s’être opérée d’une manière tout à fait progressive au travers de l’histoire de l’humanité  sans rupture comme on a pu le penser à un certain moment.

Accepter que l’Homme porte l’image de Dieu d’une manière progressive et sans intervention miraculeuse au travers des lois naturelles que Dieu a établies n’est pas une mince affaire pour nos communautés attachées à une lecture littérale des textes de la Genèse et méfiant envers l’univers de la science préhistorique ou en général.

D’où l’intérêt de savoir lire les Ecritures dans leur contexte d’origine et de comprendre la création de Dieu au travers de l’étude de la Nature par la Science sans créer de conflit entre les deux.

Consulter nos videos sur notre chaîne pour en savoir plus à ce sujet  : youtube_logo

 

Vous pouvez réagir à cet article dans les commentaires.

Ca pourrait aussi vous intéresser
Filter by
Post Page
Actualité scientifique
Sort by

5 Commentaires

  1. Roger Lefèbvre
    Roger Lefèbvre mer 29 Mar 2017 Répondre

    Ouais…
    C’est plutôt une mauvaise nouvelle pour tous ceux qui songeaient à aller fleurir la tombe d’Adam le 11 novembre prochain !

  2. DJAM mer 29 Mar 2017 Répondre

    Encore des éminents scientifiques qui font d’étonnantes trouvailles dans des lieux extrêmes ou incongrus ou personne ne va jamais ??

  3. Roger Lefèbvre
    Roger Lefèbvre ven 31 Mar 2017 Répondre

    Je reviens vers toi avec un peu plus de temps Marc, après avoir voulu signifier que fleurir la tombe d’un Adam qui n’a pas existé serait plus compliqué que de fleurir celle du soldat inconnu.
    Plus sérieusement, l’IMPOSSIBILITÉ d’une origine monogénique pour l’humanité étant plus que jamais évidente, avoir adopté l’optique de la « création évolutive » me paraît d’une grande sagesse pour les croyants que nous sommes.
    Par contre, cela ne simplifie pas les choses lorsque l’on veut définir la nature exacte de la spiritualité de l’homme, et surtout la nature de son support. Si notre sens éthique, esthétique, religieux, dépend uniquement de nos petites cellules grises, qu’est-ce qui survit à la mort ? Comment peut-on envisager une survie spirituelle après la mort physique ? Dès lors, comment peut-on concevoir ce qui apparaît comme un acte de foi de plus en plus improbable ?
    En fait, comment peut-on définir ce que la Bible (ou plus exactement le Nouveau Testament) appelle « l’esprit » (grec « pneuma ») en le distinguant de « l’esprit/intelligence » (grec « nous ») ? Et si notre « pneuma » ne relève pas (seulement) de nos fonctions cérébrales, s’il est d’origine divine, quand est-ce qu’il est donné à l’être humain ?… Situer ce « plus » au cours de l’évolution n’a plus guère de sens… (On ne voit pas comment il pourrait apparaître « progressivement » : on ne peut que l’avoir, ou ne pas l’avoir !) Et situer son surgissement au cours de la vie d’un individu (ou de certains individus) pose pas mal de questions…
    Bref ! Où est le bon temps ;-) où l’on croyait naïvement que Dieu nous avait fait « comme cela » il y a 6000 ans ?!
    Que de questions…
    Dino

  4. Auteur
    marc ven 31 Mar 2017 Répondre

    je reviens un peu plus tard dans cette fascinante discussion..

  5. Manu ven 31 Mar 2017 Répondre

    Adam n’a pas existé ? Vous n’avez donc pas visité le Creation Museum !
    https://creationmuseum.org/blog/2014/07/16/adam-naming-the-animals/

Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*