Preuves linguistiques et bibliques des deux sources de Genèse 1-11

Date : sam 31 Août 2013 Catégorie
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Envisager sérieusement que Moïse ne soit pas l’auteur de Genèse 1-11 est un sujet hautement sensible  pour beaucoup d’évangéliques marqués par les attaques du libéralisme théologique contre l’inspiration des Ecritures saintes, et on peut les comprendre. En effet, la « théorie des sources », popularisée par le théologien Wellhausen a souvent été associée à une vision libérale de la Bible. Beaucoup d’évangéliques  ne veulent donc plus entendre parler de plusieurs sources possibles pour la Genèse. Avant d’aller plus loin, nous voulons rappeler notre attachement à l’inspiration et à l’autorité de la Bible qui font la grande force du mouvement évangélique. Mais c’est une erreur de rejeter une idée, simplement parce qu’elle est associée à une autre idée que l’on sait être fausse. Par exemple, beaucoup d’évangéliques rejettent la macro-évolution, parce que popularisée par Darwin. Cette théorie est pour eux associée au nazisme, à l’eugénisme, au communisme ou toute autre extrapolation idéologique incongrue. Ils jettent donc le bébé avec l’eau du bain.

 

Ce ne sera pas facile de présenter les « preuves » qui ont convaincues de nombreux spécialistes de l’A.T. du fait que Genèse 1-11 est basée principalement sur deux sources différentes!

Il faudra à nos lecteurs un peu de patience, avant que ne s’accumulent  une partie des indices nécessaires à la démonstration.

En voici le plan

La structure de Genèse 1-11

Quels sont les auteurs ?

Passages de Genèse 1-11 attribués à l’auteur yahviste (J, nom de Dieu en hébreux : Yahvé)

Passages de Genèse 1-11 attribués à l’auteur sacerdotal (P, nom de Dieu en hébreux : Elohim)

La présence de deux récits de la création

Le récit sacerdotal du déluge  (P= Priesterkodex)

Le récit yahviste  du déluge (J)

Les correspondances et similarités entre les deux récits de la création et les deux récits du déluge

L’utilisation des nombres, les expressions et le vocabulaire spécifiques à l’auteur sacerdotal dans le récit du déluge.

Le vocabulaire, les expressions et le style littéraire caractéristiques de l’auteur yahviste dans le récit du déluge

 La structure poétique du récit biblique du déluge

 

Pierre Grelot  résume magnifiquement la situation en nous parlant de la structure de Genèse 1-11 en quatre étapes dans Homme, qui es-tu ? aux éditions du cerf.

 

Structure de Genèse 1-11

1Evocation des origines (1-3)

 

2Evocation de la genèse de l’humanité, des origines aux déluges (4-5)

 

3Le récit du déluge (6 :1, 9 :17)

 

4La rupture de l’unité humaine 9 :18-11)

 

Cette structure générale peut être retenue, quitte à en préciser la valeur. Mais une lecture un peu attentive fait rapidement découvrir que deux fils conducteurs s’enlacent dans cette trame : deux auteurs d’ « histoires saintes » ont traité parallèlement le même sujet et le compilateur final de la Genèse a amalgamé leurs textes avec beaucoup d’habileté, au prix de quelques omissions… (après le retour d’exil à Babylone)

Quels sont les auteurs ?

Le plus ancien est l’historien qu’on appelle communément le « Yahviste » parce qu’il appelle Dieu « Yahvé » (on désigne son œuvre dans le Pentateuque par le signe J). On parlerait plus justement d’une histoire sainte judéenne. Elle fut écrite à Jérusalem, probablement sous le règne de Salomon, mais elle utilise, à l’occasion, quelques morceaux plus archaïques. Pour les récits du déluge, les deux récits des sources sont enchâssés.

L’autre fil conducteur est celui de l’histoire sainte sacerdotale (désignée par le sigle P = Priesterkodex). Son auteur est un prêtre de Jérusalem, écrivant pendant la captivité à Babylone (entre 580 et 538). Sa ligne d’horizon est fixée par la construction du « tabernacle » au désert et l’institution du sacerdoce, prototype du temple et du sacerdoce qu’il faudra restaurer après l’exil. »

 

Passages de Genèse 1-11 attribués à l’auteur yahviste (nom de Dieu en hébreux : Yahvé)

 

1Evocation des origines, chapitre 2 : versets 4b à 24

 

2Evocation de la genèse de l’humanité, des origines aux déluges, 3 : 1 à 24, 4 : 1 à 26

 

3Le récit du déluge

 

4La rupture de l’unité humaine 9 : 18 à 27, 10 : 8, 9, 19,25 et 11 : 1 à 9

 

Passages de Genèse 1-11 attribués à l’auteur sacerdotal (nom de Dieu en hébreux : Elohim)

 

1Evocation des origines, chapitre 1 : versets 1 à 31, 2 : 1 à 4a

 

2Evocation de la genèse de l’humanité, des origines aux déluges, 5 : 1 à 32

 

3Le récit du déluge

 

4La rupture de l’unité humaine 9 : 28 et 29, 10 : 1 à 7, 10 à 18, 20 à 24, 26 à 32 , 11 : 10 à 27a

 

Nous allons mettre progressivement en évidence les caractéristiques de l’auteur yahviste et de l’auteur sacerdotal, en matière de contexte historique, de style, de vocabulaire, d’utilisation des nombres…

La présence de deux récits de la création

Dans la revue Perspective à propos de la science et de la foi chrétienne (PSCF), Daniel Harlow, professeur en théologie au Calvin College (université réformée) a écrit un article intitulé : Après Adam : lire la Genèse dans un âge de science de l’évolution. Daniel Harlow est titulaire d’ un master en théologie du Princeton Theological Seminary et est docteur en théologie de l’université Notre Dame.

 

Voici quelques extraits de cet article en rapport avec le fait que le texte de la Genèse contient deux récits distincts de la création, complétés sur quelques points avec quelques éléments extraits de Evolutionary Creation de Denis Lamoureux (Wipf and Stock)

 

En dehors des parallèles avec les textes du Proche Orient ancien, une autre raison convaincante de ne pas interpréter Genèse 2-3 comme de l’histoire factuelle (et donc Adam et Eve comme des personnes réelles) est que ce livre contient non pas un, mais deux récits de la création. Le premier va de Genèse 1 :1 à 2 :3 ; le second de Genèse 2 :4b à 2 :25. Le fait de reconnaître qu’il s’agit là de deux récits différents n’est pas une innovation de l’étude biblique moderne, mais trouve ses racines jusqu’à l’exégète du premier siècle Philo d’Alexandrie. De façon intéressante, le Père de l’église Syrien du 4ème siècle Ephrem a spéculé sur le fait que le deuxième récit avait originellement pu être placé au tout début de la Genèse, dans une édition plus précoce du livre, avant que Genèse 1 ne soit ajouté. Cela vaut la peine de remarquer ces anticipations anciennes de l’étude moderne de la Bible, parce qu’elles nous montrent que les perspectives critiques de la Bible ne sont pas apparues soudainement dans une vague de scepticisme post-lumières, comme certains auteurs évangéliques le prétendent.

Dans son contexte, le second récit est complémentaire du premier en offrant une perspective différente sur la création et un focus différent : anthropogonie (origine de l’homme) au lieu de cosmogonie (origine du cosmos). Pourtant, même dans sa complémentarité, ce second récit offre des contrastes évidents avec Genèse 1 :1- 2 :3. Comme l’illustre les points ci-dessous, les deux récits diffèrent dans leur description de la durée de la création, le scénario précédent celle-ci, la séquence des événements, la méthode employée par le Créateur, et le portrait de Dieu et de l’humanité.

 

Deux récits distincts de la création dans la Genèse

 

Style littéraire

  • Genèse 1 :1-2 :3 : poétique, structuré et répétitif
  • Genèse 2 :4b-25 : narratif et fluide

 

Situation de la scène

  • Genèse 1 :1-2 :3 : cosmique
  • Genèse 2 :4b-25 : pastorale

 

Noms hébreux de Dieu

  • Genèse 1 :1-2 :3 : Dieu : Elohim
  • Genèse 2 :4b-25 : Seigneur Dieu : Yahweh Elohim

 

Durée de la création

  • Genèse 1 :1-2 :3 : 6 jours
  • Genèse 2 :4b-25 : 1 jour (beyom, 2 :4b)

“ Le jour où le SEIGNEUR Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore sur la terre aucun arbuste des champs…” (Genèse 2:4b TOB)

 

Scénario primordial

  • Genèse 1 :1-2 :3 : ténèbres, obscurité, chaos « aquatique »
  • Genèse 2 :4b-25 : désert transformé en une oasis

 

Séquence des événements

  • Genèse 1 :1-2 :3 :
    1. végétation (fruit) : jour 3
    2.  oiseaux : jour 5
    3.  animaux terrestres : jour 6
    4.  hommes et femmes : jour 6

 

  • Genèse 2 :4b-25 :
    1. homme (v 7)
    2.  végétation (v 8, 9)
    3.  animaux terrestres et oiseaux (v 19)
    4.  femme (v 22)

 

Méthode employée

  • Genèse 1 :1-2 :3 : Dieu parle, sépare, nomme, et bénit.
  • Genèse 2 :4b-25 : Seigneur (Yahweh) Dieu souffle, plante, fait dormir, construit

 

Portrait de Dieu

  • Genèse 1 :1-2 :3 : transcendant et céleste, souverain sur la création, un peu d’anthropomorphismes.
  • Genèse 2 :4b-25 : immanent et terrestre, impliqué activement dans la création, beaucoup d’anthropomorphismes.

 

Relation à l’humanité

  • Genèse 1 :1-2 :3 : régalienne
  • Genèse 2 :4b-25 : personnelle

 

Ordres concernant la nourriture

  • Genèse 1 :1-2 :3 : sans interdiction
  • Genèse 2 :4b-25 : avec une interdiction

 

Portrait de l’humanité

  • Genèse 1 :1-2 :3 : nombre non spécifié d’hommes et de femmes créés simultanément, royaux créés à l’image de Dieu, domination conférée aux humains sur toute la terre.
  • Genèse 2 :4b-25 : un adam créé de l’adamah (sol), puis une femme (issah) tirée de l’homme (is) en deux actes séparés, serviteurs qui doivent prendre soin du jardin.

 

Pour notre propos, le point clé que nous voulons mettre en avant est que Genèse 1 fait le portrait de Dieu créant un nombre non spécifié d’humains males et femelles- après les animaux terrestre le jour 6 de son schéma en 7 jours. Par contraste,  dans Genèse 2, le Seigneur (Yahweh) Dieu créé un être humain, puis les animaux, puis une femme- tout cela le même jour de la création envisagé.

L’approche traditionnelle de traiter ces différences est de lire Genèse 2 comme si il s’agissait d’un retour en arrière sur le récit du sixième jour de la création. Mais ceci requiert une certaine gymnastique interprétative.

La difficulté la plus évidente avec la vision du fait que Gen 2 traite en détail des événements du 6ème jour de la création concerne l’origine des oiseaux. Gen 1 affirme que Dieu a créé « tous les oiseaux chacun selon leur espèce » (v. 21) le 5ème jour, mais Genèse 2 affirme que le Seigneur Dieu a formé « tous les oiseaux dans les airs » (v. 19) après avoir fait l’homme (v.7). De façon toute à fait significative, les deux versets utilisent le même mot hébreux « tous » : « col »

Autre exemple, la Bible du semeur utilise le plus que parfait en Genèse 2 :19“L’Eternel Dieu, qui avait façonné du sol tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, les fit venir vers l’homme pour voir comment il les nommerait, afin que tout être vivant porte le nom que l’homme lui donnerait.” (Genèse 2:19)

Implication : plus tôt, le sixième jour, avant la création des humains.

L’utilisation du plus que parfait n’a pas de sens au verset 19, lorsqu’on lit les versets 18 et 19 à la suite.

“L’Éternel Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je lui ferai une aide qui sera son vis–à–vis. L’Éternel Dieu forma  (et pas ‘avait formé’) du sol tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel. Il les fit venir vers l’homme pour voir comment il les appellerait, afin que tout être vivant porte le nom que l’homme lui aurait donné.” (Genèse 2:18-19 SER)

Et même s’il nous fallait accepter cette traduction de Genèse 2 :19, toutes les différences citées ne disparaîtraient pas. Et ici réside le cœur de l’affaire : parce que Genèse contient deux histoires de la création avec tant de différences, aucune d’entre elles ne peut être considérée comme de l’histoire factuelle. Le faire serait les rendre contradictoires au lieu de complémentaires. Mais si nous reconnaissons que les premiers chapitres de la Genèse ne sont pas historiques au sens moderne du terme, alors nous n’aurons pas besoin de préférer un récit par rapport à l’autre, ou de concocter des translations contraintes et des harmonisations, mais nous pourrons apprécier le message théologique distinct de chaque récit.

 

Voici l’un des arguments les plus convaincant du fait que Genèse 1-11 est basée sur  deux sources différentes appelées yavhiste  (J) et sacerdotale (P) par les spécialistes. En gros, le récit du déluge biblique contient deux récits pratiquement complets et répétitifs que l’on obtient en mettant à part les versets dans lesquels Dieu est appelé « Yavhé » d’une part et « Elohim » d’autre part.

Ce fait à lui seul est déjà assez troublant.

Mais ce qui est encore plus troublant, c’est que les versets contenant le nom « Yavhé » présentent une similitude frappante de vocabulaire et d’expression ainsi que d’utilisation symbolique des nombres que le deuxième récit de la création (Genèse 2-4b) qui utilise le même nom de Dieu, alors que ceux contenant « Elohim » ont les mêmes similitudes que le premier récit de la création de Genèse 1-2 :4a, qui utilise ce même autre nom.

Nous allons donc présenter le découpage de Genèse 6-9 des deux sources, puis les similitudes de chaque récit avec les deux récits de la création.

 

Le récit sacerdotal du déluge  (P= Priesterkodex)

Introduction :

L’état de péché du monde avant le déluge et la cause de la destruction.

 

« Voici l’histoire de Noé : Noé était un homme juste, intègre parmi ses contemporains, et il marchait avec Dieu (Elohim). Noé engendra trois fils, Sem, Cham et Japhet. La terre se pervertit au regard de Dieu et elle se remplit de violence. Dieu vit la terre : elle était pervertie, car toute chair avait une conduite perverse sur la terre. » (6:9-12)

 

Avertissement divin concernant le déluge et la préparation de l’accueil des espèces vivantes dans l’arche

 

“Dieu dit à Noé : « La fin de toute chair est arrivée, je l’ai décidé, car la terre est pleine de violence à cause des hommes et je vais les faire disparaître de la terre. Fais-toi une arche en bois résineux, tu la feras en roseaux et tu l’enduiras de bitume en dedans et en dehors. Voici comment tu la feras : trois cents coudées pour la longueur de l’arche, cinquante coudées pour sa largeur, trente coudées pour sa hauteur. Tu feras à l’arche un toit et tu l’achèveras une coudée plus haut, tu placeras l’entrée de l’arche sur le côté et tu feras un premier, un second et un troisième étage. Pour moi, je vais amener le déluge, les eaux, sur la terre, pour exterminer de dessous le ciel toute chair ayant souffle de vie : tout ce qui est sur la terre doit périr. Mais j’établirai mon alliance avec toi et tu entreras dans l’arche, toi et tes fils, ta femme et les femmes de tes fils avec toi. De tout ce qui vit, de tout ce qui est chair, tu feras entrer dans l’arche deux de chaque espèce pour les garder en vie avec toi ; qu’il y ait un mâle et une femelle. De chaque espèce d’oiseaux, de chaque espèce de bestiaux, de chaque espèce de toutes les bestioles du sol, un couple viendra avec toi pour que tu les gardes en vie. De ton côté, procure-toi de tout ce qui se mange et fais-en provision : cela servira de nourriture pour toi et pour eux. » Noé agit ainsi ; tout ce que Dieu lui avait commandé, il le fit.” (6:13-22)

 

Dans le récit sacerdotal, l’arche est construite sur le modèle d’un sanctuaire à trois étages, comme le temple de Salomon. Dans l’épopée d’Atrahasis, c’était aussi un sanctuaire de forme carrée. Dans la version assyrienne classique, c’est une ziggourat à sept étages. On a donc ici bien plus que le bateau-prototype de la navigation antique : l’homme ne trouve son salut que dans une « arche » qui est en fait le modèle sacré sur lequel seront construits les temples ! (Pierre Grelot)

 

Entrée dans l’arche :

 

“Noé avait six cents ans quand arriva le déluge, les eaux sur la terre. (7:6) En l’an six cent de la vie de Noé, le second mois, le dix–septième jour du mois, ce jour-là jaillirent toutes les sources du grand abîme et les écluses du ciel s’ouvrirent. (7:11) Ce jour même, Noé et ses fils, Sem, Cham et Japhet, avec la femme de Noé et les trois femmes de ses fils, entrèrent dans l’arche, et avec eux les bêtes sauvages de toute espèce, les bestiaux de toute espèce, les bestioles de toute espèce qui rampent sur la terre, les volatiles de toute espèce, tous les oiseaux, tout ce qui a des ailes. Auprès de Noé, entra dans l’arche un couple de tout ce qui est chair, ayant souffle de vie, et ceux qui entrèrent étaient un mâle et une femelle de tout ce qui est chair, comme Dieu le lui avait commandé (7:13-16a).

 

Le récit sacerdotal introduit une chronologie savante qui fera durer le déluge un an et dix jours. Au contraire, chez le Yahviste, le déluge commence au bout de sept jours (comme dans les récits akkadiens), et il dure 40 jours, chiffre consacré par l’usage religieux en Israël. (Pierre Grelot)

 

 

Le déluge

 

“Les eaux montèrent et grossirent beaucoup sur la terre et l’arche s’en alla à la surface des eaux. Les eaux montèrent de plus en plus sur la terre et toutes les plus hautes montagnes qui sont sous tout le ciel furent couvertes. Les eaux montèrent quinze coudées plus haut, recouvrant les montagnes. Alors périt toute chair qui se meut sur la terre : oiseaux, bestiaux, bêtes sauvages, tout ce qui grouille sur la terre, et tous les hommes. (7:18-21)

La crue des eaux sur la terre dura cent cinquante jours. (7:24)

 

Dans les récits sumérien et akkadien, la catastrophe durait 7 jours et 7 nuits. Le Yahviste a amplifié cette durée jusqu’à 40 jours ; l’historien sacerdotal la porte à 150 jours, soit 5 mois de 30 jours (bien connus dans son calendrier solaire)…On ne voit plus les dieux, effrayés par la montée des eaux, se réfugier dans le ciel suprême, comme dans la mythologie mésopotamienne (P Grelot).

 

 

La fin du déluge

 

“Alors Dieu se souvint de Noé et de toutes les bêtes sauvages et de tous les bestiaux qui étaient avec lui dans l’arche ; Dieu fit passer un vent sur la terre et les eaux désenflèrent. Les sources de l’abîme et les écluses du ciel furent fermées. (Genèse 8:1-2-a)  Les eaux baissèrent au bout de cent cinquante jours et, au septième mois, au dix–septième jour du mois, l’arche s’arrêta sur les monts d’Ararat. Les eaux continuèrent de baisser jusqu’au dixième mois et, au premier du dixième mois, apparurent les sommets des montagnes. (Genèse 8:3b-5) C’est en l’an six cent un, au premier mois, le premier du mois, que les eaux séchèrent sur la terre.” (Genèse 8:13a)

 

La chronologie savante du récit sacerdotale se poursuit. Entre le début du déluge et l’arrêt de l’arche sur les monts d’Ararat, il y a exactement 5 mois. Mais le sommet des montagnes n’apparaît que 70 jours plus tard. L’arche s’arrête donc la veille de la semaine qui suit la fête des tentes, à l’automne (Lv 23,24) et la terre est sèche pour le début de la nouvelle année. (Pierre Grelot)

 

La sortie de l’arche et Elohim (Dieu) établit une alliance avec Noé

 

« Dieu parla ainsi à Noé et à ses fils : « Voici que j’établis mon alliance avec vous et avec vos descendants après vous, et avec tous les êtres animés qui sont avec vous : oiseaux, bestiaux, toutes bêtes sauvages avec vous, bref tout ce qui est sorti de l’arche, tous les animaux de la terre. J’établis mon alliance avec vous : tout ce qui est ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » Et Dieu dit : « Voici le signe de l’alliance que j’institue entre moi et vous et tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à venir : je mets mon arc dans la nuée et il deviendra un signe d’alliance entre moi et la terre. Lorsque j’assemblerai les nuées sur la terre et que l’arc apparaîtra dans la nuée, je me souviendrai de l’alliance qu’il y a entre moi et vous et tous les êtres vivants, en somme toute chair, et les eaux ne deviendront plus un déluge pour détruire toute chair. Quand l’arc sera dans la nuée, je le verrai et me souviendrai de l’alliance éternelle qu’il y a entre Dieu et tous les êtres vivants, en somme toute chair qui est sur la terre. » Dieu dit à Noé : « Tel est le signe de l’alliance que j’établis entre moi et toute chair qui est sur la terre. » (Genèse 9:8-17)

 

Par rapport à l’histoire yahviste du récit, l’engagement de Dieu prend une nouvelle allure. Il ne s’agit pas seulement d’assurer aux hommes la perpétuité de l’ORDRE COSMIQUE dont leur vie dépend. Dans un monde foncièrement bon en tant que création de Dieu mais perturbé par le péché humain, Dieu inaugure une histoire où sa bienveillance envers les hommes se marquera par le DON DE SON ALLIANCE…Cette finale, qui développe la donnée primitive de l’histoire yahviste, n’a évidemment aucun parallèle dans les textes mésopotamiens ; elle est en rapport direct avec la conception biblique de l’histoire sainte. » (Pierre Grelot)

 

 

 

 

Le récit Yahviste  du déluge (J)

Introduction :

L’état de péché du monde avant le déluge et la cause de la destruction

“Yahvé vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre et que son cœur ne formait que de mauvais desseins à longueur de journée. Yahvé se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre et il s’affligea dans son cœur. Et Yahvé dit : « Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j’ai créés, depuis l’homme, jusqu’aux bestiaux, aux bestioles et aux oiseaux du ciel, car je me repens de les avoir faits. » Mais Noé avait trouvé grâce aux yeux de Yahvé.” (Genèse 6:5-8)

 

Avertissement divin concernant le déluge et la préparation de l’accueil des espèces vivantes dans l’arche

 

Lacune du compilateur concernant la construction de l’arche : il y a deux omissions chez le Yahviste : la description de l’arche à construire et l’ordre d’amasser des provisions. Il est possible qu’en cet endroit les récits yahviste et sacerdotal ait été très semblables : une répétition serait donc trop sensible. Mais le nombre de couples d’animaux à introduire dans l’arche diffère dans les deux récits (Pierre Grelot).

 

 

“Yahvé dit à Noé : « Entre dans l’arche, toi et toute ta famille, car je t’ai vu seul juste à mes yeux parmi cette génération. De tous les animaux purs, tu prendras sept paires, le mâle et sa femelle ; des animaux qui ne sont pas purs, tu prendras un couple, le mâle et sa femelle (et aussi des oiseaux du ciel, sept paires, le mâle et sa femelle), pour perpétuer la race sur toute la terre. Car encore sept jours et je ferai pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits et j’effacerai de la surface du sol tous les êtres que j’ai faits. » Noé fit tout ce que Yahvé lui avait commandé.” (Genèse 7:1-5)

 

Entrée dans l’arche

 

“Noé, avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils, entra dans l’arche pour échapper aux eaux du déluge. (Des animaux purs et des animaux qui ne sont pas purs, des oiseaux et de tout ce qui rampe sur le sol (7:7-8).

 

Le déluge

 

“Au bout de sept jours, les eaux du déluge vinrent sur la terre (7:10). La pluie tomba sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits (7:12).  Et Yahvé ferma la porte sur Noé. Il y eut le déluge pendant quarante jours sur la terre ; les eaux grossirent et soulevèrent l’arche, qui fut élevée au–dessus de la terre ; les eaux grossirent et soulevèrent l’arche, qui fut élevée au–dessus de la terre (7:16-17) Tout ce qui avait une haleine de vie dans les narines, c’est–à–dire tout ce qui était sur la terre ferme, mourut. Ainsi disparurent tous les êtres qui étaient à la surface du sol, depuis l’homme jusqu’aux bêtes, aux bestioles et aux oiseaux du ciel : ils furent effacés de la terre et il ne resta que Noé et ce qui était avec lui dans l’arche (7:22-23)

Le récit sacerdotal introduit une chronologie savante qui fera durer le déluge un an et dix jours. Au contraire, chez le Yahviste, le déluge commence au bout de sept jours (comme dans les récits akkadiens), et il dure 40 jours, chiffre consacré par l’usage religieux en Israël. (Pierre Grelot)

 

 

La fin du déluge

 

« La pluie fut retenue de tomber du ciel et les eaux se retirèrent petit à petit de la terre (8:2b-3a). Au bout de quarante jours, Noé ouvrit la fenêtre qu’il avait faite à l’arche et il lâcha le corbeau, qui alla et vint en attendant que les eaux aient séché sur la terre. Alors il lâcha d’auprès de lui la colombe pour voir si les eaux avaient diminué à la surface du sol. La colombe, ne trouvant pas un endroit où poser ses pattes, revint vers lui dans l’arche, car il y avait de l’eau sur toute la surface de la terre ; il étendit la main, la prit et la fit rentrer auprès de lui dans l’arche. Il attendit encore sept autres jours et lâcha de nouveau la colombe hors de l’arche. La colombe revint vers lui sur le soir et voici qu’elle avait dans le bec un rameau tout frais d’olivier ! Ainsi Noé connut que les eaux avaient diminué à la surface de la terre. Il attendit encore sept autres jours et lâcha la colombe, qui ne revint plus vers lui (8:6-12). »

 

La scène pittoresque du lâcher des oiseaux a son parallèle exact dans le récit assyrien : l’arche met sept jours à se poser sur le mont Nizir ; alors Outa-Naphistim lâche successivement une colombe, une hirondelle, un corbeau. Mais le détail du rameau d’olivier est propre à la Bible.  (Pierre Grelot)

 

La sortie de l’arche et Yahvé établit une alliance avec Noé

 

«  Noé enleva la couverture de l’arche ; il regarda, et voici que la surface du sol était sèche ! (8:13) Noé construisit un autel à Yahvé, il prit de tous les animaux purs et de tous les oiseaux purs et offrit des holocaustes sur l’autel. Yahvé respira l’agréable odeur et il se dit en lui–même : « Je ne maudirai plus jamais la terre à cause de l’homme, parce que les desseins du cœur de l’homme sont mauvais dès son enfance ; plus jamais je ne frapperai tous les vivants comme j’ai fait. Tant que durera la terre, semailles et moisson, froidure et chaleur, été et hiver, jour et nuit ne cesseront plus. (8:20-22) »

 

Nous rappelons le principe de notre démonstration
Le récit du déluge biblique contient deux récits pratiquement complets et répétitifs que l’on obtient en mettant à part les versets dans lesquels Dieu est appelé « Yavhé » d’une part et « Elohim » d’autre part.

Les versets contenant le nom « Yavhé » présentent une similitude frappante de vocabulaire et d’expression ainsi que d’utilisation symbolique des nombres que le deuxième récit de la création (Genèse 2-4b) qui utilise le même nom de Dieu, alors que ceux contenant « Elohim » ont les mêmes similitudes que le premier récit de la création de Genèse 1-2 :4a, qui utilise ce même autre nom.

 

Les similarités entre les deux récits de la création et les deux récits du déluge

 

Après avoir mis en évidence que le texte biblique décrivant le déluge (Genèse 6-9) était constitué de deux récits pratiquement complets, nous allons maintenant mettre en évidence à partir du texte biblique lui-même le fait que l’auteur « Yavhiste » est aussi celui du deuxième récit de la création (Genèse 2-4), et que l’auteur sacerdotal est celui de Genèse 1.

Nous exposeront d’abord  les similitudes linguistiques entre les textes provenant de chaque source, puis les particularités de chaque auteur.

 

Expressions et vocabulaire communs à Genèse 1  et au récit sacerdotal (P) du déluge

 

Remarque : la division de la Bible en versets est artificielle et ne fait pas partie des manuscrits originaux. Le récit de la création de Genèse 1 s’étend jusqu’à 2 :3.

 

  • Dieu (Elohim)

Genèse 1 : 35x. 1 :1, 2, 3, 4 (2x), 5, 6, 7, 8, 9,10 (2x), 11, 12, 13, 14, 16, 17, 18, 20, 21 (2x), 22, 24, 25 (2x), 26, 27 (2x), 28 (2x), 29, 31 ; 2 :2, 3(2x)

Récit sacerdotal (P) du déluge : 16x. 6 : 9b, 12, 13, 22 ; 7 :9, 16a ; 8 :1 (2x), 15 ; 9 :1, 6, 8, 12, 16, 17

 

“Lorsque Dieu (Elohim) commença la création du ciel et de la terre,” (Genèse 1:1 TOB)

“Voici la famille de Noé : Noé, homme juste, fut intègre au milieu des générations de son temps. Il suivit les voies de Dieu (Elohim)” (Genèse 6:9 TOB)

 

  • Soyez féconds et prolifiques

Genèse 1 : “Dieu les bénit et Dieu leur dit : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez–la…»” (Genèse 1:28 TOB)

Récit sacerdotal (P) du déluge :  “Toutes les bêtes qui sont avec toi, …, qu’ils soient féconds et prolifiques sur la terre. »” (Genèse 8:17 TOB), et aussi 9 :2, 7

 

  • Dieu bénit les hommes et les créatures

Genèse 1 : “Dieu les bénit en disant : « Soyez féconds et prolifiques…  »” (Genèse 1:22 TOB) et aussi 1 :28, 2 :3, 5 :2

Récit sacerdotal (P) du déluge :  “Dieu bénit Noé et ses fils, il leur dit : « Soyez féconds et prolifiques…” (Genèse 9:1 TOB)

 

  • Faits à l’image de Dieu

Genèse 1 : “Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance…»” (Genèse 1:26 TOB) et aussi 1 :27, 5 :1-3

Récit sacerdotal (P) du déluge :  “« … car à l’image de Dieu, Dieu a fait l’homme.” (Genèse 9:6 TOB)

 

  • Selon leur espèce

Genèse 1 “Dieu dit : « Que la terre se couvre de verdure, d’herbe qui rend féconde sa semence, d’arbres fruitiers qui, selon leur espèce, portent sur terre des fruits … » (Genèse 1:11 TOB) et aussi 1 :12 (2x), 1 :21 (2x), 1 :24 (2x), 1 :25 (3x)

Récit sacerdotal (P) du déluge : “De chaque espèce d’oiseaux, de chaque espèce de bestiaux, de chaque espèce de petites bêtes du sol, un couple de chaque espèce viendra à toi pour survivre.” (Genèse 6:20 TOB), et aussi 7 :14 (3x)

 

  • Mâle et femelle

Genèse 1 “Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa.” (Genèse 1:27 TOB)

Récit sacerdotal (P) du déluge : “… tu introduiras un couple dans l’arche pour les faire survivre avec toi ; qu’il y ait un mâle et une femelle !” (Genèse 6:19 TOB) et aussi 7 : 9, 16

 

  • Bêtes sauvages et domestiques

Genèse 1 “… « Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce : bestiaux, petites bêtes, et bêtes sauvages selon leur espèce ! » … (Genèse 1:24 TOB) et aussi 1 :25

Récit sacerdotal (P) du déluge : “ainsi que toutes les espèces de bêtes, toutes les espèces de bestiaux, toutes les espèces de petites bêtes qui remuent sur la terre, toutes les espèces d’oiseaux, tout volatile, toute bête ailée.” (Genèse 7:14 TOB) et aussi 7 :14, 21 ; 8 :1, 9 :10

 

  • Bêtes du sol

Genèse 1 “Dieu fit … les petites bêtes du sol selon leur espèce. … (Genèse 1:25 TOB)

Récit sacerdotal (P) du déluge : “ de chaque espèce de petites bêtes du sol…” (Genèse 6:20 TOB) et aussi 8 :19

 

  • Bêtes qui remuent sur la terre

Genèse 1 “ toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre ! »” (Genèse 1:26 TOB)

Récit sacerdotal (P) du déluge : “… toutes les espèces de petites bêtes qui remuent sur la terre… (Genèse 7:14 TOB) et aussi 8 :17

 

 

  • Oiseau ailé

Genèse 1 “Dieu créa … tout oiseau ailé selon son espèce…(« Genèse 1:21 TOB)

Récit sacerdotal (P) du déluge : “… toutes les espèces d’oiseaux, tout volatile, toute bête ailée.” (Genèse 7:14 TOB)

 

  • Dieu donne l’herbe pour nourriture

Genèse 1 “Dieu dit : « Voici, je vous donne toute herbe qui porte sa semence sur toute la surface de la terre et tout arbre dont le fruit porte sa semence ; ce sera votre nourriture. A toute bête de la terre, à tout oiseau du ciel, à tout ce qui remue sur la terre et qui a souffle de vie, je donne pour nourriture toute herbe mûrissante. » Il en fut ainsi.” (Genèse 1:29-30 TOB)

Récit sacerdotal (P) du déluge : “»Tout ce qui remue et qui vit vous servira de nourriture comme déjà l’herbe mûrissante, je vous donne tout.” (Genèse 9:3 TOB)

 

  • Les poissons de la mer

Genèse 1 “… Soumettez les poissons de la mer…»” (Genèse 1:28 TOB)

Récit sacerdotal (P) du déluge : “… tous les poissons de la mer sont livrés entre vos mains.” (Genèse 9:2 TOB)

 

  • L’abîme

Genèse 1 “la terre était déserte et vide, et la ténèbre à la surface de l’abîme…” (Genèse 1:2 TOB)

Récit sacerdotal (P) du déluge : “… ce jour–là tous les réservoirs du grand abîme furent rompus (Genèse 7:11 TOB) et aussi 8 :2

 

  • Grouiller

Genèse 1 “Dieu dit : « Que les eaux grouillent de bestioles vivantes et que l’oiseau vole au–dessus de la terre face au firmament du ciel. »” (Genèse 1:20 TOB) et 1 :21

Récit sacerdotal (P) du déluge : “Toutes les bêtes qui sont avec toi, …, fais–les sortir avec toi et qu’ils grouillent sur la terre.»” (Genèse 8:17 TOB)

 

  • Rapport d’utilisation du mot « terre » (eres) par rapport à « sol » (adama)

Genèse 1 :16/2

Récit sacerdotal (P) du déluge : 32/1

 

Faisons le même travail à propos des récits yavhistes de la création et du déluge

Après avoir dans un premier article exposé les expressions et vocabulaire communs à Genèse 1  et au récit sacerdotal (P) du déluge, dans ce deuxième article il est question des

 

Expressions et vocabulaire communs à Genèse 2-4  et au récit Yavhiste (J) du déluge

 

 

  • Seigneur (Yahweh)

Genèse 2-4 : 29x. 2 :4, 5, 7, 8, 9, 15, 16, 18, 19, 21, 22 ; 3 :1, 8 (2x), 9, 13, 14, 21, 22, 23 ;4 :1, 3, 4, 6, 9, 13, 15 (2x), 26

récit yavhiste (J) du déluge : 10x. 6 :5, 6, 7, 8 ; 7 :1, 5, 16b ; 8 : 20, 21 (2x)

 

  • sol (adama)

Genèse 2-4 : 14x. 2 : 5, 6, 7, 9, 19; 3 : 17, 19, 23 ;4 : 2, 3, 10, 11, 12, 14

récit yavhiste (J) du déluge : 6x. 6 : 7 ; 7 :8, 23 ; 8 : 8, 13b, 21

 

  • Mal

Genèse 2-4 : 2 : 9, 17; 3 :5

récit yavhiste (J) du déluge : 6 :5 (2x) ; 8 : 21

 

  • Maudit/ malédiction

Genèse 2-4 : 3 :14, 17 ; 4 :11

récit yavhiste (J) du déluge : 8 : 21

 

  • Offrande

Genèse 2-4 : 4 : 3, 4, 5

récit yavhiste (J) du déluge : 8 : 20

 

  • Pluie

Genèse 2-4  2 : 5

récit yavhiste (J) du déluge : 7 :4; 8 : 2b

 

  • homme (ish) femme (isha)

Genèse 2-4 : 2 : 23, 24

récit yavhiste (J) du déluge : 7 : 2 (2x)

 

  • souffle de vie «  dans les narines »

Genèse 2-4 : 2 : 7

récit yavhiste (J) du déluge : 7 : 22

 

  • la face de la terre

Genèse 2-4 : 2 :6 ;4 :14

récit yavhiste (J) du déluge : 6 : 7 ; 8 : 8, 13b (2x)

 

  • rapport d’utilisation du mot « terre » (eres) par rapport à « sol » (adama)

Genèse 2-4 : 9/14

récit yavhiste (J) du déluge : 15/6

 

Ceci est à comparer avec ce même rapport en Genèse 1 : 16/1, et le récit sacerdotal du déluge (P) : 31/2

 

Après avoir mis en évidence la ressemblance entre les récits yavhistes  (J) de création et de déluge, et les récit sacerdotaux (P) de création et de déluge, nous mettrons aussi en évidence que chaque auteur a ses propres particularités stylistiques, littéraires, une utilisation des nombres personnelle…

 

L’utilisation des nombres, les expressions et le vocabulaire spécifiques à l’auteur sacerdotal dans le récit du déluge.

 

 

  • Utilisation stylistique du nombre 60 :

Longueur de l’arche : 300 coudées = 60*5

Hauteur de l’arche : 30 coudées = 60/2

Age de Noé : 600 ans = 60*10

Profondeur de l’eau au-dessus des montagnes : 15 coudée = 60/4

Durée du déluge : 300 (150+150) jours = 60*5

 

  • Toute chair : 13x. 6 :12, 13, 17, 19 ; 7 :15, 21, 15 (x2) ; 9 :11, 15 (2x), 16, 17

 

  • Alliance : 19x. 6 :18; 9 : 9, 11, 12 (2x), 13, 15, 16, 17

 

  • Nourriture : 6 :21 (2x), 9 :3

 

  • Montagnes : 7 :19, 20 ; 8 :4, 5

 

  • Se souvenir : 8 :1, 9 :15, 16

 

  • Un couple de chaque espèce, couple par couple 6 :19, 20 ; 7 :14

 

  • Les réservoirs du grand Abîme et les ouvertures du ciel 7 :11, 8 :2

 

  • Les eaux furent en crue, formèrent une masse énorme sur la terre 7 :18, 19, 24

 

  • Arc dans la nuée 9 :13, 14, 16

 

  • Plus jamais  9 :11 (2x), 15

 

Le vocabulaire, les expressions et le style littéraire caractéristiques de l’auteur yavhiste dans le récit du déluge

 

  • Utilisation stylistique des nombres 7 et 40 :

7 pairs : 7 :2, 3

7 jours : 7 :4, 10 ; 8 :10, 12

40 jours et 40 nuits : 7 :4, 12

40 jours : 7 :17, 8 :6

 

  • L’auteur affecte au Seigneur des caractéristiques anthropomorphiques

Il se repent d’avoir fait l’humanité : 6 :6

Son cœur est blessé : 6 :6

Il sent l’offrande : 8 :21

Il parle en son cœur 8 :21

 

  • Face : 9x. 6 :7 ; 7 :1, 3, 4, 7, 23 ; 8 :8, 9, 13b

 

  • Cœur : 6 :5, 6 ; 7 :21, (2x)

 

  • Balayé 6 :7, 7 :4, 23 (2x)

 

  • Imagination : 6 :5, 8 :21

 

  • Animaux purs et animaux impurs 7 :2, 8 ; voir aussi 8 :20 (2x)

 

  • « homme, bestiaux, petites bêtes et même les oiseaux du ciel » : 6:7 ; 7 :23

La structure poétique du récit biblique du déluge

Le Saint-Esprit n’a pas seulement inspiré le rédacteur du récit biblique de la Genèse d’intégrer les récits yavhiste (J) et sacerdotal (P), mais il a aussi utilisé un schéma poétique : un chiasme en Genèse 6-9. Cette technique littéraire ancienne apparaît souvent dans l’Ancien Testament. Elle est faite de deux parties : la première moitié est une image dans un miroir de la seconde, produisant ainsi une séquence inversée des idées et des mots.

 

A Noé et ses Fils Sem, Cham et Japhet (6 :9-10)

B         Promesse du déluge et d’établir une alliance (12-18)

C                     Réserve de nourriture et des espèces vivantes (19-22)

D                                Ordre d’entrer dans l’arche (7 :1-3)

E                                             7 jours : attente du déluge (4-10)

F                                                         40 jours : l’eau monte et l’arche flotte (11-17)

G                                                                    150 jours : les eaux montent (18-24)

CENTRE                                                                 Dieu se souvient de Noé (8 :1)

G’                                                                  150 jours : les eaux cessent de tomber (2-5)

F’                                                       40 jours : l’eau se retire et l’arche s’échoue (4-6)

E’                                           7 jours : attente que la terre sèche (7-14)

D’                               Ordre de quitter l’arche (15-22)

C’                    Multiplication de la nourriture et de la vie (9 :1-7)

B’        Promesse de ne pas envoyer un nouveau déluge (8-17)

A’ Noé et ses Fils Sem, Cham et Japhet (18-19)

 

Ce qui frappe tout particulièrement dans ce chiasme, c’est l’utilisation symbolique des nombres de jours 7, 40 et 150. Le but du chiasme est de faire porter l’attention en son centre et sur le point central. Ici, Genèse 8 :1souligne le message de foi suivant : « Dieu se souvient de Noé », dans sa colère, alors qu’Il juge l’humanité.

L’étude attentive du récit du déluge, la présence de deux sources et le cadre poétique de Genèse 6-9 vont à l’encontre de l’interprétation traditionnelle de ce déluge comme de l’histoire littérale. Les récits d’activité humaine ne contiennent pas de problèmes chronologiques et ne sont pas en conflits l’un avec l’autre. L’histoire réelle ne contient pas non plus de structure en chiasme. Le récit biblique du déluge lui-même nous montre l’échec du concordisme historique.

 

 

Sources

La Bible de Jérusalem

Homme, qui es tu ? Pierre Grelot (éditions du Cerf)

Evolutionary Creation, Denis lamoureux, Wipf and Stock

Denis O. Lamoureux est professeur  de science et de religion à l’Université d’Alberta. Sa nomination à ce poste est le premier cas de titularisation dans cette discipline au Canada. Il détient trois thèses d’état (dentisterie, théologie et biologie). Lamoureux soutient que, si les limites du christianisme évangélique et de la biologie évolutive sont respectées, alors les relations qu’elles entretiennent sont non seulement complémentaires mais aussi nécessaires. Il est membre du conseil de direction de l’American Scientific Affiliation du Canada et membre de l’ASA (American Scientific Affiliation).

Denis Lamoureux