Origine de la vie, origine des étoiles

Posté par Antoine BRET
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Naissance d’étoiles au sein de la galaxie spirale M83.
Credit Image : NASA, ESA, R. O’Connell (University of Virginia), B. Whitmore (Space Telescope Science Institute), M. Dopita (Australian National University), and the Wide Field Camera 3 Science Oversight Committee

 

L’abiogenèse, c’est à dire l’apparition de la vie à partir de la non-vie, est notoirement un problème scientifique irrésolu. Il est à ce titre souvent montré du doigt par certains croyants, comme une preuve de l’existence de Dieu. Même si, comme le font remarquer Deborah et Loren Haarsma, ces chrétiens devraient être plus prudents quand ils affirment que l’abiogenèse est forcément surnaturelle, l’énigme est bien réelle.

 

Je peux, à la limite, comprendre comment l’on peut décider par avance que l’abiogenèse ne peut pas avoir de solution naturelle. J’ai en revanche beaucoup de mal à comprendre comment on peut faire la même chose avec… la formation des étoiles[1].

Pourquoi ? Parce que la formation des étoiles, on sait comment ça marche depuis 1 siècle. Prenez un nuage de gaz dans l’espace. Son côté gazeux a tendance à le disperser. Mais la gravitation a tendance à le rassembler. Et bien en 1902, par un calcul simple, James Jeans s’est rendu compte qu’au-delà d’une certaine taille, c’est la gravitation qui gagne. L’article Wikipedia sur l’instabilité gravitationnelle (c’est la même chose) explique tout cela très bien.

En 2002, des chercheurs ont mis à profit la puissance des ordinateurs pour résoudre en 3 dimensions les équations qui gouvernent le phénomène. Equations qui ne sont rien d’autre que celles de la mécanique des fluides, de la thermodynamique, et de la gravitation Newtonienne. Rien d’exotique. Physique du XIX siècle. Ils sont partis d’une distribution de gaz réaliste, puis ont laissé tourner le calcul. Sans trop de surprise, le film qui en sort montre comment la gravitation forme des étoiles.

Y’aura-t-il un Nobel à la clé ? Sûrement pas. Certes, ce travail fait avancer la connaissance. Mais on savait depuis longtemps que pour un nuage de gaz assez grand, la formation d’une étoile est une conséquence directe des lois de la nature[2].

 

« Rien du tout », me direz-vous (peut-être), « si des gens travaillent encore sur le sujet, c’est qu’il n’est pas compris, et que l’on ne sait toujours pas comment se forme une étoile ». Objection compréhensible, en effet. Si la formation n’est pas un mystère, que cherchent donc ceux qui travaillent encore là-dessus ? Une récente revue décrit la frontière actuelle de la connaissance en ce domaine,

Les principaux objectifs d’une théorie de la formation des étoiles sont de prédire le taux de formation d’étoiles et la distribution des masses stellaires à grande échelle, et de prédire les propriétés individuelles des étoiles à partir des conditions initiales. [3]

Bref, les étoiles, c’est comme les flocons de neige. On ne se demande plus si leur formation est surnaturelle. Mais on se demande quel sera leur forme en fonction des conditions météo, et quelle sera la qualité de la neige produite[4].

 

Revenons-en à l’abiogenèse.

Nos amis créationnistes rendraient-ils les armes s’il était prouvé qu’elle est possible naturellement ? Le cas de la formation des étoiles permet fortement d’en douter.

Si ceux qui nient qu’elles puissent se former naturellement n’en démordent pas. Si les adeptes d’un univers vieux de seulement 6,000 ans n’en démordent pas. Si les partisans de la terre plate n’en démordent pas. Si les défenseurs du géocentrisme n’en démordent pas. Si ceux qui démentent l’ascendance commune des espèces n’en démordent pas. Si ceux qui nient le réchauffement climatique et/ou son lien avec l’activité humaine, n’en démordent pas[5]… C’est que ce genre de débat n’a pas grand-chose à voir avec le bon sens.

J’espère juste que le tort qu’ils causent au Christianisme durera moins que quelques siècles.

 


Note

[1] Voir par exemple cet article du créationniste jeune terre Jason Lisle.

[2] Et quand la température au centre de la boule de gaz devient assez grande pour que commence la fusion, et bien la fusion se produit… jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à fusionner. Un feu de cheminée ne dure pas éternellement. La vie et la mort des étoiles ne posent aucun problème de principe.

[3] “Key goals of a theory of star formation are to predict the rate of star formation and the distribution of stellar masses on the macroscopic scale, and to predict the properties of individual stars from the initial conditions on the microscopic scale.”

[4] J’ignore si ces 2 questions se posent vraiment en ce qui concerne la neige, mais bon, pour le besoin de la comparaison, imaginons que c’est le cas.

[5] Je vais me faire des amis.

Antoine BRET
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6 Commentaires

  1. Rassurez-vous, je ne suis par raëlien… mais n’oublie-t-on pas la possibilité de civilisations beaucoup plus avancées, qui pourraient créer, ou aider à la création, des étoiles de manière artificielle (en plus des étoiles qui se forment naturellement) ? On n’en parle quasiment jamais, probablement à cause de la mode des années 50 à 80 consistant à voir partout des objets volants non identifiés et à cause des soi-disant contacts avec des extra-terrestres.

    J’irais même plus loin: l’homme a lui-même laissé des traces de vie sur d’autres planètes, qui peut-être évolueront vers des êtres intelligents (et pourquoi pas ?)… alors pourquoi ne serions-nous pas le résultat de l’évolution de traces de vie laissées par des êtres qui auraient exploré notre planète il y a des milliards d’années ? Voire le résultat d’une expérience ?

    • Mon commentaire sur une origine « extra-terrestre » de la vie sur terre n’est pas une plaisanterie: nous devons prendre en compte toutes les hypothèses, même celles qui semblent les plus invraisemblables (je ne parle pas ici de la théorie de la vie qui viendrait de météorites, déjà bien implantée).

      Certains rétorqueront que cela ne fait que repousser plus loin le problème des origines: soit… mais cela n’est pas un argument irréfutable – seule la réalité compte, et s’il se trouvait que la réalité est plus complexe que ce que nous pensons…

  2. Pascal sam 03 Mar 2018 Répondre

    Bel article ! Merci Antoine. J’aime beaucoup le lien qui pointe sur « The stability of a spherical nebula ». Je vais essayer d’étudier ça en profondeur, afin de découvrir comment l’application de principes physiques classiques s’applique en tel cas.

    J’ai le sentiment par contre, que les plus grandes réticences à admettre les vérités scientifiques, proviennent de nos jours, dans le christianisme, uniquement de sa branche évangélique. Sans vouloir défendre les cathos, ils sont quand même nettement plus en avance sur ces questions-là, après des siècles de prises de position obscurantistes, le Vatican ayant même son propre observatoire astronomique.

    • La branche évangélique – ou plutôt une partie de la branche évangélique – est aussi beaucoup plus dogmatique (pour ne pas dire fanatique) concernant d’autres domaines que la science, p.ex. « l’inerrance de la Bible », « les temps de la fin », etc.

      Les caractéristiques communes de son approche de tous ces domaines consiste en une interprétation immédiate des textes, pris littéralement et sans nuance, l’interprétation spirituelle étant très rare chez eux.

      Dommage: ils ne savent pas ce qu’ils perdent…

    • Antoine Bret mar 06 Mar 2018 Répondre

      Merci Pascal et Michel. Je suis d’accord avec les deux -:)

  3. Michel Thys mar 13 Mar 2018 Répondre

    « L’apparition de la vie à partir de la non-vie, est notoirement un problème scientifique irrésolu ».
    Oui, on est encore très loin de comprendre, en quelques décennies, comment des « éléments primordiaux » venus d’ailleurs (LAVOISIER : « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme »), ont pu bénéficier en
    quelque 3,7 milliards d’années sur notre planète, de conditions climatiques favorables. Mais ce n’est pas une « raison » d’en déduire un dieu ou une « intelligence supérieure » ! À mon très humble avis, l’univers, je dirais même le « multivers », n’a pas « commencé » lors du prétendu « big-bang unique »: il a toujours existé, sous forme de masse ou d’énergie (E=m.c²), se transformant au fil d’un temps et d’un espace infinis, en une infinité de big-bangs et de big-crunshes successifs. Croire qu’il y a eu un « commencement » et une fin, parce que nous commençons et finissons, c’est totalement anthropocentrique !
    Oui, je sais, cela semble très simpliste, en regard de la théorie quantique, des cordes, etc …
    Sans savoir tout cela, Laplace avait déjà pressenti que nul besoin n’était d’émettre l’hypothèse d’un dieu créateur, comme il l’aurait dit à Napoléon. …Les astrophysiciens croyants ou déistes se sont-ils demandés s’ils n’ont pas été inconsciemment influencés par leur religion ?

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