Lettre à un ami athée (4)

Posté par Roger Lefebvre
Article 4 sur 14 pour la série : Lettre à un ami athée
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Cher Ami,

 

Dans mes deux courriers précédents, je t’avais successivement entretenu de deux sujets qui paraissent étonnants – voire troublants – à bien des athées, à savoir : la question des chrétiens non pratiquants et celle de la multiplicité – pour ne pas dire la multiplication – des dénominations « chrétiennes ». Cela nous amène à considérer aujourd’hui le problème des sectes.

 

En fait, de l’avis de tous les spécialistes qui se sont penchés sur la question, la notion de « secte » est impossible à définir. Etymologiquement, ce mot n’a d’ailleurs rien de péjoratif, puisqu’il signifie « suivre une ligne de conduite ». Mais dans le langage de tous les jours, il sert à définir des groupes peu sympathiques et même quelque peu effrayants. Je l’utiliserai donc dans son sens commun, pour désigner des personnes intolérantes, ou des groupements qui violent les libertés individuelles et qui manipulent leurs semblables à des fins idéologiques ou mercantiles.

 

Avant toute chose, il faut savoir que toutes les grandes églises – catholique, orthodoxe, protestante, anglicane, etc. – ont été considérées comme des sectes avant d’accéder au très « honorable » statut d’églises chrétiennes. Le Christianisme lui-même, en ses débuts, fut considéré comme une secte du Judaïsme ; et chacune des églises citées ci-dessus est le fruit d’une division « sectaire »… Et de fait, on peut très bien admettre qu’un groupe de chrétiens quitte une église qui lui paraît infidèle à l’Evangile de Jésus-Christ. La question de savoir si c’est à tort ou à raison, demeure une question tout à fait subjective ! Mais si l’on admet que c’est avec raison, il faut aussi reconnaître que le petit nombre de ses membres ne peut absolument pas suffire à définir une secte.

 

Une autre tentation – surtout à notre époque, ou la mode est de tout relativiser – c’est de traiter de « sectaire » toute personne qui présente de solides convictions… que ce soit dans le domaine religieux ou en tout autre, d’ailleurs ! Pourtant, ce n’est pas d’avoir des convictions qui est une attitude sectaire, mais bien de vouloir les imposer à tout le monde, ou alors, de ne point tolérer que d’autres pensent autrement. De façon très paradoxale, les gens qui n’ont pas de convictions philosophiques ou religieuses peuvent se montrer très sectaires et très intolérants envers ceux qui expriment leurs convictions en tout bien tout honneur.

 

Par ailleurs, il est vrai que beaucoup de dénominations se présentent comme seules détentrices de « la » vérité révélée, ou comme pratiquant une morale bien supérieure à toutes les philosophies athées. Cette arrogance intellectuelle ne manque pas d’irriter les athées qui – à juste titre – se sentent agressés par un jugement aussi arbitraire… Aussi, nous en parlerons la fois prochaine. Cela dit, il n’est pas rare que l’on trouve des gens sectaires au sein de communautés tolérantes, et des personnes tolérantes dans des dénominations sectaires… Cela pourrait également faire l’objet de réflexions ultérieures.

 

A bientôt !

R.L.


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Roger Lefebvre
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1 Commentaire

  1. Roger Lefèbvre Auteur
    Roger Lefèbvre ven 16 Nov 2012 Répondre

    Avec un peu de retard, je voudrais répondre à la réaction de Josepha (du 9 novembre) pour la lettre précédente… Il est vrai qu’à première vue, la théologie chrétienne peut paraître masochiste… Et pas seulement à des athées. Car contrairement à l’Islam populaire (par exemple) ce n’est pas une religion de « battants », d’hommes forts, de conquérants… En effet, sauf si l’on croit à la résurrection, prendre un « crucifié » pour modèle n’a guère de sens. Elle ne s’adresse donc qu’à ceux qui sont disposés à reconnaître leurs faiblesses, leurs inconséquences, et qui en souffrent… Et ont envie d’en sortir !
    Cette prise de conscience ne peut se faire que sous l’action du Saint-Esprit, car c’est lui qui convainc de « péché » (au sens de rater sa vie) de justice (restauration offerte par Jésus) et de jugement (conséquence du refus). Le danger, c’est de se substituer à l’Esprit Saint et de verser dans le moralisme en se croyant obligé de convaincre les autres de leur culpabilité.
    On peut certes en parler, mais avec beaucoup de modestie ; et c’est là que le relationnel vient au secours du juridique, puisque la foi ne relève pas d’une simple « croyance » , ou d’une adhésion à un système religieux légaliste (les deux dérives populaires les plus fréquentes) mais procède avant tout d’une relation rompue et restaurée avec Dieu.
    De ce point de vue, la parabole du « Fils prodigue » se montre particulièrement révélatrice, puisque le « mauvais » fils (tel ceux lucides sur eux-mêmes) décide de faire confiance à l’amour de son père ; alors que le « bon » fils (tel ceux qui n’ont qu’une religion « croyance ») n’entretient pas de véritable relation avec son Père et se prive lui-même du banquet final.
    La foi chrétienne ne s’adresse donc qu’à ceux qui ne peuvent plus se voir dans un miroir, qui sont mal dans leur peau, et qui découvrent avec joie la possibilité de s’y trouver bien dans une relation d’amour restaurée avec Dieu… Ce qui est tout le contraire des masochistes qui se complaisent dans leur mal être.
    Roger

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