Le MAL naturel : 3- Le premier Testament


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Note1 : Les citations bibliques sont en général tirées de la TOB.

Note du webmaster :
Cet article étant un peu copieux, vous bénéficiez d’un sommaire interactif :

Sommaire

I. La révolution biblique du temps

II. La bonté foncière de tout le réel

III. En quête d’un sens à donner au « mal naturel »

La maladie, révélatrice des capacités humaines… et divines

La maladie, sanction salutaire du péché ?

La maladie, lieu du désir humain tendu vers la vie heureuse

IV. Une espérance qui traverse la mort

V. Conclusion

 

Concernant notre sujet, le « mal naturel », le Premier Testament ne mérite guère d’être appelé « ancien », tellement il tranche par sa nouveauté sur toutes les explications évoquées dans l’article précédent, tout en intégrant le meilleur d’entre elles, aussi bien celles de l’Antiquité que celles de la Modernité.

Trois convictions expriment cette nouveauté :

  • tout le réel est foncièrement bon
  • le « mal naturel » doit avoir un sens
  • l’espérance traverse la mort.

Mais avant de toucher un mot de ces trois convictions, il importe de les placer dans la lumière singulière de LA CONCEPTION BIBLIQUE DU TEMPS. VISION RÉVOLUTIONNAIRE, tout à fait unique, qu’on ne trouve en aucune autre culture de jadis ou d’aujourd’hui.

 

 

I. La révolution biblique du temps

Le Premier Testament est tout entier sous-tendu par une annonce et une promesse de vie totale, de bonheur plénier. L’homme biblique est attiré vers cet avenir. Il est convaincu que la création n’est pas achevée, mais que Dieu la continue et la conduit vers un achèvement au-delà de toute attente, mais déjà entrevu. Une part immense du Premier Testament est un tissu de promesses et d’anticipations de la joie espérée, du monde nouveau.

Le Premier Testament n’est pas tourné vers l’arrière, mais vers ce qui vient et germe déjà dans le présent.

Ne vous souvenez plus du passé, ne ressassez pas les faits d’autrefois. Voici que je vais faire du neuf, dit le Seigneur, qui déjà bourgeonne, ne le voyez-vous pas ?

Ésaïe 43,18-19

L’ÂGE D’OR N’EST PAS DERRIÈRE NOUS, DANS UN PASSÉ MYTHIQUE OU HISTORIQUE, MAIS DEVANT NOUS. IL N’EST PAS PERDU, MAIS ATTENDU. (Le Nouveau Testament recueillera cette espérance et en trouvera la réalisation dans le Christ.)

Cette conviction est inscrite jusque dans la grammaire de l’hébreu. Le système verbal n’y est pas structuré par nos trois temps : passé, présent, avenir, mais par deux états de l’action : l’état inaccompli, l’état accompli. Les deux peuvent se situer dans l’un de nos trois temps, ce qui ne facilite pas toujours la traduction. Ainsi, dans la deuxième phrase de la citation ci-dessus, on peut traduire : je vais faire, je ferai, je suis en train de faire, je fais. L’action est inaccomplie, inachevée, en cours de réalisation.

Pour la Bible, LA CRÉATION N’EST PAS UN ÉVÉNEMENT, MAIS UN PROCESSUS DYNAMIQUE. ELLE SE POURSUIT. ELLE EST EN VOIE D’ACCOMPLISSEMENT.

Autrement dit, l’univers que nous connaissons, les événements que nous vivons, la personne que nous sommes : tout cela est en devenir. Et ce devenir est conduit par Dieu tout-puissant et tout-aimant.

Dès lors, AVANT L’ACHÈVEMENT, ON SE TROUVE FORCÉMENT DANS L’INACHÈVEMENT, dans le pas-encore-parfait. Mais CETTE SITUATION EST LOIN D’ÊTRE UN DÉFAUT, encore moins une punition. Elle est la CONDITION INDISPENSABLE POUR QUE L’ÊTRE HUMAIN PUISSE COLLABORER AVEC DIEU, LIBREMENT, À SON PROPRE ACHÈVEMENT.

L’homme et la femme sont créés « dans » l’image de Dieu, « vers » sa ressemblance, « en vue » de cette dernière. L’image est donnée, comme une empreinte en creux. La ressemblance résultera de la synergie entre Dieu qui donnera tout et l’homme qui voudra bien accepter tout.

LES PROPHÈTES ANNONCENT L’AVÈNEMENT D’UN MONDE NOUVEAU, D’UNE TERRE NOUVELLE, D’UN SALUT UNIVERSEL (Ésaïe 65,17-25 ; 66,18-23).

Et, chose stupéfiante, LE PÉCHÉ DES HOMMES N’EMPÊCHERA PAS LA RÉALISATION DU SALUT. Rejeté par Israël, Dieu ne rejettera pas Israël. Pas plus qu’il ne rejettera quiconque.

Une telle espérance brille et se fortifie au cœur même du pire. C’est dans l’épreuve de l’Exil à Babylone, puis de la persécution d’Antiochus Épiphane qu’Israël découvrira la toute-puissance de son Dieu en sa faveur. Et en faveur finalement de toutes les nations.

Le Nouveau Testament portera cette espérance à un degré suprême d’incandescence. Mieux, les chrétiens en reconnaîtront la réalisation inaugurale en Jésus ressuscité, premier-né d’une multitude, comme le dira saint Paul.

 

II. La bonté foncière de tout le réel

La première page de la Bible, le chapitre premier de la Genèse, en constitue une sorte de préface qui donne le ton. Elle fut écrite après une longue histoire et placée en tête du Livre pour en fournir des clés d’interprétation.

Le récit poétique de la création est ponctué d’un refrain répété aux principales « étapes » de l’œuvre créatrice : « Dieu vit que cela était bon ». Et lorsqu’à la fin, Dieu contemple l’ensemble de son œuvre, il enchérit : « Dieu vit que tout était très bon. »

TOUT EST BON, TRÈS BON DANS L’UNIVERS. Bien plus tard, à la veille du Nouveau Testament, un autre sage juif, bon connaisseur aussi de la culture grecque, redira cela en d’autres termes :

 Dieu n’a pas fait la mort et il ne prend pas plaisir à la perte des vivants. Car il a créé tous les êtres pour qu’ils subsistent et, dans le monde, les générations sont salutaires ; en elles, il n’y a pas de poison funeste et l’Hadès ne domine pas sur la terre, car la justice [sous-entendu : de Dieu] est immortelle.

(Livre de la Sagesse 1,13-15)

Cette conviction est une CONSÉQUENCE DIRECTE DU MONOTHÉISME JUIF, autre nouveauté parmi toutes les cultures de l’Antiquité. Le monothéisme juif est perçu à l’époque, à juste titre, comme une négation de toutes les divinités des autres nations. Ce monothéisme implique un athéisme radical de tous les dieux autres que YHVH ! On peut le dire sans exagération, LE JUDAÏSME A INVENTÉ L’ATHÉISME dans le pourtour méditerranéen.

TOUT EST BON PARCE QUE VENANT D’UN DIEU PARFAITEMENT BON.

Tout l’univers, visible et invisible, avec tout ce qu’il contient, dépend exclusivement de lui. Aucune entité de son rang ne peut donc agir sans lui ni contre lui, comme c’est le cas dans les mythologies ou dans le manichéisme.

TOUT DÉPEND DE SA TOUTE-PUISSANCE ET DE SA TOUTE-AIMANCE : les êtres, les événements, le passé et l’avenir.

Tout ? Oui, à l’exception notable de L’ÊTRE HUMAIN, À QUI DIEU ACCORDE LA LIBERTÉ D’ACCEPTER OU DE REFUSER LA VIE ET LE BONHEUR QU’IL LUI PROPOSE. C’est là toute la théologie du livre du Deutéronome. Moïse parle au peuple au nom de YHVH :

Vois, je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur, moi qui te commande aujourd’hui d’aimer le Seigneur ton Dieu, de suivre ses chemins, de garder ses commandements, ses lois et ses coutumes. Alors tu vivras […] Mais si ton cœur se détourne, si tu n’écoutes pas […] vous disparaîtrez totalement […] C’est la vie et la mort que j’ai mises devant vous, c’est la bénédiction et la malédiction. Tu choisiras donc la vie, pour que tu vives, toi et ta descendance., en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix et en t’attachant à lui.

 Deutéronome 30,15-20

Oui, Dieu veut la vie et le bonheur de tous les humains, mais il ne leur impose pas son offre. Pourquoi ? Parce que cette offre est proprement inouïe : créé à l’image de Dieu, L’ÊTRE HUMAIN SE VOIT PROPOSER LA VOCATION DE REPRODUIRE EN LUI CETTE IMAGE, DE MIEUX EN MIEUX, JUSQU’À RESSEMBLER PARFAITEMENT À DIEU.

Or, L’IDENTITÉ DE CE DIEU, YHVH, IMPLIQUE UNE PARFAITE LIBERTÉ, CELLE DE L’AMOUR. Voici comment YHVH se révèle à Moïse (Exode 34,6) :

« Le Seigneur, le Seigneur, Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité. Il reste fidèle à des milliers de générations [= toujours]. La faute des pères, il la poursuit chez les fils et les petit-fils sur trois et quatre générations [= pas toujours]. »

Tout le Premier Testament raconte l’amour inépuisable de Dieu pour les hommes. C’est librement qu’il décide de créer l’homme et la femme, ce que laisse entendre clairement la délibération de Dieu en lui-même (Genèse 1,26) :

 Faisons l’homme à notre image, en vue de notre ressemblance.

C’est librement qu’il aime tous les humains et leur offre de partager sa vie et son bonheur. Le Psaume 136(135) répète inlassablement ce refrain :

 Car éternel est son amour

vingt-six fois. C’est plus que le nombre des lettres de l’alphabet hébreux, manière d’évoquer une surabondance qui dépasse ce qu’on en peut dire.

DEVENIR COMME DIEU, C’EST DONC ENTRER LIBREMENT DANS CE LIBRE ESPACE DE L’AMOUR, D’OÙ JAILLISSENT LA VIE ET LE BONHEUR.

(En vertu et en abus de cette liberté, les humains ne cesseront de trahir leur vocation. Ils ne cesseront de commettre le mal, que la Bible appelle le péché. Mais cela est une autre histoire, qui n’entre pas dans le présent sujet, lequel traite du « mal naturel ». Disons tout de même que l’amour divin, sa miséricorde, se révèlera plus puissant que le péché, comme le dira saint Paul :

 Où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé

Romains 5,20

Pour l’homme biblique, c’est évident : tout est dans la main de ce Dieu qui aime et veut la vie. Tout : aussi bien ce que nous appelons bonheur que ce que nous qualifions de malheur. Le prophète Ésaïe met dans la bouche de Dieu cette déclaration étonnante :

 C’est moi qui suis le Seigneur, il n’y en a pas d’autre. Je forme la lumière, je crée les ténèbres. Je fais le bonheur et je crée le malheur. C’est moi, le Seigneur, qui fais tout cela.

Ésaïe 45,6-7

C’est une manière d’affirmer que NOS MALHEURS, PAS PLUS QUE NOS BONHEURS, N’ÉCHAPPENT À LA VOLONTÉ TOUTE-PUISSANTE ET TOUTE-AIMANTE DE DIEU.

Reste à comprendre ce que cela signifie concrètement, surtout en ce qui concerne les malheurs qui nous viennent de la nature, dont nous ne sommes par conséquent pas responsables.

Israël cherchera donc passionnément à découvrir le sens de nos malheurs naturels, dont les principaux sont la maladie et la mort physique. Il le fera toujours dans une confiance inébranlable en l’amour divin.

 

III. En quête d’un sens à donner au « mal naturel »

Le problème de la mort sera traité au point suivant. Ici, il sera question surtout des MALADIES, annonciatrices en quelque sorte de la mort.

Ce qui vaut pour elles vaut aussi en partie pour d’AUTRES DANGERS NATURELS : orages, sécheresses, inondations… Mais ces derniers, en tant qu’ils manifestent les puissances naturelles, devant lesquelles l’homme se sent petit ou démuni, sont aussi, pour l’homme biblique, une démonstration de la puissance de Dieu, qui les tient en sa maîtrise. L’orage, par exemple, donne une idée de la gloire divine. Mais l’aventure d’Élie à l’Horeb (1 Rois 19) appelle déjà à dépasser ce genre de représentations. Dieu ne se rend présent ni par l’ouragan ni par le tremblement de terre ni par le feu, mais par le murmure d’un fin silence…

 

La maladie, révélatrice des capacités humaines… et divines

Un passage du livre de l’Ecclésiastique (ou Siracide, Ben Sira) propose un regard sur la maladie :

« Honore le médecin pour ses services, car lui aussi le SEIGNEUR l’a créé.

C’est du TRÈS-HAUT que vient la guérison […]

La science du médecin lui fait relever la tête, devant les grands il est admiré.

Le SEIGNEUR a créé des remèdes issus de la terre, l’homme avisé ne les méprise pas. […]

[DIEU] a donné aux hommes la science pour que ceux-ci le glorifient de ses merveilles.

Il [le médecin ou Dieu] soigne et apaise la douleur.

Le pharmacien prépare des mixtures, de sorte que les œuvres [de DIEU] n’ont pas de fin et le bien-être se répand sur la terre.

Mon fils, dans la maladie ne sois pas négligent, mais prie le SEIGNEUR et il te guérira.

Renonce à tes fautes, de tout péché purifie ton cœur. […]

Puis, fais place au médecin, car lui aussi le SEIGNEUR l’a créé.

Qu’il ne s’écarte pas de toi, car tu as besoin de lui.

Il y a un moment où ton rétablissement est entre leurs mains.

Eux aussi prieront le SEIGNEUR, afin qu’il leur donne de réussir à soulager et à trouver un remède pour sauver une vie.

Celui qui pèche à la face du CRÉATEUR, qu’il tombe aux mains du médecin ! »

(Siracide 38,1-15)

Ce qui frappe d’emblée ici, c’est L’INTERACTION ENTRE DIEU ET LES HOMMES. Tout est certes rapporté à Dieu, mais tout en même temps dépend aussi de l’activité humaine. Les mots soulignés décrivent cette activité-là : ses acteurs (médecin, pharmacien), ses moyens (remèdes, mixtures), ses modalités (soigner, apaiser la douleur), ses résultats espérés (guérir, se rétablir, sauver sa vie).

Tout cela témoigne de l’ingéniosité de l’homme, de sa volonté de combattre le mal, de sa capacité d’y réussir. Les progrès époustouflant de la médecine actuelle ne sont que le prolongement de ces premiers efforts, sans cesse poursuivis.

Mais tout cela, pour le croyant, est aussi don de Dieu : les remèdes, l’art des médecins et des pharmaciens, la volonté humaine de guérir. Autrement dit, DIEU AUSSI, DIEU SURTOUT VEUT LA VIE ET LE BIEN-ÊTRE DES HUMAINS. Comme le dira saint Irénée plus tard :

 La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant.

Retenons ici la CONCEPTION ORIGINALE DE LA SYNERGIE ENTRE DIEU ET L’ÊTRE HUMAIN, à l’opposé aussi bien du fatalisme que d’une confiance paresseuse et superstitieuse en Dieu, loin aussi d’une confiance illusoire en la toute-puissance des efforts humains.

Cette synergie est exprimée par une maxime paradoxale attribuée à un jésuite inconnu :

 Crois et prie comme si tout dépendait de toi, et rien de Dieu. Agis et mets tout en œuvre comme si tout dépendait de Dieu, et rien de toi.

La prière et la foi authentiques, loin de démobiliser, donnent de s’investir à fond pour combattre le mal. De son côté, l’action (chrétiennement vécue) est tout entière imprégnée de confiance en Dieu, sans crispation ni sur les résultats ni sur sa propre image ni sur le regard d’autrui : excellent remède préventif du stress, de la dépression et du burnout !

 

La maladie, sanction salutaire du péché ?

On l’a vu dans l’exemple ci-dessus (mots en gras), un certain lien est établi entre maladie et péché. Quel lien ? Comme tout est censé dépendre de Dieu, la maladie viendrait-elle aussi de lui ? Elle serait, dans ce cas, une sanction possible d’un péché commis. Cette interprétation sera de plus en plus rejetée, on le verra. Mais elle apparaît d’abord comme plausible. Elle vient spontanément à l’esprit, qui cherche un responsable, un coupable. Celui-ci pourrait être le malade lui-même. Ce réflexe existe encore aujourd’hui en bien des cultures, y compris la nôtre (p.ex. le sida punition divine des fautes sexuelles).

Mais ici encore, LA BIBLE INNOVE, même quand elle caresse cette hypothèse. Dans toutes les mythologies, les sanctions infligées par les dieux sont purement pénales, ce sont de pures vengeances. Qu’on songe aux supplices de Tantale, de Sisyphe, de Prométhée : des tortures sans fin !

Pour l’homme biblique, au contraire, il ne peut s’agir que de SANCTIONS BIENVEILLANTES, entièrement ordonnées à la vie et au salut, comme celles du meilleur des pères à l’égard d’un de ses enfants égarés. La maladie, dans ce cas, semble prendre du sens. Elle n’est plus absurde.

Mais malgré tout, CETTE EXPLICATION SERA MISE EN PIÈCES, surtout par le livre de Job. La maladie et le malheur frappent aussi bien le méchant que l’innocent. La souffrance du juste et la prospérité des méchants opposent un démenti formel à la théorie de la maladie sanction.

À cet égard, LE LIVRE DE JOB EST UN SOMMET UNIQUE DANS LA LITTÉRATURE MONDIALE DE TOUS LES TEMPS. Nulle part ailleurs que dans la Bible on ne trouve une telle condamnation sans appel du mal châtiment divin. Job hurle sa révolte vers Dieu. Et Dieu lui donnera raison. La Peste de Camus, en comparaison de Job, n’est qu’un chuchotement. Dostoïevski, dans Les Frères Karamazov, s’en approche davantage.

Comment donc comprendre les malheurs du juste innocent ? Une intuition, une timide lueur commence à briller dans le Premier Testament, avec les oracles du Serviteur souffrant :

« Il était méprisé, laissé de côté par les hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, tel celui devant qui l’on cache son visage.

Oui, méprisé, nous ne l’estimions nullement.

En fait, ce sont nos souffrances qu’il a portées, ce sont nos douleurs qu’il a supportées, et nous, nous l’estimions châtié, frappé par Dieu et humilié.

Mais lui, en réalité, il était transpercé à cause de nos révoltes, broyé à cause de nos perversités.

La sanction, gage de paix pour nous, était sur lui, et dans ses plaies nous trouvons la guérison.

Esaïe 53,3-5

Cette intuition trouvera son accomplissement surprenant dans le Nouveau Testament avec la Passion de Jésus.

Gardon-nous cependant d’une INTERPRÉTATION PERVERSE DE CETTE INTUITION ! Elle ne saurait signifier que Dieu, ô horreur, ferait souffrir physiquement quelqu’un pour qu’il en résulte un bienfait spirituel destiné à d’autres.

Les souffrances du Serviteur d’Ésaïe, et encore plus celles de Jésus, ne sont en rien causées par Dieu, mais par les hommes. L’interprétation perverse est celle qui vient à l’esprit des insensés, que nous sommes. « Nous, nous l’estimions châtié, frappé par Dieu et humilié », avouent les destinataires de l’oracle du Serviteur, avant de découvrir la réalité, à savoir que ce sont eux qui ont transpercé, broyé le Serviteur.

Pareillement, et de manière éclatante, les souffrances de Jésus sont infligées par les autorités de l’époque. À ce crime, elles ajoutent le mépris, la raillerie, les invectives :

 Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même. Il a compté sur Dieu, que Dieu le délivre maintenant s’il s’intéresse à lui !

Mais, dans les deux cas, et c’est cela qui est l’ahurissante œuvre de Dieu, le crime des humains rencontre la grâce surabondante, de telle sorte que le péché suscite non le châtiment, mais le pardon !

 Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font.

 

QUELLES ATTITUDES CONCRÈTES L’INTUITION DU SERVITEUR SOUFFRANT NOUS SUGGÈRE-T-ELLE DEVANT NOTRE SOUFFRANCE PHYSIQUE OU CELLE D’AUTRUI ?

En voici deux :

  1. L’abandon résolu et définitif de l’interprétation perverse qui consiste à déclarer que la victime, soi-même ou un autre, est coupable de ses douleurs, que ces dernières sont infligées par la divinité.
  2. La possibilité pour celui qui souffre de découvrir en soi, grâce à Dieu, non seulement la force de combattre le mal physique, mais aussi la CAPACITÉ DE CONTINUER D’AIMER : ses proches, voire ses ennemis. Bien des malades ou des parents de malade connaissent cette expérience étonnante et libératrice.

 

La maladie, lieu du désir humain tendu vers la vie heureuse

Mettons maintenant en évidence le SENS BIBLIQUE LE PLUS PROFOND DU « MAL PHYSIQUE ».

Ce sens consiste-t-il, comme on dit parfois, de rappeler notre finitude, que nous ne sommes pas Dieu ? Certes non ! Ce serait indigne de Dieu d’agir ainsi, comme pour nous humilier, et cela ne nous apprendrait rien que nous ne sachions déjà.

SI LA MALADIE A UN SENS, C’EST DE NOUS TOURNER VERS DIEU, POUR L’IMPLORER, POUR LUI DIRE NOTRE DÉTRESSE ET MÊME NOTRE COLÈRE, COMME JOB.

Le Psautier contient nombre de prières de malades : Psaumes 6 ; 31 ; 38 ; 88 ; 102… Ce que le malade demande, c’est évidemment la guérison. Mais sa prière est nourrie de trois convictions, que j’illustre à partir du Psaume 6 :

3 Pitié, Seigneur, je dépéris, Seigneur, guéris-moi !

5 Reviens, Seigneur, délivre-moi, sauve-moi en raison de ton amour !

6 Personne dans la mort n’invoque ton nom, au séjour des morts, qui te rend grâce ?

10 Le Seigneur accueille ma demande, le Seigneur entend ma prière.

Autrement dit :

  1. Dieu ENTEND nos supplications, il n’est ni indifférent ni sourd (v. 10).
  2. Dieu nous AIME (v. 5).
  3. Dieu se doit de NOUS DONNER DE VIVRE (v. 6).

La troisième de ces convictions sera reprise plus bas, à propos de la mort. Elle se profile déjà dans la maladie, car celle-ci annonce la mort possible et pourrait y conduire.

LA PRIÈRE DU MALADE ÉVEILLE DONC, NON L’ACCEPTATION DE LA FINITUDE, MAIS AU CONTRAIRE LE REFUS DE CELLE-CI.

LA PRIÈRE DU MALADE S’ENRACINE DANS UN DÉSIR DE VIVRE INDOMPTABLE ET CE DÉSIR N’EST PAS SEULEMENT CELUI DE L’ÊTRE HUMAIN, MAIS CELUI QUE DIEU A MIS EN LUI.

Par conséquent, LA MALADIE N’EST PAS SEULEMENT UNE ATTEINTE À LA VIE ET AU BONHEUR DE L’HOMME, ELLE OBSCURCIT ET HEURTE AUSSI LA GLOIRE DE DIEU, c’est-à-dire le rayonnement de son amour.

 Pour l’honneur de ton nom, Seigneur, fais-moi vivre ; à cause de ta justice, tire-moi de la détresse

 Psaume 142[143],11

La maladie, et plus encore la mort, est finalement un défi, une provocation que Dieu se doit de relever – à cause de son amour et pour manifester sa gloire ! « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant » !

 

IV. Une espérance qui traverse la mort

Le trait peut-être le plus étonnant de l’attitude biblique devant la mort est L’ABSENCE DE TOUT CULTE DES MORTS, culte si répandu dans les autres cultures de l’époque. Pas de Livre des morts, comme en Égypte, pas de culte des ancêtres, pas d’évocation ni d’invocation des défunts… Au contraire, tous les contacts avec les corps morts engendrent une impureté rituelle. Pour Israël, la mort n’a aucune place dans le monde des vivants.

Et pourtant ! Non seulement tous les vivants connaîtront la mort, mais CETTE DERNIÈRE SIGNE LA FIN DE TOUTES LES ATTENTES de guérison, de salut et de vie. Une fin apparemment définitive. Après la mort, il n’y a que le shéol, le séjour des morts, qui n’offre rien d’autre qu’une sorte de léthargie sans trace de vie ni d’espoir.

Dieu, sur qui l’on comptait si fort pour être sauvé de toute maladie et de tout péril, est absent du shéol :

Le séjour des morts ne peut pas te louer ni la mort te célébrer.

Ceux qui sont descendus dans la tombe n’espèrent plus en ta fidélité.

Le vivant, lui seul, te loue, comme moi aujourd’hui.

Ésaïe 38,18-19

DEVANT LA MORT, LA CONSCIENCE D’ISRAËL VA ÉVOLUER étonnamment. Partant d’une espérance quasi nulle, contrairement aux autres nations, elle atteindra l’intuition d’une espérance dépassant tout ce qu’aucune autre nation ni aucune autre culture ne concevra jamais. Trois grandes étapes jalonnent cet itinéraire spirituel.

1 LA MORT EST CONSIDÉRÉE COMME NORMALE ET SANS ISSUE. Pour autant, toutefois, qu’elle survienne après une longue et heureuse vie. Les justes, les patriarches sont « réunis à leurs pères, rassasiés de jours » (Genèse 25,8). Tout le désir de bonheur est donc investi dans l’ici-bas. C’est en cette seule et unique vie que Dieu récompense les « bons » et punit les « méchants ». Mais cette vision se heurtera sans tarder à l’obstacle incontournable d’une expérience scandaleuse : la mort prématurée frappe aussi les « justes », tandis que nombre de « mauvais » jouissent d’une vie longue et riche en biens terrestre : santé, richesse, pouvoir…

Cette expérience, si fort illustrée par celle de Job, ne peut qu’entraîner un questionnement sur Dieu, sur sa puissance, sur sa fidélité à une alliance que la mort semble anéantir.

2 DERRIÈRE LA MORT PHYSIQUE SE PROFILE UNE MORT SPIRITUELLE DUE AU PÉCHÉ. De même que la maladie physique pourrait être liée à une maladie spirituelle (le péché), la mort biologique annonce peut-être une autre mort, plus radicale, causée par le péché. LA MORT BIOLOGIQUE N’EST DONC PLUS RUPTURE AVEC LE DIEU VIVANT. Le Seigneur ne peut abandonner ses fidèles à la non-vie du shéol.

Cette idée est fondée sur la CONVICTION GRANDISSANTE DE LA FIDÉLITÉ DE DIEU, de sa toute-puissance et de sa toute-aimance en faveur des humains :

 Mon cœur se réjouit, mon âme exulte et ma chair demeure en sûreté.

Car tu ne m’abandonnes pas aux enfers, tu ne laisses pas ton fidèle voir la fosse (ou : la corruption).

Psaume 16,10

3 L’ESPÉRANCE D’UNE VIE NOUVELLE DE LA PERSONNE, CORPS ET ÂME

Cet espoir encore assez vague d’une intervention divine en faveur des défunts se précisera vers la fin du Premier Testament avec L’INTUITION D’UNE RÉSURRECTION, d’une vie nouvelle offerte après la vie présente à la personne dans l’unité de son corps et de ce que nous appelons son âme. Cette vision propre à la Bible naîtra de la conjonction d’une expérience et d’une vision de l’être humain.

L’EXPÉRIENCE DES MARTYRS D’ISRAËL. Les deux livres dits des Maccabées ou des Martyrs d’Israël expriment pour la première fois en Israël, une centaine d’années avant le Christ, l’attente d’une résurrection des morts. La foi qui couvait auparavant (cf. Psaume 16 ci-dessus) s’épanouit maintenant. Oui, Dieu ne peut laisser à la fosse, au shéol ceux qui acceptent d’être tués pour ne pas renier leur foi en lui. L’espérance de la résurrection devient alors une certitude en ce qui concerne les justes, les martyrs. Mais que signifie « ressusciter » ? On ne sait pas exactement, sauf qu’il s’agit d’une promesse concernant la personne dans son unité.

UNE VISION UNIFIÉE DE LA PERSONNE. La Bible n’est pas dualiste, au sens de la philosophie grecque. Elle ne voit pas dans l’être humain l’assemblage provisoire de deux éléments, l’un matériel, le « corps », et l’autre spirituel, un « âme », que la mort séparerait. L’homme existe dans l’unité insécable de son être. Celle-ci peut être considérée sous différents aspects. Ce sont des points de vue sur l’être humain complexe, nullement des parties assemblées :

Mon âme s’épuise à désirer les parvis du Seigneur ;

mon cœur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant.

Psaume 84[83],3

L’hébreu n’a pas de vocables équivalents à nos termes « âme » et « corps » dans leur opposition. Le mot traduit ci-dessus par « âme » désigne le souffle, la respiration, ce qui rend l’homme vivant et qui lui vient de Dieu, en hébreu : la nèfesh. Le « cœur » (hébreu lév) est le centre mystérieux de la personne, où naissent sentiments, pensées, décisions. La « chair » (hébreu bâsâr), c’est la personne en sa consistance terrestre, en son appartenance au monde animal naturel.

La résurrection attendue doit forcément concerner avant tout la « chair », le corps, autrement dit l’individu total. Séparés de lui, une « âme » ou un « cœur » sont inconcevables. C’EST DANS L’UNITÉ DE SON ÊTRE QUE L’HOMME VIT SA RELATION AUX AUTRES ET À DIEU, dès cette vie. C’est dans la même unité qu’il est appelé à vivre cette même et double relation de façon parfaite et définitive dans la vie nouvelle de la résurrection.

 

V. Conclusion

Quatre convictions, propres au Premier Testament, sans égale dans aucune autre culture, résument le parcours proposé jusqu’ici.

1 CE MONDE QUE NOUS CONNAISSONS N’EST NI STATIQUE NI DÉFINITIF : IL EST EN VOIE D’ACCOMPLISSEMENT. Tout y est bon, très bon, mais tout est encore inachevé. La création est une œuvre que Dieu poursuit et conduit, et à laquelle il nous donne de collaborer. La vraie vie, la vie en plénitude, sans douleur ni larmes ni mort, est notre vocation, notre destinée. Le « mal naturel » est le signe de cet inachèvement. Il ne peut prendre sens que dans la perspective de la promesse du salut en voie germinale de réalisation.

2 LE SALUT ACCOMPLI DOIT CONSISTER EN UNE VICTOIRE DÉFINITIVE ET TOTALE SUR LA MORT. À quoi bon, en effet, toutes les guérisons que l’on voudra si elles ne font que retarder la perte totale de soi, de sa vie, de son bonheur ? La perspective du monde nouveau relativise aussi bien nos accidents de santé que les rémissions ou les guérisons que nous pouvons obtenir. « Relativiser », ici, n’a pas le sens de sous-estimer ou de banaliser, mais celui de mettre en relation, en perspective : maladie et guérison, mises en rapport avec le salut total, creusent et nourrissent notre désir de plénitude, pour nous-mêmes et pour tous les malades et souffrants du monde. L’horizon de ce désir, c’est Dieu.

3 LA VIE NOUVELLE NE SAURAIT ÊTRE UNE AMPUTATION DE NOTRE ÊTRE, MAIS AU CONTRAIRE L’AUGMENTATION ET L’EXALTATION DE SON UNITÉ, INSCRITE DEPUIS TOUJOURS DANS NOTRE CORPS. Unité réelle mais imparfaite en cette vie, unité parfaite quand Dieu sera tout en tous et que nous serons en Dieu-Un pour toujours. C’est cette vie nouvelle que nous désignons, sans être en mesure de la décrire, par LA RÉSURRECTION.

4 SEUL L’AMOUR DIVIN PEUT NOUS DONNER LA VIE TOTALE QUE NOUS DÉSIRONS.

Dieu, c’est toi mon Dieu, je te cherche dès l’aube,

Mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair.

Je t’ai contemplé au sanctuaire : TON AMOUR VAUT MIEUX QUE LA VIE.

Psaume 63[62],2-3

 

Ce n’est pas un choix de l’amour au détriment de la vie, mais au contraire la certitude que l’amour seul est source de vie. De même que la vie humaine ici-bas s’origine dans l’amour du Créateur, ainsi elle s’épanouira en vie éternelle par l’amour du Sauveur.

 


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MIchel Salamolard

9 Commentaires

  1. Manu jeu 25 Jan 2018 Répondre

    Merci pour cet article.
    A propos du psaume 136 et des 26 occurrences du refrain « Car éternel est son amour » : selon la gematria, la valeur du Tétragramme YHWH est 26 : 10 (yōḏ) + 5 (hē) + 6 (wāw) + 5 (hē) = 26.

    • Michel Salamolard ven 26 Jan 2018 Répondre

      Très intéressant, merci!

  2. Thibault Heimburger jeu 25 Jan 2018 Répondre

    Bonsoir,

    ce post est tellement riche que je n’ai pas encore fini de le lire.

    Mais j’ai déjà deux questions pour Michel:

    – « Celui qui pèche à la face du CRÉATEUR, qu’il tombe aux mains du médecin ! »
    (Siracide 38,1-15).
    Je ne comprends pas le sens de cette phrase. Cela semble contradictoire avec ce qui précède.

    – et surtout vous écrivez à propos d’Esaïe 53,3-5:  » Gardons-nous cependant d’une INTERPRÉTATION PERVERSE DE CETTE INTUITION ! Elle ne saurait signifier que Dieu, ô horreur, ferait souffrir physiquement quelqu’un pour qu’il en résulte un bienfait spirituel destiné à d’autres.Les souffrances du Serviteur d’Ésaïe, et encore plus celles de Jésus, ne sont en rien causées par Dieu, mais par les hommes. L’interprétation perverse est celle qui vient à l’esprit des insensés, que nous sommes. « Nous, nous l’estimions châtié, frappé par Dieu et humilié », avouent les destinataires de l’oracle du Serviteur, avant de découvrir la réalité, à savoir que ce sont eux qui ont transpercé, broyé le Serviteur ».

    Je reprends le texte d’Esaïe:
    – « « Il était méprisé, laissé de côté par les hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, tel celui devant qui l’on cache son visage.Oui, méprisé, nous ne l’estimions nullement. »
    Allusion à Job.

    – « En fait, ce sont nos souffrances qu’il a portées, ce sont nos douleurs qu’il a supportées, et nous, nous l’estimions châtié, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, en réalité… « .
    C’est vraiment très compliqué à comprendre.
    D’un côté Isaïe semble accréditer l’idée qu’il supporte NOS souffrances et de l’autre que Dieu ne l’a pas châtié, humilié, frappé.
    S’il porte/supporte NOS souffrances (et pas seulement les siennes ?) sans que Dieu y soit pour quoi que ce soit, que peut bien signifier ce « transfert » de nos souffrances vers lui ???

    –  » Mais lui, en réalité, il était transpercé à cause de nos révoltes, broyé à cause de nos perversités.
    La sanction, gage de paix pour nous, était sur lui, et dans ses plaies nous trouvons la guérison ».
    « A cause de » et « la sanction »me posent un vrai problème.

    Il me semble difficile de concilier les deux aspects de ce texte:
    D’un côté Isaïe semble rejeter la conception traditionnelle d’une punition divine individuelle, de l’autre il semble accréditer l’idée qu’un seul (le serviteur souffrant) souffre à cause des fautes de tous, ce qui est en contradiction totale avec le Dieu de Jésus-Christ tel que je le comprends et que vous le comprenez.

    Ne serait-il pas plus logique de considérer le texte d’Isaïe comme une étape intermédiaire, nécessairement balbutiante et donc partiellement fausse de la Révélation finale en Jésus-Christ ?

    • Michel Salamolard ven 26 Jan 2018 Répondre

      Certes, Thibault, le texte d’Isaïe, pris en lui-même, à son époque est, à nos yeux, une étape intermédiaire, balbutiante, mais tout de même assez géniale et étonnante. C’est la relecture chrétienne, dans le Nouveau Testament, qui donne à l’antique prophétie une nouvelle et inouïe actualité (voir les notes marginales à ce texte dans la BJ ou la TOB: citations ou allusions dans le NT).
      Comme disait saint Augustin à propos des deux Testaments: « Vetus in novo patet, novum in vetere latet ». L’Ancien Testament devient clair (ou s’accomplit) dans le Nouveau, le Nouveau est déjà caché dans l’Ancien…

      Quant à Siracide 38,15, on peut comprendre soit: « celui qui pèche tombera malade » (ancienne et classique vision de la maladie punition), soit (à partir du texte hébreu): « Celui-là pèche qui fait le brave devant son médecin » (BJ et TOB signalent cela en note), autrement dit: si tu es malade, ne néglige pas de recourir au médecin, ce qui semble assez cohérent avec la péricope.

      • Thibault Heimburger ven 26 Jan 2018 Répondre

        Merci beaucoup de ces réponses très éclairantes.
        Je vais maintenant lire la suite..
        J’en profite pour vous remercier de votre livre « En finir avec le Péché originel » (pas encore fini) qui est d’une limpidité totale, très pédagogique, rigoureux mais très accessible et agréable à lire. Je le conseille vivement à tous.
        A bientôt.

  3. Thibault Heimburger ven 26 Jan 2018 Répondre

    Pour les administrateurs du site
    Sans le post de Manu que j’ai reçu, je n’aurais pas été au courant de cette nouvelle publication de Michel.
    Or chaque fois que j’écris un commentaire dans un article ou un autre, je coche « me tenir informé des nouvelles publications Science et Foi » et ..je dois me réinscrire.
    je ne comprends pas où est le problème.

    • Marc Fiquet ven 26 Jan 2018 Répondre

      Bonjour Thibault,

      En fait la fréquence de notre news lettrer qui informe des nouvelles publications a un peu augmenté ces temps derniers.. on va revenir à une fréquence plus courte.

      Marc – Webmaster

  4. Thibault Heimburger sam 27 Jan 2018 Répondre

    Bonsoir Michel,

    Je viens de finir l’article. Je suis en tout point d’accord.
    Quelques pensées qui me viennent à propos de la phrase suivante:

    – >Le trait peut-être le plus étonnant de l’attitude biblique devant la mort est L’ABSENCE DE TOUT CULTE DES MORTS, culte si répandu dans les autres cultures de l’époque.(..) »

    L’origine du sentiment religieux est souvent (https://www.ouest-france.fr/lorigine-des-religions-il-y-le-culte-des-morts-241463) et, probablement à juste titre, interprétée comme une révolte contre la mort, la finitude absolue. Les premières sépultures volontaires semblant montrer l’existence d’une croyance en une forme de « survie ». Elles remontent à environ 100.000 ans (http://www.hominides.com/html/dossiers/sepulture-tombe-prehistoire.php) et (https://fr.wikipedia.org/wiki/Religions_de_la_Pr%C3%A9histoire) et concernent aussi bien Homo sapiens que notre cousin Homo neanderthalis aujourd’hui disparu bien que nous ayons quelques % de gènes en commun.
    Il y a déjà en l’homme primitif une révolte fondamentale.

    Par la suite, aussi bien les religions chamaniques que les religions plus tardives (Egypte, Grèce et les religions d’Extrême-Orient), toutes font référence, de façon très différente, à une certaine forme de survie de quelque chose de nous après la mort.
    Il est probable que la religion du proto-peuple historique d’Israël était du même type: au départ YHWH n’était qu’un dieu parmi d’autres, puis il devint le dieu principal avant de devenir historiquement et progressivement le Dieu unique, non sans combats.
    Mais dans la Bible elle-même, la question de la « survie » puis résurrection ne vient, progressivement, qu’en référence à la question de la « justice » c’est à dire à l’amour de Dieu.
    En d’autres termes, la Foi première de l’ Israël biblique n’était en rien basée d’abord sur le problème de la survie après la mort, en contradiction totale avec l’histoire des religions en général.
    La Révélation biblique introduit une rupture majeure par rapport à l’histoire des religions.

  5. Michel Salamolard dim 28 Jan 2018 Répondre

    Merci, Thibault, de votre commentaire aimable et si pertinent !

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