LE MAL : 1- LA QUESTION

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Introduction (Science & Foi)

Merci à Michel Salamolard pour l’initiative de cette série qui aborde une question courante mais pas si facile à traiter et qui fut initialement un commentaire sur l’article précèdent concernant la sortie du livre ORIGINE et  le malaise initial que le célèbre romancier Dan Brown confie avoir ressenti vis à vis de la religion quand un prêtre lui aurait répondu, étant enfant, que la mort d’une de ses amies de 11 ans d’une leucémie, était la volonté de Dieu.

 

Pour en savoir plus sur l’auteur de cet article, vous pouvez vous reporter à cette page.

 

 

LE MAL : 1- LA QUESTION


La question posée par THIBAULT  dans l’article précédent est des plus lancinantes et des plus universelles. Pourquoi le mal ? Le mal a-t-il un sens ? Et Dieu là-dedans ?

Voici donc quelques données à ce sujet, telles qu’on les trouve dans l’évolution des cultures et des idées. Il ne s’agit évidemment que de jalons, que chacune et chacun pourra utiliser librement pour nourrir sa propre réflexion.
Pour la clarté du propos et, je l’espère, pour l’agrément de la lecture, je répartirai ma proposition en quatre articles. Le premier, celui-ci, s’efforce de situer LA QUESTION. Les trois suivants seront un coup de sonde dans trois univers culturels : celui qui se situe HORS LA BIBLE, puis celui du PREMIER TESTAMENT, enfin celui de JÉSUS.

Précision capitale, je n’envisage ici que LE MAL QUI NOUS VIENT DE LA NATURE, ce qu’on appelle parfois le « mal naturel » (par opposition au mal moral, en langage religieux le péché) : maladies, catastrophes naturelles, handicaps de naissance, mort… Il ne sera donc pas question du mal que nous commettons nous-mêmes ni de celui que nous subissons à cause des mauvais comportements d’autrui (méchancetés, injustices, terrorisme, guerres, etc.).
Pourquoi ce choix ? Parce que, me semble-t-il, la question de Thibault vise bel et bien cet ordre-là de réalités.
(Je m’empresse d’ajouter que, selon moi, la plus grande et plus cruelle partie des maux dont souffre l’humanité est celle dont elle est elle-même coupable. C’est donc à elle-même, à chacune et à chacun de nous pour sa part, que revient la responsabilité, petite ou grande, de prévenir ces maux-là et aussi d’en soulager les victimes.)

Voici donc, pour commencer, quelques remarques concernant LA QUESTION ELLE-MÊME DU « MAL NATUREL ». Cette toile de fond est indispensable non seulement pour bien situer le problème, mais aussi pour évaluer la pertinence des réponses très variées qui ont été ou sont proposées par les grandes cultures connues.
Pour ne pas trop allonger, je formule ces remarques de façon lapidaire, mais suffisante à mon avis pour notre propos, qui reste modeste.

1 LE MAL N’EXISTE PAS DANS LA NATURE. La chute d’un astéroïde sur notre planète, le choc des plaques tectoniques, l’extinction prévisible du soleil, l’existence et l’action des virus pathogènes, les tsunamis, les erreurs ou accidents génétiques, la mort, etc. : autant de phénomènes purement naturels, dont les humains ne sont pas, en principe, responsables.

2 LE MAL EST CE QUI FAIT MAL AUX HUMAINS QUE NOUS SOMMES. Le « mal naturel » comme tel apparaît en même temps que l’être humain. Il faut un humain pour qualifier quelque chose de mal, de mauvais. Les animaux ont un instinct de survie (individuelle et de l’espèce) qui les pousse à fuir les dangers et la mort. Sans poser ni se poser de question, sans jugement.
Nous, humains, appelons « mal » ce qui, dans nos contacts avec la nature, nous fait mal, physiquement ou moralement. Non seulement nous ressentons la douleur et la souffrance, comme tous les animaux, mais nous ne trouvons pas cela normal. Nous faisons tout pour combattre ces maux, soit en les prévenant, soit en atténuant ou en supprimant leurs effets négatifs.

3 LE MAL QUI NOUS VIENT DE LA NATURE NOUS DRESSE FACE À LA NATURE. Le « mal naturel » nous met en quelque sorte en tension avec la nature. D’un côté, nous lui devons tout ou presque. D’un autre côté, nous devons et pouvons la combattre ou la dominer, la domestiquer. Jusqu’à un certain point. Souvent, mais pas toujours, avec sagesse et efficacité.
Ce qui est sûr, c’est que, dans notre combat contre le « mal naturel », se révèlent les pouvoirs extraordinaires de notre intelligence, de notre habileté, ainsi que la nécessité de nous unir, plusieurs, si possible tous, pour vaincre les difficultés et conjurer les dangers.
Au bout du compte, la question du « mal naturel » fait naître les trois questions suivantes.

4 COMMENT SE FAIT-IL QUE LA NATURE, DONT NOUS ADMIRONS LES RÉUSSITES, LES LOIS, L’ORDRE ET LA PUISSANCE, SOUVENT L’HARMONIE ET LA BEAUTÉ, NOUS CAUSE AUSSI DU MAL ? Le monde naturel serait-il fondamentalement imparfait, défectueux ? Ou bien les humains que nous sommes seraient-ils « de trop » dans un univers naturel pas vraiment fait pour eux ?

5 D’OÙ NOUS VIENT CETTE CAPACITÉ QUE NOUS AVONS DE DOMESTIQUER LA NATURE ? Voire de la vaincre, ou même de la détruire en partie… Comment expliquer que la nature ait elle-même en quelque sorte engendré, contre elle-même, ces « erreurs vivantes », ces ennemis, ces intrus, ces rivaux que nous serions peut-être ?

6 OÙ, VERS QUOI NOUS CONDUIT CETTE MÊME CAPACITÉ QUE NOUS POSSÉDONS ? Au triomphe de l’humanité sur la nature et, tout spécialement, sur la mort ? À l’anéantissement de l’humanité par elle-même ? À autre chose ?

C’est à cet ensemble de questions, souvent mêlées, enchevêtrées, que les humains, depuis toujours, ont cherché des réponses.
Remarquons d’emblée que la question du mal entraîne une question sur l’homme. Et, pour les croyants, une question sur Dieu.

Les prochains articles feront un inventaire limité, mais représentatif, des réponses nées dans quelques univers culturels connus.

 

 

Crédit illustration : https://fr.123rf.com/profile_Kurhan

 


Pour aller plus loin

A lire également sur ce site :

L’idée d’un Dieu d’amour est-elle compatible avec le mal et la souffrance dans le monde ?

Comment un Dieu bon pourrait-il créer par un processus qui implique tant de douleur et de mort ?

Comment expliquer la présence du mal dans la Nature ? (1)

 

MIchel Salamolard

1 Commentaire

  1. Benoit Hébert sam 11 Nov 2017 Répondre

    Merci Michel pour cette belle « catégorisation » du problème du mal naturel. Comme tu le dis si bien, tout ceci est très souvent enchevêtré au plus profond de nous.
    Tu nous mets l' »eau à la bouche », si j’ose dire.

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