LA CREATION : GENESE et EVOLUTION -3. La semaine infinie

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Michel Salamolard

 

Pour une présentation de l’auteur,
vous pouvez vous reporter à l’introduction
du  premier article de la série.

 


 

 

LA CRÉATION, VUE COMME GENÈSE ET ÉVOLUTION

 

3. La Semaine infinie

La Semaine inaugurale de création est infinie, en un double sens. Elle est, primo, sans limite puisqu’elle s’éternise le 7ème jour, auquel rien ne succède. Mais elle est aussi, secundo, inachevée, malgré l’achèvement qu’elle affirme (« ainsi furent achevés », v. 2, 1), puisqu’elle débouche immédiatement sur la continuité d’une histoire qui se poursuit – ou qui semble (re)commencer.

Considérons la grande narration biblique, à laquelle Gn 1, 1 – 2, 4a sert de préface. Il s’agit du récit en continu de toute l’histoire de l’humanité, à partir d’Adam. Jusqu’à qui ? Jusqu’à Jésus accomplissant les Écritures, dira le Nouveau Testament. Jusqu’à nous, ajoutera-t-il aussitôt, puisque Jésus est le « premier-né d’une multitude » (Rm 8, 29) et puisque le Nouveau Testament a été écrit « pour que nous croyions et pour qu’en croyant nous ayons la vie en son nom » (Jn 20, 31). Jusqu’à, finalement, un rebond de l’acte créateur en vue d’un « ciel nouveau » et d’une « terre nouvelle » (Ap 21, 1). Le Nouveau Testament se « termine » sur une attente (Ap 22, 17-21), autant dire que rien n’est terminé. L’évolution créatrice se poursuit.

La grande logique de l’Alliance, fil rouge de la Bible, s’exprimera après le déluge. Ce sera une alliance où Dieu s’engage inconditionnellement et pour ainsi dire unilatéralement. Rien n’est demandé à Noé en contrepartie. L’enjeu de cette Alliance est clairement la vie : « Il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre ». Le signe de cette Alliance est inscrit dans le ciel des hommes : c’est l’arc-en-ciel, visible de tous et partout, pas seulement des juifs ou de Palestine.

Cette Alliance est conclue au profit des humains et des animaux. En quoi le cosmos est-il concerné ? N’est-il qu’un cadre sans importance, destiné à disparaître ? Eh bien non. L’intention géniale de l’auteur de Gn 1 est de saisir d’emblée tout le cosmos dans le projet créateur de Dieu, projet de salut et non d’anéantissement.

Le Psaume 19 prend à témoin la création :

 Les cieux proclament la gloire de Dieu
le firmament raconte l’ouvrage de ses doigts.
Le jour au jour en livre le récit
et la nuit à la nuit en donne connaissance.

L’univers non humain est donc langage. Mais langage muet :

Pas de paroles dans ce récit
pas de voix qui s’entende ;
mais sur toute la terre en paraît le message
et la nouvelle aux limites du monde.

Paul dira un peu la même chose en Rm 1, 19-20.

 

L’auteur de Gn 1, lui, a entendu ce langage et le traduit pour nous en paroles humaines ou plutôt en paroles divines. Il saisit par là le cosmos tout entier dans le projet de Dieu. On retrouvera cette logique dans l’annonce prophétique d’Is 65, 17 :

Je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle

thème que reprendra Ap 21, 1. Paul sera encore plus clair (Rm 8, 19-22) :

La création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu… Toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement

 

Pourquoi le salut du cosmos est-il lié à celui de l’humanité ? À cause du corps, de notre corps. Le corps nous lie au cosmos. Or, nous sommes indissociablement corps et âme. Notre salut, notre divinisation, notre résurrection supposent donc la « rédemption » du cosmos, la nouvelle création d’une nouvelle « terre » et de nouveaux « cieux ». L’incarnation et la résurrection de Jésus à la fois confirment et poussent à l’extrême cette logique, qui devient pour nous promesse d’immortalité, non pas d’une partie de nous-mêmes (notre « âme »), mais de toute notre personne, unie à toutes les autres personnes, Corps total du Christ..

Quel sont les avantages d’inscrire cette logique dans le cadre d’une Semaine inaugurale ? Il y en a deux. Le premier est de faire sentir dès le début de la Bible que l’agir créateur de Dieu n’est pas un acte du passé, mais qu’il embrasse tous les temps. Et de toujours à toujours il imprime à la création, comme à l’histoire humaine, une direction. Celle-ci n’est autre que Dieu lui-même en son « repos », sa plénitude (voir He 3:7 – 4:11), dont le shabbat est l’anticipation et le signe.

Le second avantage est précisément de faire de la semaine, et du shabbat, un signe comme celui de l’arc-en-ciel. Ce dernier se déploie dans l’espace, l’autre, la semaine, dans le temps ordinaire. Dès lors, la ronde monotone des semaines est arrachée à sa banalité, elle est haussée au rang de signe divin. Et ce signe ne cesse de rappeler la direction et le sens du temps.


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MIchel Salamolard

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