La Bible est-elle fiable ?

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Roger Lefebvre, auteur de cet article est pasteur à Ath (Belgique).

 

Bible

 

Peut-on encore croire à l’inspiration divine  d’une bibliothèque rassemblant un choix arbitraire de livres écrits et réécrits pendant plus de mille ans ?

 

 

Aujourd’hui, les progrès des sciences bibliques permettent d’affiner l’histoire du texte de la Bible : sa rédaction, sa transmission, son évolution… Si bien que certains chrétiens, jusqu’ici convaincus que la Bible avait été rédigée sous l’inspiration divine – pour ne pas dire sous la dictée du Seigneur – se trouvent extrêmement troublés, ne sachant s’ils peuvent encore considérer la Bible comme la Parole de Dieu.

 

Rédaction et transmission des textes

En effet, si Moïse n’est pas le seul rédacteur du Pentateuque, si plusieurs écrivains se cachent sous le nom du prophète Esaïe, si Esther est un personnage symbolique, si Matthieu n’a pas rédigé tout l’évangile qui porte son nom… quel crédit peut-on encore accorder à ces textes qualifiés de « Saintes Écritures » ? Du moins, l’auteur de l’Ecclésiaste – mais est-ce vraiment Salomon ? – avait-il vu juste en écrivant : « Avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de tracas, et plus on a de science, plus on a de tourment. » (1:18)

La vie était si simple et croire tellement plus facile quand on prenait toute la Bible au premier degré, sans trop se poser de questions. Car maintenant, il semble bien que ce soient les incroyants qui ont raison : la Bible ne serait pas une Parole de Dieu s’adressant aux hommes, mais un recueil d’écrits exprimant ce que les hommes de différentes époques croyaient ou pensaient à propos de Dieu : ce qui nous laisse loin du compte ! Et pourtant… Et pourtant, votre serviteur s’entête à voir dans la Bible « LA » Parole de Dieu, telle que Celui-ci a voulu la révéler à l’humanité. Encore ne faudrait-il pas confondre les moyens qu’il Lui a plu d’utiliser à cette fin, avec nos phantasmes en matière de révélation divine. Car le fait que la pensée de Dieu se soit incarnée dans le moule de notre humanité n’ôte rien à sa pertinence ni à son autorité.

Il semble toutefois que, depuis de nombreux siècles, les croyants – aussi bien juifs que chrétiens – aient voulu évincer la nature humaine de la Bible, un peu comme, au début du Christianisme déjà, le docétisme a voulu nier la nature humaine de Jésus. Or, si les croyants d’aujourd’hui acceptent volontiers de croire à la double nature – divine et humaine – de la Parole de Dieu incarnée dans le Christ Jésus, ils ont toujours beaucoup de mal à se livrer au même exercice à propos de la double nature – divine et humaine – de la Parole de Dieu incarnée dans le Texte biblique. Cependant, les « déficiences » de ce dernier ne sont pas sans rappeler les « faiblesses » du premier, le Fils de Dieu ayant « endossé » un corps en tous points semblable aux fils des hommes, y compris la mortalité. De ce point de vue, il est intéressant de lire le chapitre 53 d’Esaïe en se souvenant que le Serviteur souffrant fut aussi l’incarnation de la Parole divine.

Dès lors, négliger d’étudier le moule bien humain dans lequel la Parole de Dieu s’est coulée, relève d’une faute grave : aussi bien du point de vue exégétique – concernant sa compréhension – que du point de vue herméneutique – visant son interprétation –. Or, dans cette double perspective, il est impossible d’ignorer les conditions de rédaction d’un texte de la Bible : son contexte socioculturel, les intentions de son auteur ou de ses rédacteurs successifs, les clés de décodage du style littéraire adopté, etc. En admettant toutefois que cette approche puisse s’avérer plus ou moins difficile ou indispensable, en fonction des textes concernés.

Mais quoi ! Dieu n’aurait-il pas été capable de veiller à la transmission du Texte biblique, voire à sa réécriture, aussi bien qu’Il l’aurait fait pour une primo-rédaction ? Comme on le sait, de l’aveu même de l’Écriture, de nombreux écrits bibliques sont le fruit d’une réécriture ou d’une synthèse de textes antérieurs, aujourd’hui perdus… et cela, sans que personne ne s’en émeuve ! Ainsi en est-il du Livres des guerres de l’Eternel (Nombres 21:14), du Livre du Juste (Josué 10:13), du Livre des actes de Salomon (1 Rois 11:41), du Livre des actes de Jéhu fils de Hanani (2 Chronique 20:34), et de quelques autres. Dès lors, pourquoi s’émouvoir à l’idée d’une réécriture successive de certains textes parvenus jusqu’à nous ?… Comme si Dieu n’avait pu veiller à ce que cela se fasse avec sagesse et en conformité avec sa sainte volonté !

 Les limites du canon biblique

Par ailleurs, en ce qui concerne l’Ancien Testament, on sait que la version grecque des Septante (LXX) comptaient pas mal de livres en plus de ceux retenus dans le canon hébraïque. Les protestants s’en sont tenus à ce dernier (39 livres). En suivant la Vulgate de Jérôme, les catholiques y ont ajoutés sept livres deutérocanoniques (pour arriver à 46 livres) choisis dans les suppléments de la LXX. Les orthodoxes leur ont encore adjoint six livres supplémentaires, conservant ainsi tous les livres de la LXX dans leur canon (52 livres)… Tant et si bien qu’aujourd’hui, on retrouve ces diverses versions disponibles en français dans le commerce : ce qui ne fait qu’ajouter du trouble au sentiment d’incertitude entretenu par les personnes non initiées à de telles subtilités.

Personnellement, et sans nier l’intérêt littéraire ou historiques des adjonctions de la LXX – version qui fut largement utilisée par les apôtres – je préfère m’en tenir au canon hébraïque (les 39 livres du Tanak : la Torah, les Nebiim et les Ketoubim, autrement dit : la Loi, les Prophètes et les Écrits) tel que défini au Synode de Jabné (ou Jamnia) vers 70 après Jésus-Christ. Car, comme la plupart des protestants évangéliques, je considère que c’est à Israël que Dieu avait confié le soin de veiller sur sa Parole, et donc d’en définir les limites… du moins pour l’Ancien Testament.

Pour le Nouveau Testament, la soi-disant découverte – leur existence étaient connue des spécialistes depuis longtemps – d’évangiles et d’autres écrits supposés tenus secrets par les chrétiens , relève de la fantaisie pure et simple. Il est vrai que la Didaché, l’épître de Barnabé, le Pasteur d’Hermas, par exemple, jouissaient d’une estime incontestable au sein de la première Église. Toutefois, ne présentant pas une autorité remontant aux apôtres eux-mêmes, l’Église chrétienne s’est abstenue de les adjoindre au canon. Rappelons que l’autorité d’une tradition apostolique bien attestée avait été le critère de sélection retenu pour constituer la liste des 27 livres du Nouveau Testament.

Par ailleurs, il faut bien admettre – encore faut-il les avoir lus – que la plupart des écrits pseudépigraphiques – non retenus dans le canon biblique – proposent des récits plus ou moins fantasmagoriques et des théologies complètement farfelues. Tel est, par exemple, le cas de l’apocalypse de Pierre, de l’apocalypse de Paul, des actes d’André, de l’évangile arabe de l’enfance, de l’évangile de Thomas, de l’évangile de Philippe, de l’évangile de Juda, et de bien d’autres… La découverte d’une portion importante de ce dernier ayant fait récemment beaucoup de bruit dans la presse.

Tous ces écrits ont été faussement attribués à des apôtres pour leur conférer quelque autorité auprès des simples, car ce sont des faux évidents, apparus de façon tardive – bien après les écrits du Nouveau Testament – au sein de diverses sectes : comme il y en a toujours eu et comme il y en aura toujours ! Aucun spécialiste de la Bible ne leur accorde un quelconque crédit – quant à leur origine apostolique – sinon la curiosité historique que l’on doit à tous les avatars d’une religion et à ses diverses mutations. Les commentaires excentriques de quelques modernes gourous, tels qu’ils furent répercutés par une presse en mal de sensationnel, ne présentent donc rien qui puisse ou doive troubler les croyants sincères à propos de la Bible qu’ils ont entre les mains.

Inspiration et inerrance de la Bible

 C’est pour cette raison, me semble-t-il, que les chrétiens qui croient à l’inspiration de la Bible, ne devraient en aucune façon se laisse troubler par les progrès des sciences bibliques… Surtout pas au point de faire l’autruche en les niant ou en les attribuant à quelques chercheurs malveillants. Il est vrai que certains chercheurs athées ou agnostiques ne se gênent guère pour associer leurs philosophies particulières à leurs découvertes. Mais cela, beaucoup de « scientifiques » chrétiens fondamentalistes et évangéliques le font également ! N’hésitons donc pas à faire le tri entre l’objectivité scientifique des faits – aussi dérangeants soient-ils – et leurs diverses interprétations, toujours sujettes à caution.

Personnellement, je garde une totale confiance en l’inerrance de la Bible en tant que Parole de Dieu. Entendez par là que je suis intimement convaincu qu’il n’y a rien dans la Bible (les 39 livres de l’A.T. et les 27 du N.T.) qui puisse induire la foi en erreur. Quant à la possibilité d’inexactitudes liées à la culture de ses rédacteurs, ou concernant des problèmes de dates, de copies ou de traductions, elles font partie de l’incarnation de la Parole de Dieu en notre humanité. Ces anomalies ne portent généralement que sur des détails et, quand on les replace dans leur contexte général, elles ne présentent jamais rien de préjudiciable pour le message divin, et donc, pour une bonne intelligence de la foi.

La foi n’a donc rien à craindre d’une lecture « intelligente » de la Bible : si Dieu a jugé bon de nous pouvoir d’un cerveau doté de quelque cent milliards de neurones, jouissant chacun de quelque dix milles contacts avec leurs voisins (soient 1015 synapses), ce n’est pas pour faire de nous des crocodiles sommeillant sur les bords du Nil, mais « pour éveiller en nous une claire intelligence ». (2 Pierre 3:1) Aussi, de même que Luther disait « sa conscience liée par les Saintes Écritures » (Worms 1521), nous avons à « renverser les raisonnements qui s’élèvent contre la connaissance de Dieu » (2 Corinthiens 10:5)… D’où qu’ils viennent : du scientisme athée ou de la tradition chrétienne ! Car, nous le savons : « Cela est bon et agréable devant Dieu, notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (1 Timothée 2:3,4)

Cette « connaissance de la vérité » cependant, semble faire peur à beaucoup de chrétiens : peut-être parce qu’elle risque de bousculer certaines traditions exégétiques, ou alors, parce que ces dernières leurs paraissent plus confortables et plus simples à intégrer… Paresse intellectuelle qui resterait sans doute peut compromettante si, à notre époque de développement et d’enseignement des sciences, elle n’était devenue porteuse d’effets collatéraux tellement dommageable pour la foi, et donc, compromettante pour le salut de nos contemporains. Plus que jamais, l’obligation qui nous est faite « d’aimer notre prochain comme nous-mêmes » est liée à notre soumission au premier et grand commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence. » (Luc 10:27) Pour ce dernier mot, le grec « dianonia » se réfère à nos facultés de compréhension plutôt qu’à une vague « pensée », comme une lecture superficielle de la plupart des versions françaises pourraient le laisser entendre… Ceci expliquant cela, cette façon « d’aimer Dieu avec toute notre intelligence » se trouve parfois boudée dans nos milieux évangéliques.

De toute façon, quand on se souvient que les 66 livres de la Bible ont été écrit par des dizaines d’auteurs de cultures différentes, de professions différentes, parlant des langues différentes, vivant dans des pays différents et au cours d’une période s’étalant sur plus de mille ans de bouleversements historiques, la cohérence de l’ensemble de cette immense bibliothèque demeure un phénomène intellectuel et spirituel proprement miraculeux… et que seule l’unicité de son inspiration peut vraiment expliquer !

 L’Esprit Saint, seule clé de lecture

 À ce propos, le meilleur critère concernant la fiabilité de l’inspiration et de l’autorité divine dont la Bible a bénéficié, demeure l’œuvre spécifique de l’Esprit Saint. Celui-ci demeurera toujours la clé indispensable pour tout qui prétend avoir accès à la pensée de Dieu. Si le Saint-Esprit fut bien celui qui a éclairé les rédacteurs de la Bible, il demeure tout aussi incontournable pour éclairer ceux qui la lisent aujourd’hui et qui peuvent en vérifier concrètement la pertinence dans une mise en pratique quotidienne. Or, de ce point de vue, le miracle se perpétue depuis plus de 2000 ans, puisque des millions de personnes, de nationalités, de cultures et de langues différentes on pu faire la même expérience : celle d’une rencontre personnelle avec Dieu à travers sa Parole incarnée en Jésus-Christ, et telle que révélée dans sa Parole écrite : la Bible.

Avec son franc-parler habituel, l’apôtre Paul l’affirme sans ambages : « Personne ne connaît ce qui concerne Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu. Or nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin de savoir ce que Dieu nous a donné par grâce. Et nous en parlons, non avec des discours qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu’enseigne l’Esprit, en expliquant les réalités spirituelles à des hommes spirituels. Mais l’homme naturel ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge. » (1 Corinthiens 2:11-14)

Ceux qui pensent pouvoir se dispenser de cette lumière ne verront jamais dans la Bible qu’un livre écrit par quelques ingénus, croyant en Dieu parce qu’ils ne jouissaient pas encore des « bienfaits de notre civilisation avancée ». Que Dieu les bénissent en leur ouvrant les yeux car, comme le disait Jésus : « Ce sont des aveugles qui guident d’autres aveugles. Or si un aveugle guide un aveugle, ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ? » (Matthieu 15:14)

ROGER LEFEBVRE
De formation Ingénieur agronome, et après ses études à la faculté de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, Roger devient pasteur de l’église protestante évangélique d’Ath, en Belgique, où il travaille aussi comme professeur de religion protestante dans divers lycées jusqu'à sa retraite en 2009. De 1998 à 2013, il assure la présidence de l’Alliance Évangélique Francophone de Belgique (AEFB).

27 Commentaires

  1. Avatar
    Pascal dim 15 Juil 2012 Répondre

    Quel article passionnant mais qui me laisse dubitatif lorsque l’auteur affirme à propos des écrits apocryphes que :

    « Tous ces écrits ont été faussement attribués à des apôtres pour leur conférer quelque autorité auprès des simples, car ce sont des faux évidents, apparus de façon tardive – bien après les écrits du Nouveau Testament – au sein de diverses sectes : comme il y en a toujours eu et comme il y en aura toujours ! »

    Ayant lu l’évangile attribué à Thomas, j’avoue que celui-ci m’a plutôt troublé, et j’aimerais savoir ce qui permet à l’auteur de l’article d’affirmer qu’il serait également un faux…

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    Roger Lefèbvre dim 15 Juil 2012 Répondre

    Bonjour Pascal.
    C’est un plaisir d’échanger avec quelqu’un qui a des lectures aussi « pointues » que toi, car bien peu, en effet, ont lu l’évangile de Thomas. Et tu as bien fait de le faire car c’est un écrit passionnant : je comprends donc ton trouble, quelque peu mêlé d’enthousiasme semble-t-il…
    Aussi, malgré une formulation à l’emporte-pièce – je l’avoue et te prie de m’en excuser – mon intention n’était pas de blesser quiconque se passionne pour cette littérature. D’autant plus que l’évangile de Thomas présente cette particularité d’être vraiment dans l’air du temps et donc de se révéler très actuel, en parfait accord avec la mentalité d’aujourd’hui.
    Pour ceux qui ne le connaissent pas, rappelons qu’il fait partie des 52 manuscrits écrits en langue copte, découvert près de Nag Hammadi, en Haute Egypte, en 1945. Il se compose de 114 paroles – ou « loggia » – attribuées à Jésus. Certaines sont connues dans les évangiles canoniques, mais beaucoup sont originales et bien dans le style des autres écrits.
    Il faut préciser que les documents découverts à Nag Hammadi sont clairement des écrits gnostiques ce qui explique certainement leur exclusion du canon « officiel » du Nouveau Testament… Pour rappel, dès la fin du premier siècle, le gnosticisme était déjà l’objet de plusieurs ripostes de la part de l’apôtre Jean, dans ses épîtres notamment.
    L’origine orientale du gnosticisme, soutenue par des écrits tels que celui-ci, a d’ailleurs encouragé certains commentateurs à laisser entendre que Jésus aurait été « se former » en Inde ou en Chine avant de commencer son ministère en Palestine… Ce qui ne repose sur rien d’autre qu’une hypothèse !
    Il faut dire qu’avec l’avènement du New Age, un certain « orientalisme » associé à un relativisme typiquement postmoderne suscite aujourd’hui un regain d’intérêt pour toute philosophie prônant une « conscience religieuse universelle » à l’instar du Bouddha ou de Krishna dans la Bhagavad Gita. (En simplifiant très fort : chacun possède sa propre vérité en lui-même et c’est là qu’il doit la trouver et en faire l’expérience…)
    Aussi respectable que soient ces philosophies par leur côté profondément humaniste, elles ne cadrent pas avec la révélation qui nous est faite par ailleurs dans les autres écrits du Nouveau Testament qui, il faut bien le dire, se montrent beaucoup plus exclusifs. J’en veux pour preuve la parole de Jésus affirmant (Jean 14:6) « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. »
    Si le Fils de Dieu a dû s’incarner en Jésus pour se charger de notre rédemption et pour nous réconcilier avec Dieu son Père, c’est précisément parce que l’être humain ne pouvait pas y arriver par lui-même…
    C’est donc cet universalisme – à la fois séduisant et contemporain ! – qui a vraisemblablement conduit les premiers chrétiens à exclure cet évangile de Thomas du canon néotestamentaire.
    À toute fin utile, je te donne ci-dessous un bref rappel de la constitution du Nouveau Testament. À noter – et c’est important – que les écrits composant le Nouveau Testament étaient pratiquement tous connus dès la fin du premier siècle – ce qui n’est pas le cas de l’évangile de thomas – même s’il a fallu attendre la fin du 4ème siècle pour avoir la liste des 27 livres reconnus par toute la chrétienté.
    Merci pour ton intervention Pascal et à bientôt peut-être.
    Roger

    Bref rappel historique :

    Dans l’Eglise chrétienne des premiers siècles, chaque communauté avait constitué sa propre collection, en recueillant les divers écrits apostoliques qu’elle avait pu rassembler : notamment des lettres et des récits de la vie de Jésus. Il semble que les églises se sont livrées à de nombreux échanges, afin de posséder un enseignement apostolique aussi larges que possible. C’est ainsi que chaque communauté locale avait une collection d’écrits qui pouvaient varier d’un endroit à l’autre.
    Il faut dire que toutes les communautés n’ont pas toujours fait preuve de discernement. Si bien qu’après la mort des apôtres, certaines ont ajouté aux écrits apostoliques, les écrits de leurs successeurs et même les écrits de certaines sectes chrétiennes. Quelques-uns de ces écrits jouissaient de l’estime générale, du fait de leurs qualités spirituelles: « la Didaché » et « l’épître de Barnabé », par exemple.
    Mais beaucoup d’autres écrits étaient des faux, destinés à répandre les idées particulières de l’une ou l’autre secte. Selon une coutume fréquente à cette l’époque, ils étaient attribués à des apôtres ou à des personnages célèbres, afin de leur donner plus de la crédibilité.
    Aujourd’hui, il arrive que certaines personnes (souvent des adeptes du « nouvel âge ») reprochent à l’Eglise d’avoir fait disparaître certains évangiles, certaines épîtres ou d’autres écrits « chrétiens ». C’est vrai, mais c’est ignorer le syncrétisme bien présent et l’histoire des sectes déjà nombreuses aux premiers siècles. C’est aussi méconnaître la notion d’historicité… et surtout celle d’inspiration. En fait, ces personnes trouvent dans ces faux écrits bibliques, une justification bien opportune de leurs croyances dans la réincarnation, le panthéisme, etc.
    Il serait fastidieux de donner ici l’histoire de tous les livres « apocryphes » du Nouveau Testament. J’en citerai quelques-uns à titre d’exemple et d’information.
    En Egypte, on a retrouvé des fragments de « l’évangile de Pierre », de « l’évangile de vérité », de « l’évangile de Philippe », de « l’évangile de thomas ». Par ailleurs, on connaît aussi plusieurs livres « des actes »: « de Jean », « d’André », « de Paul », etc. A côté de toute une série d’épîtres sans grande importance, il existe plusieurs « apocalypses »: « de Pierre », « de Paul », « le pasteur d’Hermas »… Dés lors, on comprend que cette abondante littérature apocryphe ait alimenté des légendes qui ont circulé jusqu’à nos jours dans l’Eglise chrétienne.
    Assez curieusement, les divers hérétiques de l’époque ont contribué à la définition d’un canon pour le Nouveau Testament. (Le plus connu est celui de Marcion, excommunié de l’église de Rome, au milieu du 2ème siècle.) Car cette abondante littérature « pseudépigraphique » a obligé les croyants à se démarquer en proposant leur propre canon des Ecritures. C’est ainsi que la nécessité d’établir une liste des livres reconnus, s’est imposée à l’église, et que s’est constitué un canon du Nouveau Testament, dont le contour s’est précisé de plus en plus nettement.
    Il fut donc décidé de garder dans le canon du Nouveau Testament les écrits dont l’autorité apostolique était bien attestée… C’est-à-dire, tous ceux qui avaient été écrits, soit par les apôtres eux-mêmes, soit sous leur autorité, soit dans le respect d’une tradition attestée remontant jusqu’à eux… C’est ainsi, par exemple, que l’on parle de l’évangile « selon » Matthieu plutôt que de l’évangile « de » Matthieu. Car c’est eux qui avaient été chargés de transmettre à l’humanité le message qu’il avait reçu de la bouche même de leur Maître.
    A la fin du 2ème siècle déjà, les écrits d’Irénée nous montrent bien que l’Eglise chrétienne accordait aux textes du Nouveau Testament, la même valeur normative qu’à ceux de l’Ancien Testament. Car il ne faut pas oublier que l’Eglise des premiers siècles continuait à se référer à l’Ancien Testament, comme à la Parole de Dieu. Le plus souvent, elle le faisait dans la version grecque des LXX. La notion d’une Bible chrétienne en deux parties, remonte donc à cette époque, même si la liste des livres du Nouveau Testament n’était pas encore parfaitement fixée et pouvait varier d’une communauté à l’autre.
    Il semble établi qu’au cours du 2ème siècle, la plupart des églises chrétiennes avaient l’habitude d’utiliser les quatre évangiles, les actes des apôtres, les 13 épîtres de Paul, la première de Pierre et la première de Jean. Les autres épîtres (« catholiques » ou « générales ») seront progressivement intégrées à la liste des textes reconnus par l’ensemble des églises.
    Certains livres virent leur apostolicité discutée tout au long du 3ème siècle. L’Eglise d’occident notamment doutait de la canonicité de l’épître aux Hébreux; tandis que l’Eglise d’Orient se méfiait de l’Apocalypse de Jean. Il faudra attendre le 4ème siècle, pour trouver la première énumération des 27 livres de notre canon du Nouveau Testament : dans une lettre d’Athanase, datant de 367. Cela ne signifie pas que ces 27 livres n’étaient pas reconnus et utilisés avant cette date.
    Finalement, c’est à la fin du 4ème siècle que la liste des 27 livres du Nouveau Testament fera enfin l’unanimité dans toute la chrétienté. Seuls subsistaient quelques désaccords sur l’ordre dans lequel il fallait les ranger.
    Il ne faudrait pas trop s’émouvoir en découvrant les tâtonnements qui ont été nécessaires pour constituer les deux canons de l’Ecriture Sainte… Car il ne faut jamais oublier que la Bible est le résultat d’une rencontre entre : d’une part, la perfection de l’inspiration divine agissant sur des rédacteurs pleinement ancré dans la culture de leur époque et, d’autre part, l’imperfection du discernement des croyants. Le miracle de la Bible réside donc autant dans l’inspiration divine proprement dite, que dans le consensus général que Dieu a éveillé chez les croyants pour reconnaître cette inspiration… Même si cela a pris un peu de temps… et demande pas mal de foi !

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    Georges Daras dim 15 Juil 2012 Répondre

    Bonjour Roger

    1. Bien que ce que pourraient penser de la Bible les non-chrétiens ou les athées soit pour nous secondaire, ne serait-ce pas faire preuve d’humilité et d’honnêteté que de reconnaître la part de vérité contenue dans leurs propos? Vous écrivez que d’après eux « la Bible ne serait pas une Parole de Dieu s’adressant aux hommes, mais un recueil d’écrits exprimant ce que les hommes de différentes époques croyaient ou pensaient à propos de Dieu« . Si c’est réellement ce que pensent les incroyants au sujet de la Bible, alors je ne peux qu’être d’accord avec la seconde partie de la phrase. Oui, la Bible est « un recueil d’écrits exprimant ce que les hommes de différentes époques croyaient ou pensaient à propos de Dieu« . Sauf que pour moi, en tant que chrétien, elle n’est pas que cela; elle est aussi cela.

    1. Ensuite, je discerne dans ce que vous dites une tendance à vouloir maintenir ensemble deux positions qui dans votre argumentation tendent à se contredire (je ne prétends donc pas qu’elles soient contradictoires en soi). D’un côté, vous insistez avec raison sur « les conditions de rédaction d’un texte de la Bible: son contexte socioculturel, les intentions de son auteur ou de ses rédacteurs successifs, les clés de décodage du style littéraire adopté, etc. » D’un autre côté, vous écrivez que la Bible est « telle que [Dieu] a voulu la révéler à l’humanité [selon] les moyens qu’il Lui a plu d’utiliser à cette fin« , que « la pensée de Dieu [s’est] incarnée dans le moule de notre humanité« . Plus bas, vous parlez encore du « moule bien humain dans lequel la Parole de Dieu s’est coulée« . Suite à cela, je me pose les questions suivantes: comment parvenez-vous à articuler ces deux « natures » de la Bible dont vous parlez, humaine et divine? Comment pouvez-vous parler de « moule humain », de « moyens » que Dieu a « utilisés » sans du coup porter gravement atteinte à la liberté et à la responsabilité des rédacteurs bibliques, sans indûment minimiser l’implication humaine et le processus matériel dans la rédaction de la Bible?

    3. Ensuite, votre comparaison avec l’incarnation du Fils de Dieu me paraît superficielle et forcée. Il n’a jamais été question chez les chrétiens de confesser au sujet de la Bible une « double nature » ou une « nature divine », une « Parole faite Texte » à côté d’une « Parole faite chair », comme nous les confessons à propos de Jésus-Christ. Comment est-il possible ne serait-ce que de comparer une personne, dotée de volonté et capable d’action, à un texte? Il me semble que vous comparez l’incomparable, au détriment de la Parole faite chair, seule à avoir opéré notre salut et à nous réconcilier avec Dieu. Par ailleurs, vous semblez vous-même opérer une distinction implicite en disant au sujet de la Bible qu’elle est un « moule humain ». Or, je ne pense pas que vous diriez la même chose à propos de Jésus-Christ, Parole faite chair. Vous devez bien sentir que le parallèle ne tient pas. J’en veux aussi pour preuve le fait que vous puissiez dire que la Parole faite chair est aussi le Fils de Dieu, ce qui n’est pas le cas de la « Parole faite Texte ». Diriez-vous que la Bible est Fils de Dieu, ou qu’elle « était au commencement avec Dieu » (Jn 1.1-3) ? C’est absurde. Non, décidément, même si certains éléments correspondent à un niveau très superficiel, le parallélisme que vous proposez cause plus de dommages à l’intelligence de la foi qu’il n’est vraiment utile à éclairer le phénomène biblique.

    4. Enfin, vous parlez de la Bible comme de la « pensée de Dieu » qui s’est « incarnée dans le moule de notre humanité ». La « révélation » de la Bible consiste-t-elle dans une transmission de « pensée »? Qu’est-ce donc que cette « pensée de Dieu »? Comment se présente-t-elle avant son incarnation? Que devient-elle une fois qu’elle s’est incarnée dans le moule humain qu’est la Bible? Comment le Saint Esprit y donne-t-il accès? Et si nous devions y avoir accès, pourquoi Dieu n’a-t-il pas directement révélé cette pensée?

    Pour moi, la Bible n’est pas directement la Parole de Dieu, pas plus qu’elle n’est la révélation. Ces deux réalités sont extérieures à la Bible et on ne saurait les confondre avec les textes bibliques qui les attestent. Ensuite, c’est en témoins libres et responsables que ce sont exprimés les rédacteurs bibliques, inspirés par l’Esprit Saint, ce qui ne veut pas dire sous l’emprise et un contrôle divins permanents (par exemple, je ne dirais pas qu’il a plu à Dieu d’utiliser tel moyen, mais que tel moyen est simplement un moyen humain de communication et exploité comme tel par les rédacteurs bibliques. Il n’est pas nécessaire de voir Dieu partout à l’œuvre).

    Cordialement

  4. Avatar
    Roger Lefèbvre dim 15 Juil 2012 Répondre

    Bonjour Georges,
    Merci pour tes commentaires pleins de pertinence… J’ai envie d’ajouter « comme toujours » !
    Bon. Prenons les choses dans l’ordre :

    1° Ok, pour « … Parole de Dieu s’adressant aux hommes, mais (SEULEMENT) un recueil d’écrits exprimant… » Je suis d’accord avec toi et bats ma coulpe : le « seulement » est resté dans ma plume, mais dans mon esprit il était sous-entendu.

    2° Quand je parle du « moule bien humain dans lequel la Parole de Dieu s’est coulée » c’est dans le contexte plus général du refus de la conception encore très populaire dans nos milieux évangéliques, selon laquelle les rédacteurs bibliques auraient, pour ainsi dire, écrit sous la dictée directe de Dieu. C’est donc bien dans la perspective de valoriser leur liberté d’expression en parallèle avec la notion d’inspiration de l’Écriture, et cela sans entrer dans des subtilités théologiques qui passeraient au-dessus de la tête de beaucoup. (Cet article est extrait d’un ouvrage de vulgarisation.) Pour moi, le fait que, ce faisant, les dits rédacteurs aient pu exprimer la pensée de Dieu – fût-ce sans en être vraiment conscients – n’est pas contradictoire avec une liberté d’expression qui demeure en grand partie un leurre : nous sommes toujours le fruit de facteurs extérieurs qui nous échappent partiellement, y compris en ce qui concerne nos convictions les plus profondes. Il y a longtemps que je ne crois plus à la liberté humaine : Si « chacun est esclave de ce qui a triomphé de lui », je crois – et c’est notre privilège de chrétiens – qu’il nous appartient aussi de choisir cet « esclavage »… Je pense donc que, dans une certaine mesure, c’est ce qui a distingué les écrits bibliques de tout ce que toi et moi pourrons jamais écrire.
    C’est pourquoi – stigmate d’un conservatisme coupable ? – je crois et j’affirme que la Bible, toute la Bible « est » la Parole de Dieu – de façon mystérieuse et cachée dans une rédaction pleinement humaine – et pas seulement que la Bible « contient » la Parole de Dieu mélangée à quelques gribouillages humains qu’il nous appartiendrait de décanter.

    3° Vaste débat… Qui dépasse le littéralisme que tu m’attribues. Il me semble cependant que Jésus a tout fait pour accomplir les Écritures… Or, pour enchaîner sur ton raisonnement, une personne peut-elle obéir à un texte ?
    Le premier Testament prépare sa venue et son œuvre, le second y renvoie… Le Christ et la Bible se répondent sans cesse. Sans Jésus que resterait-il de la Bible ; et sans ces deux textes (AT et NT) que nous resterait-il de Lui ? Je crois vraiment que « La parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles ; elle juge les sentiments et les pensées du cœur. »… Peut-on attribuer ce genre de « comportement » à un simple texte ? Un texte dans lequel Dieu lui-même ne serait pas présent d’une manière plus ou moins mystérieuse comme il le fut dans l’homme Jésus.
    Je ne parle jamais de la « Parole faite texte », me semble-t-il, mais force m’est de constater que le Texte se présente comme Parole de Dieu. O.K. appeler cette présence « incarnation » n’est pas très orthodoxe, mais « intextualisation » ne voudrait pas dire grand-chose… Encore faudrait-il voir ce qu’on appelle « incarnation » à propos de Jésus et l’idée que l’on se fait de sa « naissance virginale »… et de la Trinité !
    En fait, en parlant de « double nature », je ne fais rien d’autre qu’un parallèle entre un homme, Jésus, en qui Dieu lui-même est présent, et un texte, la Bible, en laquelle la Parole de Dieu est présente… dans les deux cas, de façon indissociable et bien mystérieuse ! Il ne me semble pas avoir été beaucoup plus loin. Si ce devait être cas, je ne manquerais pas de revoir mon propos. En tout cas, merci de ta réaction !

    4° D’une certaine façon, je comprends ton idée et je la partage, bien que sa formulation – puisque tu me parles de danger pour la foi – me paraît pour le moins aussi porteuse de risques que la mienne. Personnellement – encore une fois, je ne suis pas théologien, mais modeste pasteur de province s’efforçant de rendre certaines subtilités accessibles à des gens simples – personnellement, dis-je, je parle de la Bible comme étant la Parole de Dieu de façon objective, mais encore faut-il qu’elle devienne Parole de Dieu de façon subjective, pour chacun et chacune dans notre expérience de foi au quotidien… C’est peut-être moins précis et moins subtil d’un point de vue théologique – et surtout moins acceptable pour toi – mais me semble-t-il moins ambigu pour le commun, que d’affirmer que « la Bible n’est pas plus la parole de Dieu qu’elle n’en est la révélation »… Là, je t’appelle pour ramasser les morceaux !

    Finalement, je ne pense pas que l’on soit tellement en désaccord… Disons que nous sommes certainement confrontés à des défis différents : les miens étant sans doute bien plus prosaïques que les tiens. Je te concèderais cependant volontiers – pour n’en être que trop conscient – qu’à force de vouloir simplifier la complexité de certains concepts théologiques, il arrive que l’on flirte avec la caricature… Ce qui serait bien regrettable. Merci d’y avoir attiré mon attention !
    Bien fraternellement,
    Roger

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    Peel Olivier lun 16 Juil 2012 Répondre

    C’est un partage intéressant sur un sujet intéressant. Cela fait longtemps que je n’étais plus intervenu.

    L’âme du théologien est de poser des questions encore et encore. C’est utile aussi. Mais comme le signale Roger L. le commun des mortels de nos églises ne s’intéressent pas nécessairement à celles-ci. Comment et pourquoi la révélation ou l’inspiration? Vaste sujet. Daras tu déclares: « Pour moi, la Bible n’est pas directement la Parole de Dieu, pas plus qu’elle n’est la révélation. Ces deux réalités sont extérieures à la Bible et on ne saurait les confondre avec les textes bibliques qui les attestent. »

    Je comprends ta démarche et ta recherche mais ma question est: « Qu’est-ce qui nous rend si sur de cela? »
    La Bible n’est pas tombée du ciel (d’où ton expression « directement la Parole de Dieu »)comme, selon les musulmans, pour le Coran, mais la Bible est dès lors de quelle nature? Est-elle indirectement la Parole de Dieu? Est-elle, selon l’expression de Paul Wells, 100% humaine 100% divine? Que faire des expressions prophétiques: « Ainsi parle l’Eternel… » ou la parole même du Christ: « Moi je vous dis… » Au fond, le Christ n’incarne-t-il pas pleinement ce qui est parfaitement humain et divin? Peut-on le dissocié comme nous dissocions la Bible? Intérieur/extérieur. Et si nous nous trompions?

    La Bible n’est-elle pas faite comme sur le modèle du Christ? Un livre écrit par des humains mais où la révélation et l’inspiration est pleinement contenue.

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    Bob mar 17 Juil 2012 Répondre

    Merci à tous pour ces passionnants échanges, qui permettent au lecteur de passage que je suis d’apprendre beaucoup au travers de vos messages !

    Et merci aussi à l’auteur de ce blog pour son remarquable travail.

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    Georges Daras mar 17 Juil 2012 Répondre

    Bonjour Roger,

    Merci pour ta réponse (d’accord, on se tutoie, j’aime mieux). Je ne savais pas que je m’adressais à un lecteur régulier de mes commentaires (cf. ton « comme toujours »)! Je saisis l’occasion pour exprimer mon admiration face à l’abondance de tes articles sur voxclamentis. J’aurais aimé être aussi productif sur mon propre blog!

    1. D’accord.

    2. Concernant la « dictée », en tant que pasteur, tu sais sans doute mieux que moi à quel point elle est populaire. Du côté des têtes pensantes de l’évangélisme francophone (Vaux, Aix, Nogent, etc.), bien que la notion de « dictée » soit écartée, les déclarations de Chicago sur l’inerrance auxquelles ils tiennent y mènent inévitablement quand on pousse la logique inerrantiste jusqu’au bout. Bref, passons. Si ce « moule humain » dont tu as parlé est une image contre la notion de dictée, alors je te suis. Toutefois, j’estime cette image malheureuse car elle fait des témoins bibliques des instruments passifs, idée qui rejoint la notion de dictée que tu souhaites pourtant combattre.

    Je vais peut-être t’étonner, mais moi aussi je crois que toute la Bible est la parole de Dieu. Notre différence résidera sans doute dans le comment elle l’est (je prends note de tes guillemets!).

    3. Veuilles m’excuser si j’ai d’une manière ou d’une autre caricaturé ton propos en t’attribuant une conception littéraliste. Je savais, dans le fond, que telle n’est pas ta position et que tu aurais l’occasion de nuancer. Néanmoins, sans minimiser l’importance de la Bible, je ne pense pas que Dieu y soit présent d’une quelconque manière, aussi mystérieuse soit-elle. Par contre, je crois au « témoignage intérieur » de l’Esprit Saint, c’est-à-dire intérieur à nous, non aux Écritures. Ensuite, je ne suis pas certain que He 4.12 nous parle des Écritures elles-mêmes, mais de la parole agissante qui sort de la bouche de Dieu, secondairement attestée par les Écritures. Pour moi, s’il y a un mystère de la présence de Dieu au monde, c’est celui de l’Incarnation. Je ne peux pas en dire autant pour les Écritures. Et ce n’est pas sans compter tous les passages problématiques de la Bible qui devraient, à mon avis, décourager toute tentative d’identification (directe ou contournée) entre d’une part parole et volonté de Dieu et, d’autre part, les Écritures. Je ne dis pas que tu opères une identification directe (littéraliste), mais je perçois quand même une tendance à attribuer à la Bible des caractéristiques d’être vivant, de créature (je n’irais pas jusqu’à dire divine).

    4. Il ne me semble pas avoir parlé de « danger pour la foi ». Pour te rassurer, je ne suis pas plus théologien que toi. Ma spécialité est l’exégèse (pour être encore plus précis: de l’Ancien Testament). Quand je réfléchis sur un sujet donné, c’est d’abord pour moi que je le fais, pour me clarifier les idées, sinon je ne serais pas capable de m’adresser au « commun ». De nuance en nuance et d’explication en explication, je pense également que nos positions ne sont pas si éloignées. Cela dit, je ne vois pas quelle ambiguïté il y a à dire que la Bible n’est pas directement la parole (majuscule ou minuscule, peu importe) et la révélation de Dieu. Au contraire, pour moi, c’est écarter les fausses pistes comme un préalable à tout approfondissement ultérieur, c’est dégager les premier gros morceaux d’un bloc de marbre avant de façonner les formes et les détails.

    Au plaisir

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    Georges Daras mar 17 Juil 2012 Répondre

    Bonjour Olivier,

    Je ne pense pas qu’il y ait une « nature » à trouver dans la Bible. De plus, une formule telle que « 100% humaine, 100% divine » ne veut absolument rien dire à mes yeux. Et, encore une fois, on attribue à la Bible ce qui revient au Fils de Dieu. Ce sont déjà des indices qui montrent que cela ne tient pas, que c’est de la mauvaise théologie, et qu’il vaut donc mieux penser autre chose ou autrement. Voilà ce qui me rend si sûr: quand on veut me faire croire des énormités qui n’ont aucune prise sur le réel, je ne me sens pas obligé d’y souscrire en balançant mon cerveau la poubelle. Ma lecture quotidienne de la Bible, mes études personnelles et celles dont je profite, un regard honnête et sincère sur la réalité m’ont conduit à rejeter l’approche évangélique. Si je reviens à la formule de Wells, ce dont je peux être sûr est que la Bible est 100% humaine, ce dont témoignent d’innombrables faits et indices. Je comparerais volontiers cela à une scène de crime où tous les indices concordent pour désigner tel coupable (témoins, adn, sang, préméditation, etc.). C’est pareil pour la Bible. Ce dont on peut être sûr et certain c’est qu’elle est humaine. C’est un fait, c’est la réalité. De plus, parmi ces indices il en existent qui rendent le « 100% divine » fort problématique, comme par exemple l’image guerrière, tribale et violente que dépeignent nombre de récits bibliques. Donc, non seulement les indices concordent à dire que la Bible est humaine, mais prétendre qu’elle soit « 100% divine » pose en réalité d’énormes problèmes qu’il ne faut pas ignorer. Je ne vois pas comment, en dehors d’une approche fondamentaliste, on peut se satisfaire de formules et d’affirmations faciles. Comment par exemple la révélation pourrait-elle être « pleinement contenue » dans le Bible? Qu’est-ce que cela veut dire? Comment se présente cette révélation? Sous quelles forme? L’est-elle à l’état pur? Si non, alors comment?

    PS: pour éviter un malentendu, quand je dis que la Bible est 100% humaine, je ne dis pas que Dieu n’y est pour rien. Mais j’aurais plutôt tendance à penser que la Bible témoigne de cette révélation de Dieu aux hommes, à un peuple, plutôt que de dire qu’elle « contient » cette révélation. Pour moi, la révélation veut dire que c’est Dieu qui se révèle, pas dans ou par un livre, mais aux être humains, dans leur coeur et leur conscience. La Bible en porte les témoignages divers, historiquement et culturellement situés, ce qui veut aussi dire que, inévitablement, Dieu est aussi dépeint à l’image des hommes et selon leurs représentations (là aussi, indices sur indices le démontrent amplement; j’estime que l’accommodation divine dont parle Benoît est une échappatoire qui tente d’attribuer à Dieu ce qui revient aux hommes. Or comment Dieu pourrait-il nous sauver si nous lui attribuons tous nos travers?). Et je reviens à une citation de Lytta Basset qui me parle infiniment plus que la formule de Wells:

    À lire bien des textes bibliques, on se demande si le Dieu dont ils témoignent ne fait pas tout pour qu’on le méconnaisse. Mais comment pourrait-il empêcher qu’on le caricature, quand les auteurs quittent si difficilement le terrain d’une humanité prisonnière de ses représentations du divin? On peut dire, alors, que l’AUTRE [Dieu] est celui qui consent à être pris pour ce qu’il n’est pas… tout en luttant constamment pour se faire identifier. (Sainte Colère. Jacob, Job, Jésus, p. 208)

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    Georges Daras mar 17 Juil 2012 Répondre

    Merci en tout cas pour ces échanges! Loin d’affirmer mes propres « vérités », c’est avec vous que je les découvre, que je les médite et les formule, et que, d’une certaine manière, je me découvre.

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    Roger Lefèbvre mar 17 Juil 2012 Répondre

    Bonjour Georges,
    Merci pour ta réponse aussi courtoise qu’amicale… Je mentirais en affirmant que j’ai tout lu de toi, mais j’ai suivi le long – très long – échange que vous avez eu Benoît et toi, à propos des noces de cana, et j’ai pu en apprécier les subtilités de langage. Et quand je dis « apprécier », c’est vraiment « apprécier » que je veux dire !
    Je ne vais pas relancer le débat ici, même si comme Benoît ne le dit pas, je garde certaines réserves quant à toutes les certitudes qu’on veut bien nous balancer quant au rôle joué par les communautés johannique, matthéenne, etc. dans la rédaction définitives des évangiles, et qui me paraissent parfois reposer sur pas mal de spéculations et de constructions plus ou moins artificielles. Mais bon ! C’est sans doute un vieux réflexe d’évangélique réactionnaire…
    Si j’y fais allusion ici, c’est seulement pour dire qu’en prof’ du secondaire et pasteur de paroisse, je m’efforce de traduire dans le langage de tous les jours, avec le sens que les mots peuvent avoir pour la plupart des gens dans le langage de tous les jours, les principes spirituels que je crois discerner dans la Bible : ce que j’ai appelé de la vulgarisation. Tout cela pour dire que je n’entre pas dans des subtilités de langage aussi pointues que celles que vous avez manifestées, Benoît, toi et quelques autres.
    Cela dit, comme toi, mais sans doute moins que toi, j’ai pas mal de réserves à formuler à propos des trois « Déclarations de Chicago », réserves que j’ai clairement exprimées dans deux chapitres de l’étude dont le texte ci-dessus n’est qu’une sorte de mise en bouche. Mais nous savons comment, au final, ces genres de « déclarations » sont le plus souvent noyautées par l’un ou l’autre lobby : ici, il s’agissait clairement d’un lobby créationniste.
    Parlant de l’approche évangélique du texte biblique, nous savons d’où nous venons – un littéralisme simpliste – et je sais où je voudrais aller : vers une approche critique, tout en restant prudent à l’égard de certaines spéculations… mais cela, en marchant sur des œufs ! Dans cette perspectives, certaines formulations sont tout simplement inacceptables, non parce qu’elles seraient faussent aux yeux de quelques rares initiés, mais parce qu’elles seraient formulées dans un vocabulaire abscond pour la majorité des chrétiens. Dès lors, il me paraît prudent de mettre certaines évidences textuelles en perspective avant d’en venir à des conclusions qui risqueraient d’être fracassantes au sens littéral du mot… C’est ce que tu t’efforces manifestement de faire aussi, d’ailleurs, mais à un niveau intellectuel qui n’est pas celui de tout le monde. Mais absolument indispensable, toutefois !
    Dès lors, nous parlons presque deux langues différentes, même quand nous voulons exprimer les mêmes choses, me semble-t-il… Sans ignorer pour autant les différences qui subsistent entre nous, mais qui finalement contribuent à faire avancer le schmilblick !… « Du choc des idées, etc. »
    Bien à toi,
    Roger

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    Peel Olivier mar 17 Juil 2012 Répondre

    Cher Daras,

    Je rejoins Roger Lefèbvre quand il dit: « nous savons d’où nous venons – un littéralisme simpliste – et je sais où je voudrais aller : vers une approche critique, tout en restant prudent à l’égard de certaines spéculations… »

    Il serait important de définir ce que tu entends par le mot « Bible ». Je posais la question de la « nature » de la Bible. tu réponds: « Je ne pense pas qu’il y ait une « nature » à trouver dans la Bible. » Bon ok. Et pourtant, tu laisse entendre que la Bible est 100% humaine. Je crois aussi qu’elle fut écrite par des humains. Mais tu rassures quelque peu en déclarant que ce livre témoignerait d’une révélation de Dieu. Tu étais très sceptique sur mes formulations mais je dois dire que la tienne n’est pas mauvaise non plus. Que signifie dans les faits: « témoigner d’une révélation de Dieu »?

    On pourrait « spéculer » durant des heures, des semaines et des années sur le texte biblique sans que jamais nous puissions trouver une solution satisfaisante à ce qu’est la Bible. Preuve en est que nous en discutons longuement sur ce site. Je pratique peut-être de la mauvaise théologie mais qu’est-ce qu’une bonne théologie?
    Je suis d’accord que la formule à l’emporte pièce de Paul Wells « 100% divine 100% humaine » ne veut rien dire et c’est pour cela que je le soulignais dans ma première intervention. Mais au moins, Paul Wells a le mérite, avec maladresse, de dire que la Bible est peut-être plus qu’un simple bouquin. Tu le dis toi-même « un témoignage d’une révélation de Dieu aux hommes ». Ce n’est pas banal.

    L’emprunt du modèle du Christ, incarnant dans sa personne l’être humain et l’être divin ne me semble pas banal ou de la mauvaise théologie. Je crois au contraire que la théologie se cantonnant uniquement à l’analyse des faits et à la raison philosophique passe à côté de l’essentiel. Si l’être humain est un être de raison il est aussi un être de sentiments et de spiritualité(s). Comment saisir les sentiments et la spiritualité des hommes? Dira-t-on à la manière de plusieurs neurologistes que tout se résume à la sécrétion chimique du cerveau? Mais dire n’est pas une preuve. Il y a dans tous les cas, un doute qui subsiste.
    En est-il de même des Ecritures? Et pourtant Pierre témoigne que c’est portés par l’Esprit Saint que des humains ont parlé de la part de Dieu (2P.1.21). Lors de la retranscription, ce qui fut voulu par l’Esprit Saint dans le témoignage des hommes avait-il disparu? On pourra répondre que l’on aura jamais la preuve de tout ceci mais cela ne prouve pas que la volonté divine n’est pas présente dans les paroles retranscrites. Et qu’est-ce qui fut voulu par l’Esprit Saint dans le témoignage des hommes? Quelle part de Dieu et quelle part des hommes? Va-t-on savoir? Et puis, à quoi cela nous avancerait-il de la savoir?

    Contrairement à toi, le fait qu’il y a une violence dans les Ecritures ne m’empêche pas de croire pour cela à une volonté divine d’inspirer ceux qui ont écrit la Bible. Dieu jugera les méchants comme les bons. Peut-être n’acceptons-nous pas que Dieu n’est pas que Amour et que sa Justice réclame quelquefois le sacrifice de vies?

    Quand à la citation de Lytta Basset, elle me parle plus que Paul Wells (dont je répète, je n’étais pas d’accord avec la formulation maladroite) mais elle me laisse aussi perplexe quand elle parle de « l’Autre » qui veut se montrer et qui en même temps ne veut pas qu’on le caricature. Dieu a évité la caricature par le commandement mosaïque et par le venue de son Fils sur terre. « Celui qui m’a vu a vu le Père ».

    Olivier

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    Georges Daras mer 18 Juil 2012 Répondre

    Bonjour Roger,

    Je comprends tes réserves vis-à-vis de la recherche biblique. Beaucoup d’hypothèses, de nombreux avis divergents, des inconnues énigmatiques… Mais malgré ça, il existe certains acquis et des points de non-retour, ne serait-ce que la légitimité-nécessité des méthodes critiques d’investigation (critiques, certes, mais aussi auto-critiques!). Ensuite, se montrer sceptique au sujet d’une théorie explicative ne fait pas disparaître le problème qui l’a fait naître. Prenons un exemple simple: le problème synoptique (une courte présentation ici: http://introbible.free.fr/p2syn.html). Les spécialistes discutent pour savoir quels sont les rapports que les trois premiers évangiles entretiennent entre eux, leurs dépendances littéraires, leurs sources communes ou spécifiques, etc. Même si telle ou telle hypothèse te laisse sceptique, le problème synoptique demeure et s’impose, on ne peut pas simplement l’ignorer. Ce qui est certain, c’est que personne n’a fait avancer le schmilblick en se déclarant simplement sceptique. Enfin, sans entrer dans le sujet, en parlant de « spéculation » est-ce à l’article sur Cana et aux réflexions de Meier que tu penses?

    Je te suis en ce qui concerne l’adaptation à ton auditoire, que ce soit des élèves ou des paroissiens. Seulement, entre nous, un tel exercice n’est pas nécessaire, on peut s’exprimer « comme des grands ». La vulgarisation suppose que l’on ait quelque chose à vulgariser. Discutons entre nous sur le plan de ce quelque chose, et laissons la haute vulgarisation pour les salles de cours et la paroisse.

    Concernant les déclaration de Chicago, j’avais effectivement lu l’un ou l’autre de tes écrits et les appréciables réserves que tu y exprimes. Permets-moi seulement de ne pas être convaincu que « nous voulons exprimer les mêmes choses » dans deux langues différentes. Pour être franc: je ne reconnais pas vraiment « mes choses » dans ta vulgarisation. Par contre, je me retrouve mieux dans tes nuances et tes préoccupations pastorales que je trouve fort louables.

    Bien à toi

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    Roger Lefèbvre mer 18 Juil 2012 Répondre

    Bonjour Georges et Olivier,
    Dans ta première réaction, Georges, me disais : D’un côté, vous insistez avec raison sur « les conditions de rédaction d’un texte de la Bible: son contexte socioculturel, les intentions de son auteur ou de ses rédacteurs successifs, les clés de décodage du style littéraire adopté, etc. » D’un autre côté, vous écrivez que la Bible est « telle que [Dieu] a voulu la révéler à l’humanité [selon] les moyens qu’il Lui a plu d’utiliser à cette fin » , que « la pensée de Dieu [s’est] incarnée dans le moule de notre humanité« . Plus bas, vous parlez encore du « moule bien humain dans lequel la Parole de Dieu s’est coulée«. Suite à cela, je me pose les questions suivantes: comment parvenez-vous à articuler ces deux « natures » de la Bible dont vous parlez, humaine et divine? Comment pouvez-vous parler de « moule humain », de « moyens » que Dieu a « utilisés » sans du coup porter gravement atteinte à la liberté et à la responsabilité des rédacteurs bibliques, sans indûment minimiser l’implication humaine et le processus matériel dans la rédaction de la Bible?

    Maintenant qu’on s’est pris le pouls réciproquement, je peux me montrer moins sibyllin. En fait, je m’exprime en fonction du contexte général de ce que j’écris : dans le cas présent, c’est une intro à une défense « évangélique » de l’évolution.
    Dans mes débats sur le Sionisme évangélique – qui m’agace considérablement – je suis peut-être plus clair quand je prends l’exemple du génocide des cananéens attribué à la volonté divine lors de la conquête de « Haaretz Israël » par le peuple hébreu. J’y exprime ma conviction que ce génocide fut instrumentalisé par des croyants et/ou rapporté par des rédacteurs qui croyaient y voir la volonté de Dieu et l’on présentée comme tel… Mais en même temps, je reste convaincu que c’était vraiment la pensée de Dieu que ces récits soient présents dans la Bible, présentés de cette façon-là, et aussi scandaleux soient-ils.

    J’y vois plus ou moins la même logique sous-jacente que dans la réponse de Jésus à ceux qui lui demandent pourquoi il parle en paraboles. Matthieu 13,13-16 : « Parce qu’il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux, et qu’à eux cela n’a pas été donné. Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a. C’est pourquoi je leur parle en paraboles, parce qu’en voyant ils ne voient pas, et qu’en entendant ils n’entendent ni ne comprennent. Et pour eux s’accomplit cette prophétie d’Ésaïe : Vous entendrez bien, et vous ne comprendrez point. Vous regarderez bien, et vous ne verrez point. Car le cœur de ce peuple est devenu insensible ; Ils se sont bouché les oreilles, et ils ont fermé les yeux, De peur de voir de leurs yeux, d’entendre de leurs oreilles, De comprendre de leurs cœurs, Et de se convertir en sorte que je les guérisse. Mais heureux sont vos yeux, parce qu’ils voient, et vos oreilles, parce qu’elles entendent. »

    J’ai repris toute la réponse de Jésus, parce que tout m’y semble significatif… (Évidemment !) Mais tout aussi évidemment, je suis bien conscient que ce genre d’affirmation me vaudrait d’être voué aux flammes de l’enfer par pas mal de mes collègues, aussi, je préfère éviter toute provocation inutile et contre-productive pour entrer en dialogue avec eux. Ce que j’en dis ci-dessus me paraît suffisamment « indigeste » pour commencer le débat avec eux… Soit dit sans aucune condescendance envers des frères souvent plus avancés dans la foi que ma modeste personne !
    A plus, les amis…
    Roger

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    gakari1 mer 18 Juil 2012 Répondre

    Merci pour ce texte et ces échanges vraiment très intéressant.
    Si l’on prend exemple sur le Pentateuque et Josué, j’ai qd même des difficultés à articuler une inspiration continue de la bible (un seul auteur, le St Esprit) et l’affrontement d’écoles sacerdotales et deutéronomistes qui donneraient deux visions totalement différente de Dieu. Mais je ne perd pas espoir d’y arriver.

    Désolé de changer de sujet, mais j’ai trois questions :
    Sauriez-vous pourquoi le ou les écrits de Polycarpe n’ont pas été retenu(s) s’il était lui-même disciple de Jean et avait donc reçu son enseignement d’un apôtre ?

    Aussi comment des écrits pseudépigraphes comme semblent l’être quelques épitres ont pu faire parti du canon, et pas d’autres ? N’est-ce pas la loi du plus populaire qui a joué ?

    Concernant le canon vétéro-testamentaire, le judaïsme étant aussi hétéroclite que l’on dit au 1er siècle, comment un canon aurait pu faire consensus en 70 ? N’aurait-on pas privilégié une mouvance au détriment des autres ?

    Merci. 
    Yannick.

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    Roger Lefèbvre mer 18 Juil 2012 Répondre

    Bonjour Yannick,
    Encore une fois, je ne suis pas un spécialiste de ces questions. Je suis un chrétien comme toi qui essaye de comprendre tant bien que mal.
    En ce qui concerne les sources J, E, D, et P je pense qu’il est sans doute excessif de parler d’affrontements, puisque la tradition juive elle-même les a compilées dans un même texte, en y voyant plutôt une complémentarité. Quand à l’action du Saint-Esprit, elle est évidemment une affaire de foi : on y croit ou on n’y croit pas. En l’occurrence, je verrais cette action dans le fait qu’Il a veillé à ce qu’il y ait plusieurs regards complémentaires justement, sur ce qu’il est convenu d’appeler la Révélation divine.
    Même remarque pour le canon de l’A.T. : Les livres du canon juifs existaient déjà avant Jésus-Christ, puisqu’ils avaient tous été traduits dans la LXX, notamment. Maintenant, pour autant que je sache, je ne pense pas qu’il y ait eu de grandes différences entre le Temple et la Synagogues à ce sujet, mais certainement un problème avec les écrits esséniens. Cependant, en 70, à Jamnia, c’est vraisemblablement les rabbins (tendance pharisienne) qui ont fait le tri. Si on se place d’un point de vue objectif, on peut sans doute parler d’arbitraire ; si on se place du point de vue de la foi, on peut penser que l’Esprit-Saint à guidé ce choix, même si les rabbins n’en était pas conscients… D’autre part, il existe une tradition protestante qui consiste à dire que Dieu ayant confié sa Parole au peuple juif, et qu’en conséquence, c’est lui qui devait toute naturellement s’en porter garant : d’où les 39 livres de l’A.T. dans les bibles juives (sans le N.T.) et protestantes.
    On pourrait faire le même raisonnement avec tes autres questions, du fait que l’idée que Dieu a veillé sur sa Parole, sa rédaction et sa transmission, est un acte de foi qui, comme tel, échappe à toute démonstration. On y croit ou on n’y croit pas…
    Je ne suis spécialiste ni en patristique, ni en transmission du texte du NT. Mais encore une fois, certains parleront de choix arbitraire, ou pire (c’est une idée fréquente dans la mouvance New Age et consort) affirmeront que les premiers chrétiens ont volontairement éliminé tout ce qui n’allait pas dans le sens de l’orthodoxie, notamment paulinienne (Paul n’étant vraiment pas aimé dans cette mouvance. En ce qui me concerne j’aurais plutôt tendance à dire que petit à petit, ce sont les écrits dont l’autorité apostolique était clairement attestée (plutôt que « les plus populaires » comme tu le suggères) qui ont été retenus dans le canon du N.T.
    Pour Polycarpe, c’est ce principe qui aurait joué, malgré la popularité (ici elle était réelle) qui était la sienne dans la première Église.
    Voilà ce que je peux te répondre en quelques mots. Peut-être d’autres auront-ils plus de lumière que moi… Je le souhaite pour toi.
    Bien amicalement,
    Roger

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    Georges Daras ven 20 Juil 2012 Répondre

    Bonjour Olivier,

    Je ne sais pas à quel genre de définition tu t’attends à ce que je donne sur la Bible. C’est comme si tu demandais ce qu’est un être humain: on sait beaucoup de choses de divers point de vue. Néanmoins, cette somme de connaissances épuise-t-elle la question? Non, bien sûr, sauf pour un matérialiste pur et dur. L’être humain est plus que la somme de ces connaissances, qui ne répondent pas à la question du sens ni au mystère fondamental de l’existence, pas plus qu’elles n’étanchent ses aspiration les plus profondes. C’est un peu pareil pour la Bible: on sait beaucoup de choses à son sujet, mais ce n’est que le point de vue historique, archéologique, matériel. Pour l’athée matérialiste, tout s’arrête là. Comme il pense épuiser la question de l’être humain en le réduisant à une machine complexe évoluée, il fait pareil pour la Bible, Dieu et les religions en général, inventions purement humaines, tromperies orchestrées par notre cerveau, dérives psycho-pathologiques primaires, etc. Il n’en va évidemment pas ainsi pour le chrétien (et pas seulement!), qui ne peut se satisfaire de connaissances sur la Bible. Cela veut dire découvrir le message de la Bible, ce qu’elle raconte, ce qu’elle enseigne, ce dont elle témoigne, ce vers qui elle pointe ultimement, à savoir le Dieu créateur et rédempteur avec qui nous sommes appelés à entrer en communion. De ce fait, la Bible acquière pour le chrétien un statut spécial, à part, unique parmi les autres productions humaines, aussi belles et estimables soient-elles. Cela ne veut pas dire que du coup la Bible perd son caractère humain ou qu’il faille le nier; cela veut dire prendre au sérieux ce vers quoi elle tend et ce dont témoignent ses auteurs de multiples manières. C’est aussi développer une réflexion théologique à son sujet pour comprendre son statut, son rapport à Dieu et son rôle dans le christianisme. On parle alors de « parole de Dieu », d' »inspiration », de « révélation », etc.

    Ensuite, la Bible n’est pas humaine du simple fait que des êtres humains l’ont écrite. Elle l’est aussi parce qu’elle s’inscrit dans l’Histoire de l’humanité, celle d’un peuple, d’une communauté. Elle l’est aussi parce qu’elle reflète les aspirations et les représentations humaines du monde et de Dieu. Mais, encore une fois, tout ne s’arrête pas là. En face de l’homme, il y a Dieu, il y a la révélation de Dieu. La Bible n’a pas été écrite pour le plaisir d’écrire ou le divertissement. Il y a une impulsion initiale et continue qui ont fait que la Bible a été écrite. C’est évident en ce qui concerne le Nouveau Testament: l’impulsion est la venue de Jésus-Christ et la foi en sa résurrection. Cela demeure plus mystérieux et caché en ce qui concerne l’Ancien Testament.

    Tu me demandes ensuite ce que signifie « témoigner d’une révélation de Dieu« . De nouveau, cela est plus clairement visible pour le Nouveau Testament. En effet, ce n’est pas ce dernier qui constitue la révélation, mais Jésus-Christ. Le Nouveau Testament est le témoignage-enseignement fourni progressivement par les apôtres et les premiers disciples. Voilà un cas clair de témoignage rendu à la révélation que Dieu a faite aux hommes en Jésus-Christ.
    Pour les récits de l’Ancien Testament, c’est plus compliqué, car le témoignage tend à se confondre avec la révélation et à en prendre la forme (par exemple les lois dictées à Moïse). Mais cela ne veut pas dire que nous ayons affaire à une révélation directe; elle est simplement présentée comme telle par les auteurs bibliques. Si l’on se réfère aux Psaumes, nous avons là des exemples de « témoignages » à la révélation de Dieu, c’est-à-dire des prières de supplication, de louange, etc., suscitée dans le contexte d’une relation avec Dieu et d’une vie de foi extérieures aux Écritures mais dont celles-ci rendent témoignage. Pour moi, cela vaut pour tous les récits bibliques, que ce soit l’exode, le récit d’Adam et Ève, le déluge, etc.
    Osons une dernière comparaisons: le témoignage rendu à la révélation de Dieu dans les Écritures peut être comparé aux témoignages des chrétiens qui racontent comment ils sont venus à croire en Dieu, ou à prendre un tournant décisif dans leur vie de foi. À la racine de ces témoignages, il y a toujours l’initiative divine de se révéler à ces personnes, au coeur de leur vie. Par conséquent, le témoignage qu’ils en donnent est un témoignage à la révélation de Dieu dans leur vie, qu’ils expriment dans leurs propres mots, dans leur propre langage. Maintenant, imaginons que parmi ces croyants qui témoignent il y ait un écrivain. Il pourrait avoir le souhait et le talent de raconter ce qui lui est arrivé de manière indirecte, par une histoire, un récit, un roman, avec des personnages et des situations qui ne sont pas littéralement les siennes, mais qui, grâce à la liberté créatrice et à la force évocatrice que permet la littérature, exprime mieux encore ce qui se trouve au fondement de ce témoignage individuel. Peut-être que ce témoignage communiqué de manière littérale ne toucherait que très peu de personnes, des personnes croyantes qui partagent un même fond théologique. Par contre, cet écrivain pourrait retravailler son témoignage pour en faire ressortir des enjeux plus universels, le modeler intelligemment et avec imagination pour qu’il soit compréhensible par le plus grand nombre. Ce qui se passe ici à un niveau individuel l’est à un niveau collectif en ce qui concerne la Bible, que ce soit le peuple d’Israël, telle ou telle catégorie sociale, telle communauté, etc., résultant dans une unité-diversité de points de vues exprimés d’époques en époques. Comme dans le témoignage individuel remodelé par l’écrivain, la Bible présente des récits créés, modelés, élaborés (c’est déjà évident au niveau de la forme) en vue de témoigner de la révélation de Dieu faite au monde et au peuple d’Israël. Faire des récits bibliques une révélation directe de Dieu c’est courts-circuiter le facteur humain des Écritures, c’est réduire à néant l’intelligence et la méditation que les écrivains bibliques et leurs communautés ont déployées pour communiquer ce qui se trouve au coeur de leur vie de foi, pour exprimer aussi leurs craintes et leurs espoirs, leurs incompréhensions (de manière tacite ou explicite). C’est pourquoi, en ce sens, je dis que la Bible n’est pas inspirée de Dieu mais inspirée de la vie avec Dieu (et c’est après coup que l’on peut dire qu’elle est inspirée). Ce n’est qu’à cette condition que la Bible peut nous parler aujourd’hui et nous rejoindre dans notre situation, dans tous les contextes particuliers, quels que soient le lieu, l’époque ou la culture.

    Ensuite, ni l’Ancien Testament, ni les évangiles, ni Paul, ni Pierre que tu cites ne proposent de théorie de l’inspiration. Ils attribuent simplement les Écritures à Dieu, en disant ici que c’est l’Esprit Saint, là que c’est Dieu qui parlent, etc. On a clairement affaire à une simplification qui ne s’embarrasse pas des questions que l’on se pose dans notre contexte actuel. Moi aussi je peux dire que la Bible est la parole de Dieu, qu’elle est inspirée, qu’elle est la révélation, que ses auteurs ont été mus par l’Esprit Saint, etc. Mais si je ne précise pas dans quel sens j’entends tout cela, on en déduira que je partage les convictions évangéliques traditionnelles. Or, chacun sait ici que ce n’est pas le cas. C’est pareil pour les auteurs bibliques, qui se contentent d’affirmations à la fois simples et générales, qui expriment une conviction de foi. On peut comparer cela au psalmiste qui dit que c’est Dieu qui fait pleuvoir. Or, on sait très bien que cela n’est pas le cas, que les mécanismes météorologiques expliquent très bien comment il se fait qu’il pleuve. Mais était-ce dans la volonté du psalmiste d’expliquer la provenance de la pluie? Non, bien entendu. Il se place dans une perspective de louange et d’admiration face à la nature qui le poussent à attribuer à Dieu toutes sortes de phénomènes, dont celui de la pluie. C’est dans cette même logique que les écrivains bibliques attribuent directement tel ou tel passage à Dieu ou au Saint Esprit, non pour expliquer le mécanisme de l’inspiration ou la formation des Écritures, mais parce que, d’une manière ou d’une autre, tout revient ultimement à Dieu et à sa volonté de sauver l’humanité. S’il plait à certains de se dire que chaque mot des Écritures a été voulu par Dieu, de nouveau, rien n’est dit par là sur la formation des écrits bibliques, mais c’est une affirmation de foi en la souveraineté divine. Cette affirmation est-elle nécessaire? Pas pour moi. Au contraire, appliquer la notion de volonté divine à chaque mot de la Bible ou aux récits qui la composent risque de créer plus de malentendus qu’il ne rend véritablement service à l’intelligence de la foi. Sans compter que pour moi une telle affirmation est vide de sens, elle ne veut rien dire, elle attribue même à Dieu un pouvoir et un contrôle abusif, voire écrasant, un manque de confiance envers ses serviteurs. Pour moi, c’est de la mauvaise théologie. Je préfère rester dans la logique de Gn 2.19, où Dieu « amena [tous les animaux] vers l’homme pour voir comment il les appellerait »; ou encore dans le schéma du partenariat (avec p. ex. un Abraham qui marchande avec Dieu au sujet de Sodome, ou un Moïse qui conteste la décision divine d’exterminer Israël) plutôt que celui d’une subordination infantilisante. Dans certains cas je préfère encore dire « je ne sais pas » plutôt que de postuler des idées ou des croyances qui me semblent inutiles ou faussement sécurisantes.

    De nouveau, je n’éprouve pas de difficulté à dire que Dieu a « inspiré ceux qui ont écrit la Bible », mais j’entendrais une telle formule différemment q’un évangélique qui défend l’inerrance et l’inspiration verbale. Quant à la possibilité que la « Justice » de Dieu « réclame quelquefois le sacrifice de vies », tu commences franchement à me faire peur… Penses-tu que l’extermination totale des Cananéens commandée par Dieu soit l’expression de sa « Justice »?

    Quant à Basset, elle parle pas d’un Dieu qui « veut se montrer et qui en même temps ne veut pas qu’on le caricature« ; on le caricature de toute façon à cause de nos représentations du divin. En d’autres mots que ceux de Basset, ce que Dieu fait c’est de lutter avec nous contre les idoles que l’on se fabrique. Et je te rejoins sur ta conclusion: quoique la révélation ultime de Dieu soit Jésus-Christ, il existe déjà dans l’Ancien Testament des récits et des passages qui tendent à ne pas confonde Dieu avec nos représentations et nos attentes.

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    Peel Olivier sam 21 Juil 2012 Répondre

    Cher Daras,

    Merci pour ta franchise et surtout de m’éclairer sur tes positions. Il est inutile de poursuivre le débat puisque nous ne tomberons jamais d’accord sur ce sujet. Tu me rappelles très franchement mes professeurs d’Institut et de Faculté. Je pensais à l’époque qu’ils se trompaient et passaient à côté de ce que Dieu leur disait au travers des Ecritures et j’ai acquis la conviction de plus en plus profonde que cela est vrai. La théologie est un outil pour comprendre les Ecritures mais en aucun cas elle ne peut agir et me convaincre. Seul l’action de l’Esprit Saint peut le faire. Toi, tu parles de langage simplifié. Et bien, c’est le langage qui touche et qui parle aux gens. Je suis un homme d’église et j’enseigne comme Roger Lefèbvre des étudiants. La théologie, ça ne leur parle pas.

    Bien à toi,

    Olivier

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    Georges Daras sam 21 Juil 2012 Répondre

    Bonjour Olivier,

    Merci pour ta réponse. L’appréciation que tu exprimes à mon égard est réciproque.

    Je ne parle pas un autre langage qu’un langage simplifié, en opérant des comparaisons et en illustrant mon propos, même quand je fais des nuances et des distinctions. Je n’ai rien d’un grand intellectuel, bien au contraire; j’exprime ma pensée, mes idées, mes impressions comme je peux. J’ai plutôt l’impression que c’est parce que ces idées dérangent qu’elles sont jugées inaccessibles à des étudiants ou des paroissiens, pas parce qu’elles le seraient vraiment. Mon but est de proposer une vulgarisation saine et accessible, en vue de grandir le lecteur avec les efforts et le travail de réflexion que cela exige.

    Cordialement,

    Georges

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    Georges Daras sam 21 Juil 2012 Répondre

    Une dernière précision: il est évident que l’approfondissement d’un sujet comme celui de l’inspiration de la Bible concerne des personnes qui éprouvent de l’intérêt et souhaitent mieux comprendre ce dont il s’agit. Il n’est pas question d’y inclure des gens que cela n’intéresse pas. C’est aux personnes intéressées que je m’adresse et à celles qui éprouvent des difficultés à comprendre ou à faire face à certaines objections qu’ils peuvent rencontrer.

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    Marc dim 22 Juil 2012 Répondre

    Bonjour Georges (et tous)

    Quelle belle partie à fleurets mouchetés ! Personnellement, j’apprécie les efforts perceptibles de chacun pour exprimer son opinion avec respect sur ces sujets difficiles et si souvent polémiques de l’inspiration et de l’inerrance bibliques.
    L’estocade finale reste digne, on évite le bain de sang, bravo !
    Je comprends la tentation d’Olivier de vouloir rendre les armes même si je pense que l’escrime de Georges mérite qu’on réfléchisse aux questions qu’il pose (ok j’arrête là avec mes jeux de mots :-) ) et je suis assez d’accord avec Roger pour dire que malgré les apparences de langage, les idées défendues sont parfois moins éloignées que ce que tu ne le laisses entendre Georges.
    D’ailleurs dans ton cheminement de pensée, il y a toujours un moment où je décroche, c’est comme si tu voulais impérativement modéliser ou formaliser en toute logique un concept qui par définition la transcende !
    Parvenir à caractériser un modèle théologique de l’inspiration (au sens d’en décrire « la mécanique ») me parait pour le moins téméraire. je conçois cependant que l’on puisse parler de modèle lié à l’inspiration et à l’interprétation, ça me choque moins, c’est ce que fait avec succès il me semble Peter Enns dans cet article traduit par Benoit :
    http://www.scienceetfoi.org/2012/05/inspiration-et-incarnation/

    Je ne dis pas que ton travail est inutile, mais il me semble en percevoir les limites, j’ai l’impression (dis moi si je me trompe) que tes recherches sont davantage dirigée par un certain plaisir anticonformiste à prendre la doctrine évangélique « classique » à rebrousse poil, plutôt qu’à creuser dans toutes les directions, (comprenant également celle que tu rejettes..)
    Je pense que l’exercice le plus difficile pour nos pauvres cerveaux humains consiste en leur réelle capacité de synthèse.
    Nous avons tendance à attaquer le sujet selon un angle bien défini en occultant les autres.
    En d’autres mots, je ne pense pas que la doctrine évangélique soit exempte de reproche, (d’ailleurs quelle est-elle exactement au vu de la très large diversité de ce mouvement ? – En témoigne les griefs faits aux déclarations de Chicago dans ces colonnes ou par Roger Lefebvre, lui-même évangélique (voir son blog : http://voxclamantis.skyrock.com/2815845480-F42-CREATION-ET-EVOLUTION-09-LITTERALISME-ET-FIDELITE.html)) mais il serait tout aussi insensé de rejeter ce que cette doctrine a su apporter de bon sur ces questions de la révélation sous prétexte de ses excès..
    Révélation qui du reste ne se limite pas aux seuls auteurs de la bible mais qui se manifeste au travers de ceux qui ont reçu le Saint-Esprit en confessant le nom de Jésus, j’en reparlerai par la suite. Loin de moi l’idée d’ajouter des livres au canon biblique, mais il faut reconnaître qu’une des caractéristiques du monde évangélique – sans en avoir l’apanage bien sûr- sera de prôner une foi pratique qui n’intellectualise pas la bible mais qui vit la Parole. Et cela reste inaccessible à notre propre capacité sans l’œuvre du Saint-Esprit en nous.

    Je suis bien loin d’avoir investigué comme tu l’as fait sur le canon et l’histoire de la bible. Il me semble cependant que l’on ne devrait pas ignorer ce que nous pouvons tirer de la bible elle-même (et à force de tout remettre en question, j’ai l’impression que tu as franchis ce cap) d’autant plus que tu ne remets pas en question son inspiration, mais plutôt la manière dont on la perçoit (si j’ai bien compris).
    Saurais-tu néanmoins accepter de ma part, très modestement, quelques pistes de réflexion à intégrer à tes recherches ?

    Emporté par mon élan, ma réponse dépasse un peu le carde d’un commentaire, profitant des largesses de Benoit, j’ai donc transformé la suite en article que tu peux lire ici : http://www.scienceetfoi.com/2012/07/vous-avez-dit-revelation/

    J’espère ne pas être trop à côté de la plaque concernant tes attentes et que tu sauras peut-être tirer profit de ces quelques lignes dans tes investigations (à moins que tu ne te considère au dessus de tout ça).

    Ca marche dans les 2 sens, tu nous « asticotes », ça nous permet de reconsidérer un certains nombre de nos « acquis » ; de notre côté, on apprécierait (moi en tout cas) que tu élargisses le spectre de tes recherches en te focalisant peut être moins sur l’humain et davantage sur la part due à l’Esprit pour le respect de l’équilibre qui me semble un peu altéré dans tes analyses.

    Merci en tout cas pour tes réflexions et de l’affection que tu nous portes

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    gakari1 lun 23 Juil 2012 Répondre

    Merci Roger pour cette réponse sincère (commentaire du 18 juillet).

    Que les sources P et D aient été compilées dans un même texte ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de différences fondamentales en ce qui concerne la vision de Dieu. Il est fort probable que ces deux « points de vue » aient été réunis pour ne former qu’un texte sacré à la demande du roi Perse, comme cela a été le cas pour d’autres religions.

    Pour être franc, après l’affrontement entre sciences et foi, le domaine qui me préoccupe tout autant est la violence attribuée et revendiquée par Dieu dans la bible, et je suis inspiré par un article de Georges qui contient des liens vers différents textes proposant des solutions qui me paraissent tout à fait satisfaisante (si on se débarrasse de l’inhérence, bien sûr).

    Cette opposition entre deux visions différentes semble assez représentative de la façon de procéder judaïque, à savoir un dialogue entre deux pensées qui alimentent un débat et « fait réfléchir ».

    En ce qui concerne le canon de l’at, je crois que cela dépend de la localisation des synagogues. La version grecque est largement utilisé dans le monde (en Egypte, certains rabbins considèrent la langue grecque comme tout aussi « capable » de parler du sacré, comme l’hébreu) et l’hébreu est une langue connue par une élite religieuse ou intellectuelle.

    En parlant de Jamnia, c’est là que j’ai un peu de mal, car, la personne qui a constitué le groupe qui a fixé le canon et donc le judaïsme d’après destruction de Jerusalem (qui apparemment, s’est enfui de Jerusalem juste avant qu’elle soit détruite pour cette raison, et dont je ne me souviens plus le nom, a aussi créé des prières dans lesquels il y a des tirades totalement anti-christianisme.
    Et les chrétiens partagent le même canon … Il y a de quoi s’étonner qd même.
    Les pères de l’église continuent d’utiliser soit la septante ou dérivée, soit l’hébreu tandis que les rabbins, eux, en réaction au christianisme ne considère plus que la version hébreu…

    Il y a, de plu,s des traces d’apocryphes dans Jude, on sait que les passages de l’at cités dans les évangiles et les épitres sont souvent plus des décorations théologiques que des justifications : on utilise soit la version hébreu soit la grecque ou d’autres selon si la traduction va dans le sens du propos et certains textes sont hors-contexte.

    Tout ça pour dire que peut-être que l’église primitive ne voyait pas un canon immuable mais des textes anciens qui pouvaient décrire ce qu’ils expérimentaient et la théologie chrétienne qui commençait à se former.

    Et nous, nous avons un canon qui devient primaire dans notre conception de vie avec Dieu (Sola Scriptura)… Il y a peut-être un décalage.

    Pour revenir au sujet, tu dis que la considération du canon est un acte de foi. Je n’aurais pas de pb avec cela, bien que ce ne soit pas un argument.

    C’est là que devient importante la critique historique pour moi, car elle permet de définir, à peu près et quelque fois de façon précise, ce qui est du domaine littéraire (épopée des actes des apôtres), du domaine de la correspondance (épitres), théologique (dans les évangiles).
    Elle arrive à identifier les documents influencés par le gnosticisme (évangile de Thomas), ou d’autres courants.
    Et finalement, comme tu le dis, cela ressemble fortement aux méthodes qui ont permis de former le canon du nt.

    Le problème est que si on considère la science en ce qui considère la critique biblique, on se rend compte que les arguments ne sont pas idéologiques comme le disent les pasteurs en général, mais réel et on ne peut plus se demander si la bible est fiable ou pas, puisqu’historiquement et scientifiquement, d’un point de vue contemporain, on sait que non, mais pour ce qui concerne Dieu, puis Jésus-Christ, l’est-elle ?

    Yannick

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    Roger Lefèbvre lun 23 Juil 2012 Répondre

    Bonjour Georges… et puis tous les autres !
    Je m’absente trois jours et je découvre plein de bonnes choses que j’ai ratées… Mais c’est super !
    Bon, Georges, j’ai l’impression que nos deux interventions du 18 juillet : toi à 10h22 et moi à 10h36 se sont croisées, ce qui donne à ma réponse un caractère quelque peu décalé.
    Je voudrais juste te dire que je suis d’accord avec toi pour considérer que le scepticisme n’est pas un argument en soi… Sauf s’il repose sur un doute raisonnable. En l’espèce, je faisais allusion à des relations de cause à effet que certains nous présentent comme des évidences, évidences qui sont loin de paraître telle à mes yeux. Car s’il est vrai que certains faits scientifiques résistent à leur acceptation par des évangéliques que cela bouscule un peu trop dans leur façon de penser, il est tout aussi vrai que des non-évangéliques présentent certaines hypothèses vraisemblables comme des évidences, parce que cela conforte leur théorie. C’est dans ces cas que je parle de mon scepticisme, qui ne consiste pas forcément en un refus définitif, mais plutôt en un « wait and see »…
    D’accord aussi avec toi, Gakari1, pour dire, à propos du Canon, qu’un acte de foi n’est pas un argument… Mais la foi n’est jamais un argument… Sauf peut-être pour celui qui en vérifie le bien fondé à travers ses propres expériences de vie… Qui elles-mêmes ne peuvent avoir valeur d’arguments pour les autres, puisqu’elles sont subjectives par définition.
    Alors, est-ce qu’on tourne en rond ?… Pas forcément. Car l’essentiel du message biblique a pu se vérifier dans la vie de milliers de personnes qui, depuis les apôtres jusqu’à nous, indépendamment des différents contextes socioculturels, ont retrouvé la communion avec Dieu à travers la personne et l’œuvre de Jésus-Christ.
    Si bien que nos discussions sur le comment et le quand de la transmission du Texte me paraissent (dans une certaine mesure) rejoindre le débat sur le comment et le quand de la « création » qui est à confier aux scientifiques ; alors que le contenu du message (les qui, pour qui et pourquoi) relèvent du domaine de la foi et de l’expérience chrétienne.
    Ici encore (autant pour moi !) je suis d’accord avec toi Georges, pour reconnaître que quand je parle de « vulgarisation », ce n’est pas vraiment le mot adéquat : une vulgarisation qui vulgariserait des erreurs ne serait plus de la vulgarisation, mais de la manipulation. En fait, ce que j’ai voulu dire (très mal) c’est qu’au niveau de mes préoccupations pastorales, c’est le message de la Bible qu’il m’importe de partager avec mes frères et sœurs. Je n’entre dans ce genre de débat (le nôtre actuellement) avec eux qu’en réponse à un questionnement ou des préoccupations précises. C’est ainsi que ce que j’écris sur mon blog, par exemple, à quelques sujets près, expriment des réflexions personnelles que j’ai envie de partager avec qui le veut, mais qui ne sont pratiquement jamais l’objet de « prédications ». De ce dernier point de vue, ce qu’il m’apparaît urgent de présenter c’est la « Bonne Nouvelle » avant tout.
    Cela dit, ne voyez pas en tout ceci une pirouette pour retirer mon épingle du jeu. Le débat reste ouvert, auquel, en parlant de la sorte, je ne répond pas, sinon pour vous faire part de priorités pastorales qu’ils me faut parfois adapter aux questionnements plus pointus de l’un ou l’autre… compte tenu du fait que beaucoup n’ont pas la formation pour évaluer les enjeux du débat et la valeur des arguments. Car une supériorité intellectuelle peut aussi devenir un moyen de manipulation que je me refuserai toujours d’employer… J’en veux pour exemple, le fait qu’aujourd’hui, dans les grands médias, l’autorité des blouses blanches à remplacé celle qu’avaient jadis les robes noires… de façon tout aussi arbitraire, voire superstitieuse pour le bon peuple des « chers téléspectateurs »… Mais cela, comme disait Kipling, c’est une autre histoire !
    Amitiés à vous tous,
    Roger

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    Georges Daras lun 23 Juil 2012 Répondre

    Bonjour Marc, (et tous)

    Merci de te joindre à nous! Ta contribution nous est précieuse et indispensable! Tes efforts sont aussi louables que les nôtres, car il n’est pas facile de s’approprier les interventions de chacun, en particulier mes tirades kilométriques.

    Je n’ai pas ici l’intention de te « répondre » point par point, mais d’émettre certaines remarques générales.

    1. « Modéliser », « formaliser », décrire la « mécanique » de l’inspiration ne fait pas partie de mes ambitions (les analogie et les illustrations que je propose ne sont pas plus que des analogies et des illustrations). En fait, plus j’explore et j’approfondis le sujet (avec le précieux et indispensable concours de tous), plus émerge en moi la conviction qu’une telle entreprise est impossible et même inutile.

    2. J’affirme donc clairement que je n’ai pas un tel modèle achevé en tête qui serait en compétition contre d’autres modèles. Par contre, je peux dire que je procède par élimination, en écartant:

    – premièrement, tout ce qui repose sur des raisonnements fallacieux ou insuffisants;
    – deuxièmement, tout ce qui me semble en inadéquation avec les faits empiriques (la réalité);
    – troisièmement, tout ce qui me paraît entraîner des distorsions théologiques manifestes (ce que j’appelle la « mauvaise théologie »).

    (Certains se demanderont peut-être ce qu’il en est de la conformité biblique. Bien sûr, c’est un aspect important, mais il dépend en partie de la manière dont chacun se situe dans la discussion en cours. La « conformité biblique » ne veut rien dire en soi et demande à être définie et mise en perspective. Il faut bien sûr excepter les enseignements qui sont clairement non-bibliques quoi que l’on pense de l’approche qu’il faut avoir de la Bible, tels que par ex. les dogmes catholiques relatifs à Marie. Bref, passons.)

    Par exemple, sans m’étendre sur les raisons, les Déclarations de Chicago mettent en oeuvre ou entraînent les trois défauts sus-cités.

    Cela dit, je sais très bien qu’aucun d’entre vous n’adhère pleinement aux Déclarations de Chicago. Au contraire, des efforts significatifs ont été déployés pour en réfuter certains aspects, pour rendre droit ce qui avait été tordu, pour progresser là où toute progression était sérieusement compromise. Le travail de Benoît à cet égard, qu’il ait été consciemment ou non dirigé contre ces Déclarations, est exemplaire.

    Bien sûr, il n’y a pas que les Déclarations de Chicago. Chacun a ses petites idées, ses présupposés, son approche et son interprétation de la Bible. Ma démarche critique s’étend par conséquent tout aussi bien à ce que chacun propose de son côté, que ce soit Roger, Olivier, Marc, Yannick ou Benoît, même quand ces idées constituent de réels progrès par rapport à une conception évangélique classique. Tout en reconnaissant le progrès effectué, je suis quand même amené à évaluer la pertinence de la solution proposée de manière constructive.

    Ma démarche n’est donc pas motivée, pas même en partie, par « un certain plaisir anticonformiste ». Ma démarche est sincère, je suis réellement en quête de compréhension. Je préfère encore tâtonner, endurer quelques frustrations, exclure toute position sécurisante afin de conserver mon honnêteté intellectuelle et spirituelle envers mes interlocuteurs et devant Dieu. Encore une fois: je suis toujours davantage persuadé que la question que nous débattons est en soi périphérique, et qu’elle ne mérite pas qu’on s’y arrache les cheveux! Néanmoins, comme tout en théologie est lié d’une manière ou d’une autre et que nos idées déterminent en partie notre pratique chrétienne, cette question mérite d’être débattue afin d’aboutir à une vision équilibrée de l’inspiration et de lui trouver la place qui lui revient en théologie et dans notre foi.

    3. Je ne pense pas qu’il soit inutile de vous indiquer quelles sont mes lectures actuelles. J’ai fait quelques acquisitions intéressantes, dont notamment le livre de Peter Enns conseillé par Benoît, Inspiration and Incarnation: Evangelicals and the Problem of the Old Testament. Ainsi, je me ferais une idée plus précise de son approche.

    Mais aussi (infos sur Amazon US):
    Kenton L. Sparks, God’s Word in Human Words: An Evangelical Appropriation of Critical Biblical Scholarship et Sacred Word, Broken Word: Biblical Authority and the Dark Side of Scripture.
    Eric A. Seibert, Disturbing Divine Behavior: Troubling Old Testament Images of God. Je suis en train de le lire et il est excellent. Il discute aussi de questions relatives à l’inspiration. J’en ferais une présentation sur mon blog.
    John Barton, People of the Book?: The Authority of the Bible in Christianity (éd. revue et augmentée de 2011, visible sur Amazon uk).
    Carlos R. Bovell, Rehabilitating Inerrancy in a Culture of Fear (avec une préface de Peter Enns).

    Ce qui est bien avec les livres qui discutent des aspects obscurs et difficiles de la Bible (Sparks, Seibert), c’est qu’ils mettent le doigt directement là où ça fait mal et nous obligent ainsi à réfléchir plus profondément sur notre conception de l’inspiration et, de manière plus général, à la façon dont Dieu se révèle à nous, comment il nous parle au travers de la Bible et moyennant quelles précautions herméneutiques et principes d’interprétation.

    En toute amitié (virtuelle, malheureusement)

  24. Avatar
    Georges Daras lun 23 Juil 2012 Répondre

    Marc,

    J’ai oublié de préciser que, bien que je ne puisse y répondre dans l’immédiat, je prends bien note de l’article que tu as publié et qui m’est principalement adressé.

    (Au fait, où est passé Benoît? Il a disparu. En vacances?)

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    Marc lun 23 Juil 2012 Répondre

    Oui Benoit est en vacances et privé d’internet ! Des vraies vacances quoi !

    Retour tt début aout. il va avoir une sacrée lecture (dans les 2 sens du terme) ;-)

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    Marc lun 23 Juil 2012 Répondre

    Re-salut Georges,

    Merci pour ces premiers éclaircissenments plutôt rassurants, on attend donc la suite de tes commentaires sur l’article publié.

    je ne manquerai pas de consulter ton compte-rendu de lecture de Seibert sur ton blog.

    Quand tu auras lu Inspiration and Incarnation fais nous signe ėgalement, je le lis actuellement et le trouve plutôt équilibré ! (bien qu’il puisse paraitre révolutionnaire pour la pensėe ėvanglélique « de base ».)

    Excellente soirée

  27. Avatar
    BONARD MONROI jeu 05 Sep 2019 Répondre

    bonjour à vous j’ai parcouru avec beaucoup d’attention votre article. ce que je constate c’est que malgré vos études religieuse vous êtes restés avec un raisonnement scientifique dans la lecture de la Bible. je ne serai pas long mais je tiens juste a vous dire que si vous abordez n’importe quelle livre avec une idée ou un esprit alors vous ne saurez jamais ce que l’auteur veut dégager de ce livre. la Bible est la parole de DIEU et sa volonté pour les hommes. pour bien la lire essayez de vous laisser emporter par elle comme l’eau emporte tout ce qui est en elle afin d’épurer son fond. je suis content de vous lire !
    vivement soyez bénis.

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