« Est-il légitime de tuer toutes les blondes ? »

Posté par Benoit Hébert
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 Sous ce titre racoleur et  provocateur (pardonnez moi !) se cache en réalité un problème philosophique plus profond que ce que l’on pourrait penser. Si Dieu n’existe pas et si nos pensées ne sont que le fruit d’une association de molécules organisées par le « Hasard », alors le bien et le mal, la justice et l’injustice n’ont que le fondement relatif que nous voulons bien leur donner en tant que société. Leur légitimité peut être remise en cause par chacun d’entre nous. Au fond est bien ce que je décide d’être bien, dans la pratique ce qui me donne le plus de plaisir. Les  autres n’auront pas grand chose à me reprocher, si ce n’est que la recherche de mon bonheur pourrait bien contrarier la leur.

La pensée chrétienne est toute différente. Elle s’appuie sur ce que la Bible nous enseigne à propos de la nature et de l’homme. Dieu a donné à la nature des lois physiques au travers desquelles il agit  en permanence. Quand il le souhaite, pour interpeler l’homme par exemple, Dieu peut bien entendu agir en dehors de ces lois, de manière subtile ou spectaculaire. Ces lois ont le mérite de rendre notre existence quotidienne possible. Leur régularité nous permet de nous organiser. La découverte de ces lois par la science fait partie du mandat divin de « dominer la terre », bien entendu dans le respect de ce cadeau de Dieu. Dieu a aussi donné à l’homme une loi morale révélée en partie dans l’Ancien Testament au travers des « 10 commandements », mais surtout dans la personne de Jésus-Christ, pleinement homme et pleinement Dieu. Tous les hommes ont « manqué le but », c’est la signification du mot « péché », mais cette loi morale reste gravée dans leur coeur par leur conscience. L’homme peut choisir d’étouffer cette voix intérieure, il peut rationnaliser sa rébellion. Dans son amour, Dieu continue d’appeler l’homme à se tourner vers son Fils Jésus. Bien entendu, l’homme reste libre de répondre positivement ou de rejeter cet appel. Pour le chrétien, il existe donc une base objective à la notion de bien et de mal, de justice et d’injustice. Cette référence se trouve dans la nature parfaite de Dieu manifestée dans le Christ.

J’aimerais au travers de cet extrait de « Beyond the firmament » de Gordon Glover vous faire découvrir cet auteur américain que j’affectionne particulièrement. Son bon sens est désarmant, son franc parler aussi.

Son livre est excellent, et à tous ceux qui lisent l’anglais, c’est une des meilleures lectures à faire pour tous ceux qui sont interressés par les problèmes d’interprétation de la Genèse en rapport avec les découvertes de la science. Il faut absolument visiter son blog et regarder la série d’excellentes vidéos tout à fait dans son style.

Dans une  problématique volontairement exagérée, Gordon Glover traite du matérialisme philosophique, très souvent associé à l’athéisme évolutionniste.

L’univers matérialiste

Nous savons qu’il y a plus dans la vie que la matière physique, non pas parce qu’il serait possible de le prouver par déduction logique, mais par l’impossibilité du contraire. Le matérialisme, en tant que philosophie de vie, n’est tout simplement pas cohérent avec l’expérience humaine. Les réalités spirituelles qui transcendent l’univers sont nécessaires parce que, sans elles, l’univers serait moralement inintelligible et irrationnel. Les absolus immatériels tels que le bien, le mal, l’amour et la haine seraient sans signification, jetés en pâture au plus offrant. Dans ce type d’univers, chacun pourrait créer son propre système de moralité et il serait tout aussi valable que celui de n’importe qui d’autre. Cette idée à l’air plutôt séduisante, jusqu’à ce que le système de valeur de l’un n’empiète sur le système individuel de valeur d’un autre.

Par exemple, si quelqu’un disait qu’il faut tirer sur toutes les blondes, il n’existe aucune défense matérialiste contre une chose de ce genre. Toute tentative de montrer que c’est mal ou immoral ferait appel à des choses comme les droits de la personne, la liberté individuelle, le bien et le mal, la tolérance, l’acceptation des autres. Mais aucune de ces choses n’a de signification absolue dans un univers matérialiste. Elles peuvent signifier ce que chacun veut parce qu’elles ne sont que le produit de notre pensée, la création de notre imagination, qui est elle-même basée sur la chimie et la biologie. Le matérialisme interdit toute réalité transcendante qui existe en dehors de nos propres mécanismes. Des concepts comme le bien, le mal, le juste, l’injuste ne sont que des inventions humaines, issues de la nécessité d’un semblant d’ordre social pour le bien commun. Mais ultimement, ils ne sont que ce que nous disons qu’ils sont.

Si vous prétendez que le fait de tirer sur toutes les blondes est contraire à l’ordre social, un matérialiste peut tout aussi bien vous dire qu’il ne croit pas dans l’ordre social et que votre définition du bien ne s’applique pas à lui. En fait, s’il arrive à convaincre une majorité d’électeurs pour être d’accord sur l’exécution de toutes les blondes, il suffit d’en faire une loi, et qu’il en soit ainsi. Et s’il n’arrive pas à réunir cette majorité, tout ce dont il a vraiment besoin, c’est d’une minorité suffisamment puissante. Au fond, qui a besoin d’une majorité ? Après tout, dans un univers matérialiste, la seule autorité légitime est le pouvoir. La force fait le droit. Toute chose serait légitime, et toute autorité civile, familiale et ecclésiastique serait illégitime. Toute référence à une vérité transcendante est équivalente à la croyance au père Noël ou à la petite souris.

Ironiquement, les matérialistes jouissent aujourd’hui de la sécurité relative d’un univers moralement intelligible et tout en même temps, ils ne cessent de le déclamer audacieusement. Heureusement pour eux, ils n’auront jamais à faire face aux conséquences de leur propre philosophie parce que la plupart des gens, croyants ou non, savent très bien au plus profond d’eux mêmes qu’il y a des absolus moraux. C’est ainsi que la plupart des gens conduisent leur vie. Et même les athées les plus convaincus . Ils font leurs petites affaires dans la défiance tranquille de leurs croyances destructrices. Ils aiment leur famille, maintiennent une éthique dans l’exercice de leur profession, sont soumis aux autorités civiles, sont outragés par l’injustice humaine, ont compassion pour les autres, et ils croient que l’existence des hommes a un but et une signification.

Ce que ceci nous prouve ; c’est que le matérialisme, en tant que supposition, est en flagrante contradiction avec l’expérience humaine. Heureusement, certains matérialistes empruntent suffisamment d’idées aux croyants pour que leur monde athée ait un sens. J’ai donc l’idée que cela fait d’eux des croyants qui n’osent pas s’avouer. Lorsque vous discutez avec des gens comme ça, tout ce que vous avez à faire est de le leur faire remarquer et de les convaincre de « sortir de leur placard ». »

8 Commentaires

  1. Yogi mar 16 Nov 2010 Répondre

    L’argumentaire de G.Glover est tout à fait rudimentaire et erroné. Le bien-être d’un être humain est un élément parfaitement fondé, objectif et mesurable dans un univers matérialiste. Une loi morale qui vise à maximiser le bien-être de chacun peut donc reposer donc sur des éléments matériels concrets sans faire appel à une entité transcendante. Le maintien du bien-être des blondes et de leurs proches interdit donc qu’on les exécute.

    La seule prémisse que vous devez poser est que « tous les hommes (et femmes) sont égaux en droit », et on peut expliquer pourquoi cette loi, qu’il faut poser comme base de l’édifice, paraît la plus saine et légitime.

    Et justement. C’est bien là que l’on voit que le Christianisme pour sa part ne répond que très mal à la question posée. En effet selon ses interprétations morales, très variables au fil du temps, il s’est parfaitement accommodé des royautés absolues ou des massacres d’infidèles, qui ne seraient plus acceptés maintenant. Il justifie et appuie des régimes extrêmement inégalitaires comme des régimes démocratiques. Il montre là qu’il est une base morale bien insuffisante et peu fiable.

  2. Peel Olivier mer 17 Nov 2010 Répondre

    Pour ma part, je ne crois pas que l’argumentaire de G.Glover soit si rudimentaire que cela. Néanmois, je suis d’accord pour dire que le bien-être (qui est qu’un aspect de la morale) est un élément parfaitement fondé. Mais ce que souligne Glover est plus profond. Si en effet, je décide de fonder un loi morale pour le bien-être de tous, sur quoi repose-t-elle? Qui me dicte cette loi? Ma morale ou la morale de tous? Et qui définit en nous cette morale sinon notre conscience?

    Cette conscience est façonnée par l’éducation (celle de la société, de la famille, de l’école) et cette éducation est le fruit d’une société dont les racines sont essentiellement chrétiennes. Qu’on le veuille ou non, c’est également un fait. Le « tu aimeras ton prochain » est vieux de plus de 3500 ans et cette phrase fut dite par Dieu à Moïse. Le Judaïsme ainsi que le Christianisme ont légué cette phrase à l’humanité.

    L’édifice que « tous les hommes sont égaux en droit » fut voté au lendemain de la pire des guerres. Mais c’est sans omettre l’idée que les « devoirs » de chacun restent sous-entendu. L’autre a des droits mais aussi des devoirs, celui de respecter les visages en face de lui. Le « tu aimeras ton prochain comme toi-même » resurgit.
    Dès lors, stigmatiser le christianisme comme vous le faites est facile oubliant au passage que les pires horreurs du XXe siècle ont été perpétrées par des idéologies essentiellement matérialiste. Il ne faut pas oublier la poutre que l’on a dans l’oeil. Ainsi, je crois que le matérialisme est un peu jeune pour pouvoir donner des leçons à celui qui est beaucoup plus vieux que lui. De plus, c’est oublier au passage que le Christianisme a également apporté beaucoup de choses à l’ensemble de l’humanité: Les hôpitaux, la croix rouge, le savoir, la science, etc.

    Et le matérialisme, il a apporté quoi de plus important que tout cela?

    • Yogi mer 17 Nov 2010 Répondre

      Vous faites bien peu de cas des philosophies orientales qui avaient promu la non-violence et l’amour du prochain plusieurs siècles avant l’apparition des religions abrahamiques, lesquelles trouvent leurs racines dans les traditions brahmaniques indiennes.

      Notre conscience est façonnée par l’éducation mais se fonde aussi sur des valeurs « innées » d’empathie et de sens de la justice, que l’on observe chez les nouveaux-nés humains mais aussi chez les primates, et qui sont nécessaires à nos formes de vie en société telles que forgées par l’évolution.

      Par ailleurs, je ne souhaite pas vraiment « stigmatiser » le christianisme, simplement le remettre en contexte dans l’histoire des idées. Je ne nie pas qu’il ait eu certains apports positifs, mais on pourrait largement débattre de savoir quelle part de « les hôpitaux, la croix rouge, le savoir, la science » nous devons à la tradition grecque bien plus qu’au christianisme.

      Quant au matérialisme, il nous apporte la seule base véritablement universelle qui puisse rendre le dialogue possible entre tous les êtres humains.

  3. Peel Olivier mer 17 Nov 2010 Répondre

    Les philosophies orientales? Je compare ce qui est comparable. Notre société européenne est héritière à la fois de la foi juive (plus ancienne que la majorité des rites et philo orientales)et du Christianisme. L’amour du prochain telle que je l’ai définie dans ma première réaction repose sur ce qui fut définit par Dieu sur la montagne à Moïse, il y a 3500 ans. Il n’y rien de comparable au sens donné à l’expression « amour du prochain » dans les autres religions. je conviens que ce n’est pas le lieu ici d’en débattre.

    Pour m’être quelque peu intéressé aux religions orientales et pour d’avoir fréquenté plusieurs personnes de ces régions, je vois mal l’amour du prochain dans le système de caste indienne ou encore dans la non-violence physique prônée par exemple par Gandhi . Dans sa biographie, Ghandi encourageait ses « militants » à poursuivre, s’il le fallait, un jeûne jusqu’à la mort. Ce n’est peut-être pas de la violence physique mais certainement une violence morale. Maintenant, celle-ci est-elle défendable? C’est un autre débat.

    Effectivement, il y a une conscience innée qui est elle-même énoncée par l’Ecclésiaste (8 ou 9e siècle av.J.-C.): « Dieu a mit dans l’homme, la pensée de l’Eternité. » Ceci faisant partie de la révélation générale de Dieu.

    En ce qui concerne la philosophie grecque, il y a effectivement un leg mais c’est sans oublier que la théologie a fait un énorme travail sur le devoir d’amour et de solidarité tout au long de l’histoire de l’Eglise. Reste que l’initiative derrière ces organismes comme les hôpitaux, croix-rouge, armée du salut, … est une initiative émanant de personnes croyantes.

    Concernant votre avis sur le matérialisme, c’est votre choix et votre liberté.

    • Yogi jeu 18 Nov 2010 Répondre

      Ma remarque sur le matérialisme n’est pas l’expression d’un avis ou d’un choix, c’est un simple constat : la réalité tangible, matérielle, est la seule chose universellement partagée par tous les êtres humains, et la seule base à notre disposition pour bâtir une morale commune.

      Un excellent exemple en est votre répétition que « cette phrase fut dite par Dieu à Moïse », qui est une affirmation dépourvue de sens pour 80% des humains, et qui est même déplacée voire blasphématoire pour la plupart d’entre eux.

      Je ne vois pas comment vous pouvez espérer un seul instant fonder une morale humaine sur une assertion qui heurte les convictions de 80% de vos interlocuteurs. Vous même d’ailleurs je ne vous sens pas prêt à accepter la charia, qui est pourtant la pure parole de Dieu délivrée à Mahomet, ni les sacrifices de vierges, qui sont pourtant les exigences incontournables de Huitzilopochtli.

      Le « dialogue inter-religieux » est une chimère, et les religions sont des impasses conceptuelles dont l’humanité devra impérativement sortir. Si l’humanité doit vivre en paix, les religions devront être considérées comme des traditions locales, respectables mais sans plus de poids que le costume traditionnel ou les danses folkloriques. D’ailleurs n’est-ce pas déjà sous cet angle que vous considérez les croyances des peuplades lointaines ?

      • Auteur
        benoit hebert jeu 18 Nov 2010 Répondre

        La dimension spirituelle des êtres humains les pousse à assouvir leur soif de connaître Dieu. L’immense majorité des hommes croient en un au-delà et en la transcendance. Le retour à la spiritualité de nos contemporains prouve que le matérialisme philosophique n’est pas prêt de répondre à leurs besoins fondamentaux. Telle est la réalité d’une véritable base commune entre les hommes et les femmes.

  4. Alex Farley mar 23 Nov 2010 Répondre

    Je vous suggère aussi la lecture du livre « La Raison est pour Dieu », de Timothy Keller, auteur américain lui aussi. Il vient d’être traduit de l’anglais cette année (http://editionscle.com/commerce/catalog/product_info.php?products_id=397).

    Ce livre traite, entre autres, des questions débattues par Yogi et Peel Olivier.

    Bonne lecture!

  5. Auteur
    benoit hebert mar 23 Nov 2010 Répondre

    Merci Alex pour cet excellent conseil. Tim Keller a d’ailleurs apporté son soutien officiel à la fondation biologos fondée par Francis Collins avec laquelle nous collaborons!

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