Dietrich Bonhoeffer, la Genèse et l’évolution par W. Houst (1/2)

Posté par Benoit Hébert
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 Image  : Timbre représentant Dietrich Bonhoeffer publié le 20 juillet 1964, à l’occasion du 20ème anniversaire de la tentative d’assassinat d’Adolf Hitler 

 

Dietrich Bonhoeffer: quelques éléments bibliographiques

Dietrich Bonhoeffer (1906—1945) était un brillant théologien chrétien dont la vie s’est achevée tragiquement, exécuté par les Nazis à la fin de la seconde guerre mondiale, à cause de son implication présumée dans une tentative d’assassinat d’Adolf Hitler. Pendant bien des années, Bonhoeffer a été le porte parole de l’église confessante (composée des chrétiens allemands opposés à Hitler et au Nazisme) et pacifiste actif . Il s’est vivement opposé à la loi antisémite et a défendu les Juifs, parce que, pour lui, « Ce qui est en jeu est… l’église, dans laquelle Juifs et Allemands se tiennent ensemble debout, à l’écoute de la Parole de Dieu  » Bonhoeffer est considéré par beaucoup comme un martyr chrétien du 20ème siècle.

Bonhoeffer avait la réputation d’être un brillant théologien, même avant son martyr. Son génie avait attiré l’attention de théologiens reconnus, comme le grand Karl Barth, qui admirait le travail de Bonhoeffer. Beaucoup pensent que si Bonhoeffer avait vécu plus longtemps, il aurait probablement été l’un des plus grands théologiens de tous les temps. Plusieurs de ses livres ont été publiés post mortem, comme son opus Ethique. Même dans sa version de travail, l’influence d’Ethique a été considérable. Ses lettres depuis la prison ont aussi été publiée post mortem ; elles contiennent ses écrits personnels pendant son emprisonnement par les Nazis, et suscité la même admiration.

Bonhoeffer a écrit beaucoup d’autres livres appréciés par les chrétiens du monde entier, par exemple Le prix de la grâce, qui contient la célèbre distinction faite entre grâce coûteuse et grâce à bon marché.  Bonhoeffer était aussi un pasteur efficace, et son livre Vivre ensemble  à propos de l’importance de la communauté chrétienne  a été un texte fondamental pour beaucoup. Un ami m’a dit récemment que ce livre est « l’un des plus travail pastoral jamais effectué. » Pour en savoir plus sur Bonhoeffer, je recommande la biographie de Eberhard Bethge (Dietrich Bonhoeffer: A Biography), l’un de ses étudiants et ami proche qui s’est chargé des publications post mortem de son œuvre.

La pensée de Bonhoeffer à propos de la Bible et de la science moderne est bien moins connue, mais pas moins importante. Le frère aîné de Bohnhoeffer, Karl Friedrich, était un physicien and sa plus jeune sœur avait étudié la biologie. Bien que non scientifique lui même, Bonhoeffer appréciait les sciences naturelles et aurait souhaité les étudier davantage. Dans une lettre de 1944 écrite depuis sa geôle nazie, il dit :

C’est un grand regret pour moi d’être aussi ignorant en sciences naturelles, mais c’est une lacune que je ne plus guère combler à présent.

Ses écrits à propos de la Genèse et de la science moderne nous procurent beaucoup de sagesse dans le débat actuel à propos des origines.

 

Bonhoeffer à propos de la création et de la science

En 1931, Dietrich Bonhoeffer a écrit un « catéchisme luthérien » avec son ami Franz Hildebrandt, et il s’exprimait sur une éventuelle contradiction entre récit biblique de la création et science. Bonhoeffer donne une réponse « barthienne » : la Genèse et la science évoque l’origine du monde de deux façons très différentes, et nous ne pouvons donc pas parler d’harmonie ou de contradiction entre eux. Bonhoeffer s’oppose donc à ceux qui affirment que la science doit se conformer à une origine du cosmos en six jours littéraux. Voici un extrait

Question: L’histoire de la création ne contredit-elle pas la science?

Réponse: S’engager dans la recherche scientifique et avoir la foi sont deux choses différentes. La science possède sa propre autorité distincte de celle de la foi. N’importe quel enfant sait que le monde n’est pas simplement apparu en six jours. Mais tous ne savent pas que Dieu a créé le monde par son Esprit et les êtres humains pour être à son image.

Dans un prochain article, nous évoquerons des points plus délicats la pensée de Bonhoeffer à propos de la « chute », de l' »Adam historique » et de l’évolution.

3 Commentaires

  1. bibletude.org dim 05 Juin 2016 Répondre

    « S’engager dans la recherche scientifique et avoir la foi sont deux choses différentes » : quand je rencontre ce type de réflexion, je pense à ceux qui la reçoivent et qui peuvent être amenés à penser que nous essayons de faire passer le message affirmant que nous avons affaire à deux mondes (la science et la foi) complètement déconnectés entre eux.

    Or (et c’est me semble-t-il le message que science&foi essaie de faire passer) tous deux décrivent la réalité vue sous des angles différents (et sont par conséquent complémentaires) : la science décrit la réalité extérieure à l’homme, telle qu’on peut l’appréhender à une époque E avec les moyens M dont nous disposons, et la foi décrit la réalité de l’homme intérieur telle qu’elle est comprise depuis des millénaires par des personnes connectées à Dieu.

    Ainsi, le livre de la Genèse décrit cette réalité intérieure : p.ex. « que la lumière soit » et sa suite décrit le processus intérieur de l’être humain qui reçoit la lumière lorsqu’il se tourne vers Dieu (*).

    Aussi, plusieurs événements des livres de l’ancienne alliance préfigurent des événements de la nouvelle alliance (sortie d’Egypte p.ex.) qui préfigurent à leur tour une évolution spirituelle intérieure de l’être humain.

    « La science possède sa propre autorité distincte de celle de la foi » : cette affirmation demande par conséquent un éclairage explicatif à l’attention des lecteurs, d’autant plus que, en supplément de ce qui vient d’être dit, nous pouvons aussi affirmer que la foi est observable et reproductible (donc scientifique) et que souvent la science est objet de foi (on « croit » à quelque chose avant d’en faire une théorie scientifique et de se donner les moyens de l’observer – et on écarte parfois les théories auxquelles on ne « croit » pas, avant même de les vérifier).

    Et finalement, si le scientifique est objectif jusqu’au bout, il doit s’efforcer d’expliquer pourquoi l’être humain, dans son évolution, a acquis – comme outil de survie extra-temporelle – la foi. De même, s’il est honnête, l’être de foi doit se demander pourquoi certaines percées de la science lui font peur (sa foi serait-elle donc si fragile ?).

    (*) développement ici : http://bibletude.org/index.php?page=Genese1

    • Auteur
      Benoit Hébert dim 05 Juin 2016 Répondre

      Il ne s’agit pas de dire que la science serait le seul mode « objectif » de connaissance, mais que le type de conclusion et la méthode qu’elle emploie sont bien spécifiques, et ont leurs limites en effet…
      Toujours est-il que des scientifiques ayant des convictions spirituelles complètement différentes peuvent s’accorder sans problème sur un travail de nature scientifique. Loren et Déborah Haarsma abordent admirablement cette question dans leur livre publié par nos soins « Origines »

      • bibletude.org dim 05 Juin 2016 Répondre

        On pourrait aussi objecter à mon intervention que le « croire » (ou pas) du scientifique en certaines théories, n’est pas une foi du même type que la foi spirituelle, qui est plus une relation supposée qu’une « croyance », et que de surcroît la science, une fois ou l’autre, sera à même d’expliquer la foi spirituelle par des phénomènes se déroulant dans telle ou telle partie du cerveau – alors que l’homme de foi ne pourra jamais expliquer sans la science les phénomènes de la nature.

        Ce à quoi l’homme de foi pourra répondre que la science pourra démontrer uniquement le fait que le phénomène se déroule de telle ou telle manière dans le cerveau, mais qu’elle ne pourra pas réfuter que ce phénomène a pour cause quelque chose qui se passe dans une méta-dimension inaccessible à la science, et que ce qu’il observe n’est que la trace laissée dans nos dimensions par ce qui se passe dans la/les méta-dimension(s).

        Ce à quoi l’homme de science pourra répondre que c’est facile de projeter des solutions dans des dimensions inaccessibles à la science (comme la religion a longtemps utilisé Dieu comme bouche-trou de ce qu’il ne parvenait pas à expliquer).

        Ce à quoi l’homme de foi pourra rappeler que la science a inventé les multivers pour expliquer que si notre univers est complexe, c’est parce qu’il y en a une infinité et que le nôtre en est un parmi beaucoup qui a réussi à évoluer au-delà d’une purée informe, mais que ces multivers n’étant pas observables, on est là-aussi dans une science bouche-trou…

        etc.

        Bref, tout cela est passionnant – et j’espère par ces propos ne pas sortir du cadre habituel de science&foi…

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