Comment expliquer la présence du mal dans la Nature ? (1)

Posté par Marc Fiquet

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thelangageofscienceandfaithFrancis Collins que nous avons déjà lu dans « de la génétique à Dieu » signe en guise de suite, un ouvrage remarquable en collaboration avec Karl Giberson : « The langage of Science and Faith ».

Rédigé à partir de questions posées (FAQ) sur le site de Biologos.org, il traite donc des interrogations que se posent en général les croyants qui s’intéressent aux origines de l’homme et de l’univers. La complémentarité du biologiste et du physicien donne un éclairage toujours pertinent qu’il s’agisse de traiter de la théorie de l’évolution ou de celle du big-bang.

 

 

J’ai choisi de partager leur réflexion sur l’origine du mal car elle me semble réellement intéressante à bien des égards pour ne pas dire originale et est traitée avec l’équilibre, le recul et la sincérité qui caractérisent les écrits de Collins.

 

C’est au sein du Chapitre 5 : « La science et l’existence de Dieu« , que les auteurs abordent le sujet sous cette question que nous avons parfois pu entendre :

L’évolution n’accentuerait-elle pas le problème du mal?

requin

 

Le problème du mal est en effet une des objections la plus souvent posée à l’encontre de l’existence de Dieu.

La réponse à cette question n’est pas si simple car les philosophes ou théologiens du passé auraient déjà résolu le problème. Il s’agit donc non pas d’apporter une réponse définitive au problème mais  un éclairage enrichissant pas le bais de notre compréhension de l’évolution.

 

Il convient d’abord de noter que la plupart du mal sur terre (mais pas tout) incombe à l’homme et non pas directement à Dieu (meurtres, guerres, holocauste..). Les Chrétiens voient comme un don de Dieu la liberté de choix offerte à l’homme. Dans ce contexte de libre choix, la notion du mal ne peut être évitée, nous ne pouvons pas d’une part reconnaître la bonté de Dieu à doter l’homme de liberté et exiger dans le même temps qu’il rende impossible le mal causé par l’exercice de cette liberté de choix.

 

Qu’en est-il du mal dans la nature ?

Evoquant les catastrophes naturelles mais aussi les virus ou bactéries meurtrières, le poison des serpents qui tuent des enfants, nous remarquons que les destructions en masse furent par le passé souvent interprétées comme des jugements divins.

La nature révèle de terribles créatures et des parasites nocifs, il parait difficile d’imaginer un Dieu bien décidé à les créer. Dieu a-t-il désiré implanter dans l’instinct des chats ce plaisir à torturer leurs proies avant de les tuer définitivement ?

Certains chrétiens argumenteront que ces faits dérangeants de la nature émanent de la désobéissance de l’homme et donc du péché.

Mais ce point de vue demeure irréconciliable avec ce que nous connaissons de l’histoire de la vie et suppose des pré-requis invraisemblables :

Si par exemple aucun carnivore n’existait avant la chute d’Adam, nous devons accepter que tous ces animaux ont subit une transformation radicale de leur organisme et de leur code génétique capables de produire leurs organes tels que les glandes de poison, les crocs, etc.. De plus le registre fossile ne nous renseigne absolument pas sur un monde animal qui aurait été exclusivement végétarien à une période donnée.

Nous devons aussi imaginer un monde d’avant la chute totalement exempt de mort physique ou de souffrance.

Dans ce contexte, aucun animal ne pouvait tomber d’une falaise avant le péché d’Adam et Eve, pas une branche ne pouvait se rompre et être fatale à une nichée d’oiseaux ou tomber sur un innocent lapin gambadant…

Imaginer un monde tel que celui-là se révèle tout bonnement impossible.

 

Nous constatons au contraire que la mort et la souffrance ont précédé l’humanité comme le démontre assez clairement le règne et la disparition des dinosaures des millions d’années avant que les humains arrivent en scène, ces derniers pourraient-ils alors en être les responsables ?

 

Cette question du mal dans la nature constitue également un défi particulier pour les défenseurs de l’Intelligent Design (ID). Ces derniers mettent en avant les fonctions remarquables de la nature comme argument prouvant l’existence d’un concepteur.

Les « structures complexes irréductibles » sont souvent citées pour démonter un plan  conçu et imaginé par un concepteur intelligent.

Mais en poussant ce raisonnement, nous devons inclure tous les mécanismes complexes que nous découvrons dans la nature y compris ceux qui sont apparemment conçus pour infliger la souffrance ou la mort. Il parait difficile d’attribuer au Dieu de la Bible le désir de créer de tels mécanismes :  la bactérie qui causa la peste bubonique fut particulièrement bien conçue pour exterminer plus de 2 millions de personnes ces deux derniers millénaires. D’où peut provenir une conception aussi sinistre ? Les chrétiens qui répondraient un peu trop rapidement « Satan » devront résoudre la difficulté d’élever cette créature au rang de co-créateur au côté de Dieu. Accepter que Satan soit le créateur d’une partie du monde relèverait d’une théologie particulière et « distordue ».

 

Donc si nous ne pouvons pas blâmer ni le péché de l’homme, ni Satan, ni Dieu comme les designers  de telles sinistres conceptions, quelle autre piste s’offre alors à nous ?

 

A suivre…


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8 Commentaires

  1. Bruno Synnott lun 31 Déc 2012 Répondre

    Excellent thème ! J’adore !!
    Il est utile de saisir la différence entre « mort » et « mal ». Ils sont dans deux registres différents. La mort est la cessation de l’information. Le mal est une position devant Dieu.

    « Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle. »
    Jean 12, 24-25

    La mort prend place dans l’ontogénèse de la vie végétale et animale, d’élément simple vers le complexe. Le mal, lui, prend place dans l’ontogénèse de l’homme devant Dieu dans le cadre de la Révélation qui, elle aussi, est progressive: de la loi naturelle des premiers hommes (Rom 1.19, 2.14s) et aboutit à l’accomplissement du salut en Jésus-Christ.

    « Nous aussi, lorsque nous étions des ENFANTS, nous étions de même asservis aux principes élémentaires qui régissent la vie dans ce monde.
    4 Mais, lorsque le moment fixé par Dieu est arrivé, il a envoyé son Fils, né d’une femme et placé par sa naissance sous le régime de la Loi,
    5 pour libérer ceux qui étaient soumis à ce régime. Il nous a ainsi permis d’être adoptés par Dieu comme ses fils. » (Ga 4.3ss)

    Regardez le verset ci-dessus.
    deux éléments sont intéressants:
    « Lorsque nous étions des enfants ». C’est le principe dynamique d’Irénée de Lyon.
    et
    « Nous étions asservis aux principes élémentaires qui régissent la vie dans ce monde. C’est le principe d’involontaire (Ricoeur) qui marque notre existence et la rend faillible.

  2. Auteur
    Marc mer 02 Jan 2013 Répondre

    Salut Bruno,

    Merci pour ton intervention.
    C’est vrai que nous devons veiller à ne pas trop verser dans l’anthropomorphisme sur ce sujet délicat.

    Cependant, sans parler de la conscience du mal qui semble en effet l’apanage de l’homme, pouvons-nous ne pas considérer comme « mal » dans la nature, les instincts destructeurs de certains prédateurs (Collins cite par exemple le chat qui joue cruellement avec la souris) ou certains parasites qui se nourrissent d’une mort lente et « cruelle » de leur hôte ?

    La question qui se pose alors est d’où vient ce mal ?

    Du fait qu’il précède l’homme, la réponse « classique » du péché de tient pas. Sans parler du fait que le péché n’existe pas sans conscience ! Mais le mal n’en reste-il pas mal pour autant ?

  3. bruno Synnott mer 02 Jan 2013 Répondre

    Salut Marc,
    À mon avis, il faut aussi différencier « souffrance » et « mal ». Ils sont eux aussi, tout comme la mort et le mal, dans des registres différents. La souffrance est de l’ordre d’une expérience de douleur lié à un dommage, un manque, une cassure, etc. Le chat qui torture l’oiseau « joue » et développe ses techniques de chasse plus qu’il ne cherche volontairement à faire du « mal ». Mais cela répond à un instinct plus qu’à un acte de méchanceté. Ainsi en est-il du chat et ainsi il agira toujours. On pourrait même dire, pour être un peut frondeur, que torturant ses proie, il agit bien, parce qu’il agit selon sa nature, selon sa loi interne.

    Le mal est de l’ordre d’un écart vis-à-vis d’une loi. Il est une position devant Dieu (une position séparée, entendons-nous). L’animal ne brise aucune loi et ne vit pas son existence devant Dieu. Le seul animal qui répond à ce critère, parce qu’il a la capacité, via la liberté, de s’écarter d’une loi interne (celle de sa conscience par exemple) ou externe (le décalogue), et qui vit sa vie devant Dieu, c’est l’humain.

    Le récit d’Adam montre fort bien d’ailleurs que le mal est introduit dans le monde « par l’homme » « dans un acte de liberté ». Avant cela, nul mal. Du moins, si on croit la Bible… L’homme est innocent… La nature est bonne, signifiant par là que le mal n’est pas un problème d’essence mais d’existence. Pourquoi certains voient-ils dans « l’évolution » un quelconque principe mauvais ? La nature peut-elle être mauvaise ? Bien sûr que non! L’évolution, me semble-t-il, est un processus naturel qui inclue l’aléatoire, la mort et la souffrance par nécessité, le système se trouvant « dans la finitude » et dans un processus d’onto-genèse.

    De plus, si Dieu a qualifié ce processus de création de « très bon », pourquoi certains le qualifieraient de « mauvais » ?! Qui détermine ce qui est bon ou mauvais ?!

  4. Auteur
    Marc mer 02 Jan 2013 Répondre

    Excellent Bruno !

    De ce que j’ai lu et retenu de « la symbolique du mal » de Ricoeur, il explique qu’il est souvent difficile de dissocier le mal « que l’on fait » – celui que tu exprimes comme propre à l’homme, du mal « que l’on ressent » celui qu’on assimile à la souffrance. D’ailleurs dans des langues telle que le français, les 2 idées ressortent de la polysémie du mot « mal »..

    Dans cet article, je me contente de résumer la pensée des auteurs, la suite est très intéressante mais il est clair que le mal de la nature est ici perçu aussi dans son sens moral puisque le mal dans la nature est rendu ici en anglais par « natural evil« .
    D’où l’intérêt de tes commentaires et d’une approche philosophique à intercaler en amont de la réflexion…
    Une fois la série d’articles terminée, nous pourrons tenter une synthèse personnelle sur l’approche de Collins / Giberson (qui reprennent eux-mêmes d’ailleurs des pensées d’auteurs qui les auront précédés sur ce terrain, mais la vulgarisation de Collins vaut le détour).

  5. Bruno Synnott jeu 03 Jan 2013 Répondre

    Super, j’ai hâte de lire!

  6. Josépha faber Boitel jeu 10 Jan 2013 Répondre

    Bonjour Marc et Bruno,
    quel plaisir de lire des commentaires tout aussi passionnants que l’article en question et que vos articles respectifs qui ont déjà abordé ce sujet de différentes manières !
    Permettez-moi d’ajouter tardivement mon commentaire, je n’ai pas résisté à l’envie de revenir à Saint Augustin d’une part et La Lettre aux Ephésiens d’autre part.
    Comme avec Saint Augustin, votre réflexion s’attaque au scandale de la pré-culpabilité de l’homme, éprouvant pour la raison humaine des fidèles. On retrouve l’idée (Bruno en a déjà bien parlé) que le péché réside dans la volonté, que le mal est un problème moral, qu’il relève d’une responsabilité : « J’ai cherché ce qu’était le péché, et j’ai trouvé non une substance, mais détournée de la suprême substance, de toi, ô Dieu, la perversité d’une volonté qui se détourne vers les choses inférieures, rejette ses biens intérieurs, et s’enfle au-dehors » (Confessions, VII, 16, 22). Comme le dit Bruno dans ses commentaires : « Le mal est de l’ordre d’un écart vis-à-vis d’une loi. Il est une position devant Dieu (une position séparée, entendons-nous) ». On pourrait parlé de « volonté séparatiste ». Je n’approfondis pas mais je voulais juste faire écho à Marc dans sa lecture de Ricoeur et à la citation de Bruno.
    La Lettre aux Ephésiens dit mieux encore que ce que Jésus est par nature, nous le devenons par grâce : « Déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptif par Jésus Christ », dès lors que nous sommes animés par l’Esprit de Dieu. Seul moyen de s’extraire du mal. Si bien qu’il me semble que ces échanges autour du mal ne peuvent faire l’économie de la question de la réception de la grâce dans le dessein de Dieu, l’homme a été créé libre mais aussi « capax dei » : capable d’accepter le dessein de Dieu. La nature elle n’est pas créée « capax dei » mais capable de perdurer.
    Marc soulève les bonnes questions dans sa conclusion pour faire réfléchir les croyants qui s’affairent sur cette notion du mal dans la Création. Du point de vue de la bactérie, il ne s’agit pas de faire le mal par malignité ni de provoquer de la souffrance chez le sujet atteint ! La bactérie vit, survit, se développe comme toute forme de création est programmée pour le faire. Par contre il y a des dommages chez l’hôte dus aux effets secondaires de ce développement. Le souci ne vient-il pas du fait que nous jugeons la Création de notre point de vue d’humain gêné par certains de ses aspects. Je n’aime pas les cochenilles qui tuent mes citronniers, ce sont des parasites que je me dépêche d’exterminer. Pourtant, si j’étais une cochenille, ne serait-il pas logique que je suce une sève qui assure ma survie, serais-je coupable de faire le mal ?
    En plus de l’instinct dont parle Bruno, il y a la logique qui rend possible l’existence de certaines formes de vie, dont parle Marc.
    Je n’ai pas apporté d’éclairage nouveau mais je tenais à saluer la pertinence de vos propos.

  7. Auteur
    Marc jeu 10 Jan 2013 Répondre

    Merci Josépha pour cette synthèse éclairante, à bientôt pour la suite !

  8. Sylvain mer 06 Mar 2013 Répondre

    Merci Mr Josépha,

    Je m’appliquais justement à définir les limites de la malédiction infligée par Dieu suite à la chute … c’est à dire, entre autre, les souffrances de l’enfantement pour la femme et les complications au travail pour l’homme (les mauvaises herbes) … et je crois que vous soulevez un point intéressant en disant que la chenille, considérée comme un parasite, ne fait tout simplement que se nourrir de ce qui est naturelle pour elle …

    Mon point de départ était de penser que Dieu aurait créé les mauvaises herbes suite au péché, mais suite à votre intervention, je considérerait plutôt que l’équilibre originelle, qui aurait pu être comme une quelconque symbiose entre les espèces, a été volontairement abandonnée afin de garder l’homme dans une position d’humilité face à ces nouvelles difficultés et ralentir sa dégénérescence.

    Petite parenthèse … le dosage d’une substance ou d’une relation, ainsi que la nature de l’interrelation peut être très déterminante sur son effet final … donc un poison peut devenir une vitamine à une certaine dose et vis-versa … Une relation stimulante peut devenir étouffante, et son absence causer des lacunes.

    Pour ce qui est de la présence du mal, en général, je pense que le point de départ est que le bien vient de la bénédiction de Dieu, et donc, lorsque Dieu retire progressivement sa bénédiction, la présence réduite de l’encadrement du bien amène la dégénérescence. Et comme je le disais avant que l’on m’invite à visiter cette page, plus nous avons d’espérance pour assumer notre vie sans Dieu, plus nous nous complaisons dans notre pensée séparée de Dieu et plus nous rejetons la guérison que Dieu nous offre. Il est donc normal, étant donné le mal grandissant, que Dieu nous laisse affronter des choses plus difficiles pour garder l’orgueil des hommes le plus bas possible. (Juste pour faire suite au commentaire de Marc concernant la pauvreté de l’humanité, il est étonnant de voir comment même les personnes les plus démunies sont capables de s’entêter à refuser un encadrement bienveillant pour ne pas perdre leur liberté de continuer leurs habitudes destructives)

    Pour ce qui est de la mort …
    Si l’on considère le fait que, jusqu’à un certain point, le corps a la capacité naturelle de se régénérer, je me pose alors la question : quelle est donc la limite de cette capacité?

    Premièrement, selon ce que l’on constate aujourd’hui, il est évident qu’à la naissance, celle ci est à son plus haut niveau, et va en se dégradant progressivement. Mais en certaines circonstances, ou suites à certains traitements, d’étonnantes régénération ont été constatées. (ex: la petite fille tombée dans un puits, grâce à une séance de chambre hyperbare, a vu l’état de sa jambe, que l’on destinait à l’amputation parce qu’elle était toute noire à cause de l’absence prolongée de circulation, complètement rétablie)

    Donc, si l’on considère cette capacité magnifique dont Dieu a doté sa création, en plus de la bénédiction complète de Dieu, la mort n’a absolument aucun pouvoir sur ce qui sous sa main :D

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