Ces théologiens de l’A.T. qui reconnaissent que Genèse 1 est écrit avec une conception ancienne du cosmos!(1/3)

Posté par Benoit Hébert
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John Walton est professeur d’A.T. au Wheaton College dans l’Illinois, auteur et éditeur de nombreux commentaires l’A.T. Tout au long de ses recherches, Walton a porté son attention sur la comparaison de la culture et de la littérature biblique et de celle du Proche Orient ancien. Il a publié des dizaines de livres, des articles et des traductions, dont son dernier ouvrage : The Lost World of Genesis One (Le monde perdu de Genèse 1). Il est en accord avec l’interprétation littéraire de la Genèse défendue par un grand nombre de spécialistes comme Henri Blocher en France (La révélation des origines) mais il va plus loin. Dans son ouvrage qui suscite un débat, Walton défend une interprétation originale. Walton pense que le verbe bara (créer) dont nous avons déjà parlé sur ce blog ne décrit pas l’origine matériel des éléments du cosmos, mais l’attribution par Dieu d’une fonction ou d’un rôle à jouer à chacun de ces éléments. La structure en 7 jours décrit selon lui les étapes avant l’inauguration de l’univers par Dieu en tant que temple cosmique le 7ème jour.

Nous avons déjà publié un article écrit par John Walton sur ce blog, et comme je l’ai déjà écrit, je ne suis pas convaincu par sa démonstration qui exclut le fait que Genèse 1 nous parlerait de l’origine matériel du monde. Je ne suis pas le seul, puisque Matthieu Richelle va dans le même sens dans De la Genèse au génome récemment publié.

« Une variante (d’interprétation) proposée par John Walton ne peut être retenue : selon lui, les sept jours consistent en l’inauguration de ce temple et la création doit être comprise en termes fonctionnels et non matériels. Autrement dit, « créer » un élément signifierait ici lui attribuer un rôle. Nous avons déjà signalé l’inauguration de temple en une semaine, cependant cela pouvait aussi durer trois jours….Mais l’idée d’une inauguration d’un cosmos déjà façonné, sans « fabrication » supplémentaire d’ « espaces » ou d’ « habitants », se heurte aux formules « qu’il y ait », « Dieu créa », « Dieu fit », etc…Le caractère bancal de l’argument de Walton se révèle également quand il affirme que la séparation des eaux et le rassemblement des « eaux qui sont en dessous du ciel » relèvent du domaine « fonctionnel », alors que ces événements supposent à l’évidence un véritable bouleversement matériel. Bref, la thèse de cet auteur est fort mal établie. »

Matthieu Richelle est très clairvoyant sur ce point, pourtant, le livre de Walton a un avantage sur son analyse. Matthieu Richelle a choisi une traduction de raqia qui signifie « étendue » au lieu de firmament, un dôme solide séparant les eaux d’en haut de celles d’en bas créé le deuxième jour. John Walton n’a pour sa part aucun mal à reconnnaître que Genèse 1 et tout l’Ancien Testament ont été écrit avec une COMPREHENSION ANCIENNE DU COSMOS ET DE LA GEOGRAPHIE QUE LE SAINT ESPRIT N’A PAS JUGE NECESSAIRE DE MODIFIER DANS LE PROCESSUS D’INSPIRATION. Autant le dire, accorder une place au principe d’ « accommodation » ou d’adaptation de Dieu dans l’inspiration est un sujet quasi tabou chez certains évangéliques français, parce que ce serait remettre en cause une certaine conception de l’inerrance biblique. Refuser de le faire, c’est pourtant refuser de faire justice au texte lui-même et au choix de Dieu, et s’épargner bien des soucis d’interprétation de certains textes en ce qui concerne la science. NOUS N’AVONS PAS A DECIDER SI OUI OU NON DIEU PEUT SE SERVIR DE LA SCIENCE ANCIENNE DES AUTEURS INSPIRES ? NOUS NE POUVONS QUE CONSTATER LE CHOIX DU SAINT ESPRIT ET NOUS Y SOUMETTRE!! Et visiblement, ce choix est positif !

Voici quelques extraits du premier chapitre du livre de John Walton, qui est tout sauf un auteur théologiquement « libéral ».

Genèse 1 est de la cosmologie ancienne

« Alors quelles sont les idées culturelles derrière Genèse 1 ? Notre première proposition est que Genèse 1 est de la cosmologie ancienne. C’est-à-dire que ce chapitre n’essaye pas de décrire la cosmologie dans des termes modernes ou de répondre à des interrogations modernes. Les Israélites n’ont reçu aucune révélation pour mettre à jour ou modifier leurs conceptions « scientifiques » du cosmos. Ils ne savaient pas que les étoiles étaient des soleils ; ils ne savaient pas que la terre était sphérique et se déplaçait dans l’espace ; ils ne savaient pas que le soleil était beaucoup plus éloigné que la lune, ou même plus éloigné que les oiseaux volant en l’air. Ils pensaient que le ciel était solide (et non vaporeux), assez solide pour supporter le lieu d’habitation de Dieu ainsi que pour retenir les eaux d’en haut. Ainsi et de bien d’autres façons, ils partageaient les mêmes convictions que les autres peuples anciens, et n’avaient pas notre connaissance sur ces sujets. Et Dieu n’a pas jugé important de changer leurs idées.

Certains chrétiens abordent le texte de la Genèse comme si la science moderne s’y trouvait et comme si le texte devait nous dicter ce que la science moderne était censée découvrir. On appelle cette approche le « concordisme », parce qu’elle cherche une explication scientifique moderne aux détails du texte. Ceci représente une tentative de « traduction » culturelle du texte pour le lecteur moderne. Le problème est que nous ne pouvons pas traduire leur cosmologie dans notre cosmologie, et que nous ne devrions pas le faire. Si nous acceptons que Genèse 1 soit de l’ancienne cosmologie, alors il nous faut l’interpréter comme de la cosmologie ancienne plutôt que de traduire le texte dans de la cosmologie moderne. Si nous faisons cette dernière transformation, nous faisons dire au texte quelque chose qu’il n’a jamais dit. Il ne s’agit pas simplement d’ajouter du sens (alors que plus d’information est disponible), il s’agit d’un changement du sens. Et puisque pour nous le texte fait autorité, il est dangereux de changer son sens pour lui faire dire quelque chose qu’il n’a jamais voulu dire.

Un autre problème avec le concordisme est qu’il suppose que le texte devrait être compris par référence avec le consensus scientifique actuel, ce qui voudrait dire qu’il ne correspondrait ni au consensus du siècle dernier, ni à celui du prochain siècle. Si Dieu avait eu l’intention de faire correspondre sa révélation à la science, alors nous devons nous demander de quelle science il s’agit !…Ainsi, si Dieu avait fait correspondre sa révélation avec une science particulière, le message aurait été incompréhensible pour les personnes vivant avant de telles découvertes, et il aurait été obsolète pour ceux qui auraient vécu après. Nous ne gagnons rien à vouloir aligner la révélation divine avec la science actuelle. Par contraste, il est tout à fait raisonnable de réaliser que Dieu a communiqué sa révélation à son auditoire immédiat d’une façon qu’il pouvait comprendre.

Dieu n’a pas jugé nécessaire de communiquer d’une façon différente à propos du monde que ce qu’ils imaginaient, mais il s’est contenter de les voir conserver la géographie cosmique ancienne, nous pouvons en conclure que ce n’était pas le but de Dieu de révéler les détails de la géographie cosmique (définie comme l’opinion de chacun à propos de la structure du cosmos). La forme de la terre, la nature du ciel, la localisation du soleil, de la lune et des étoiles sont sans importance ici, et Dieu pouvait communiquer sans se préoccuper de ce que chacun pensait à ce propos. Le concordisme essaye de savoir ce que pouvaient bien être les eaux d’en haut (Gen 1 :7), alors que notre vision des choses est que la terminologie décrit simplement la géographie cosmique dans la vision des Israélites pour une tout autre raison….

Si la géographie fait partie de la culture plutôt que de la vérité révélée, elle a sa place parmi les nombreux autres exemples de notions culturelles relatives. Par exemple, dans le monde ancien, les gens pensaient que le siège des émotions, de l’intelligence et de la personnalité résidait dans les organes internes, en particulier le cœur, mais aussi le foi, les reins et les intestins. Beaucoup de traductions utilise le mot « intelligence » quand l’hébreux utilise le mot entrailles…»

Dans ces notes à propos de ce chapitre de son livre, John Walton recommande explicitement le livre de Denis lamoureux : Evolutionary Creation, pour « des exemples de la pensée ancienne dans d’autres catégories de la science, pp 105-147 », et la biologie est incluse.

Des théologiens « conservateurs » aussi prestigieux que Bruce Waltke et Tremper Longman ont recommandé ce livre.


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