"Adam et Eve ont-ils existé? Réponse aux arguments évangéliques" (2) par Georges Daras

Posté par Benoit Hébert

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Georges Daras est « titulaire d’un master en théologie, chrétien de sensibilité protestante, et habite Bruxelles. »

Son blog  » exégèse et théologie » « a pour but principal d’ouvrir une fenêtre sur des questions exégétiques, historiques et théologiques, relatives au monde biblique. .. »

A la lecture de plusieurs articles, on découvre que Georges Daras n’est pas un « évangélique traditionnel », et ne se qualifie pas d’évangélique d’ailleurs, mais que son parcours l’a amené à pousser la réflexion dans des domaines qui touchent de près les lecteurs de ce blog.

Je livre donc à votre réflexion cet article que Georges Daras a accepté de publier sur ce blog, espace où des arguments contradictoires peuvent s’exprimer. Ses propos n’engagent que lui et sont le témoins des débats théologiques et bibliques qui animent le monde protestant à propos des origines de l’homme.


Cet article est la suite du précédent!

 

« 3. Le parallèle que Paul opère entre le Christ et Adam (Rm 5) exigerait un Adam historique.

Beaucoup d’évangéliques pensent que tout le raisonnement de Paul tombe à l’eau si l’on ne conçoit pas nécessairement Adam comme une personne historique4. C’est ce que je conteste fermement. Même si, à son époque, Paul pouvait spontanément penser qu’Adam fut un personnage historique, rien ne nous oblige aujourd’hui, avec les avancées des connaissances scientifiques et bibliques, à tenir pareille affirmation. Comment dès-lors concevoir le parallèle opéré entre Adam et le Christ, sans rien ôter de sa puissance et de sa vérité?

Il faut souligner la complexité de la question et la difficulté à en saisir les rouages, quand l’on est résolu à écarter les solutions simplistes.

REMARQUES PRÉLIMINAIRES

1. Paul ne dit rien sur l’historicité d’Adam (je l’ai déjà noté → I.1.). La question n’est pas posée, ce qui n’a rien d’étonnant à l’époque. Pour qu’un problème soit soulevé, il faut que les conditions nécessaires y poussent. Qu’est-ce qui en matière de science et d’histoire aurait pu, à l’époque de Paul, rendre inévitable la question de l’historicité d’Adam? Pas grand-chose. Tandis qu’à notre époque et depuis l’essor des sciences humaines et la progression des connaissances scientifiques, la Bible a été vue sous un angle nouveau et des questions inédites surgirent. Cette constatation préliminaire doit nous rappeler la distance historique et culturelle qui nous sépare de Paul et de son temps.Ensuite, Paul ne parle pas d’un supposé Adam historique, comme je l’ai également signalé (→ I.1.), mais se pose en interprète-théologien du récit de la Genèse.

2L’historicité d’Adam est présupposée. Si le raisonnement paulinien ne part pas de l’historicité d’Adam ni ne l’affirme, il faut néanmoins admettre qu’il s’agit d’une présupposition 5. La question qui se pose alors est de savoir si, dans notre contexte actuel, il est nécessaire de maintenir cette présupposition ou s’il est possible de s’en passer, sans pour autant invalider la démonstration de Paul.

Précisons qu’il ne s’agit pas de trouver une alternative faute de mieux! Au contraire, je pense que l’approfondissement suscité par la difficulté rencontrée contribue à améliorer notre compréhension du texte et de sa portée théologique. Les évangéliques s’imaginent souvent que la valeur d’un texte est amoindrie, voire sapée, si l’on évacue son caractère historique. Je pense au contraire que c’est l’historicisme qui entraîne un appauvrissement. Bien entendu, il ne s’agit pas d’évacuer allègrement toute historicité de la Bible, mais de ne pas tomber dans l’excès qui consiste à voir de l’histoire partout et en tout ce qui à l’évidence ne doit pas être considéré comme tel. Chez les évangéliques, l’historicité est élevée au rang de principe à cause de son implication étroite, même structurelle, dans la “vérité” de la Bible, telle qu’ils la conçoivent 6.

VERS UNE RÉSOLUTION DU PROBLÈME

Si la pensée de Paul dans ce texte est réputée difficile et complexe, la résolution de notre problème ne l’est pas autant. En effet, il ne s’agit pas de faire l’exégèse du texte dans ses moindres articulations, mais de proposer un changement de perspective: au lieu de partir d’Adam pour aller au Christ, partir du Christ pour aller vers Adam. On passe d’un point de vue chronologique à un point de vue christologique.

Procédons par étapes:

  • Étape 1: Puisque Paul se pose en lecteur-interprète de la Genèse, il importe d’abord de montrer que le récit de la faute peut être lu de manière non historique. C’est le sujet d’un autre article auquel je renvoie le lecteur: “Si Adam n’a pas existé…“. Dans cet article, je montre que si la représentation du péché d’Adam en Genèse 3 est fictive, ce que l’auteur véhicule par le moyen de cette représentation ne l’est pas. J’ajoute que l’historicité que l’on chercherait vainement en Adam, il faut la situer chez cet autre “Adam” qu’ est l’auteur du récit (individuel et collectif; de même que tout lecteur), dans son historicité et son humanité, accueillant dans sa conscience et sa foi la révélation de Dieu à laquelle il est rendu participant en tant que témoin. Ainsi, l’historicité d’Adam consiste dans l’historicité de la condition humaine devant Dieu, à la lumière de la révélation. J’insiste: l’historicité n’est pas niée, elle est déplacée; la réalité de la faute n’est pas niée, elle est située dans la profondeur.
  • Étape 2: Il importe maintenant de prendre connaissance du mouvement qui anime la comparaison du Christ et Adam en Romains 5:Le point de départ de Paul est le Christ et le salut qui est opéré par lui, à la lumière desquels le récit de la Genèse et la figure d’Adam sont interprétés. C’est le Christ Sauveur qui commande en retour l’affirmation de l’Adam pécheur, non l’inverse; l’universalité du péché en Adam découle de l’universalité du salut en Christ, non l’inverse; le rôle d’Adam en tant que père d’humanité et cause du péché est (ré)affirmé à partir du rôle du Christ, chef de file d’une humanité nouvelle et cause de son salut. Adam devient “le répondant tout entier négatif de l’oeuvre salvifique du Christ7“. Le théologien bénédictin Jean-Michel Maldamé écrit à ce propos: “C’est parce qu’il sait que le Christ est le sauveur de toute l’humanité qu’il reprend le texte de la Genèse. Le chemin de la Révélation n’est pas allé de la faute au Rédempteur, mais de la reconnaissance de l’action de Dieu sauveur à l’intelligence de la nature du salut et donc du péché qu’il surmonte. Pour en dire la dimension universelle, la référence à Adam est éclairante.” (Le péché, p. 197) En bref: La démonstration que Paul construit en Romains 5 est théologique; l’historicité d’Adam est celle que lui confère Paul à partir du récit de la Genèse (texte → histoire), dans un mouvement similaire mais inversé à celui de “l’auteur” de ce même récit, qui exprime son expérience historique dans un récit narratif fictif (histoire → texte).

Si je pense avoir montré que, d’une part, Paul ne tente pas d’établir l’historicité d’Adam et, d’autre part, que ce dernier n’est mis en relief qu’à la lumière du Christ, la question du rapport entre les deux reste encore posée et demande un éclaircissement supplémentaire. Ce sera l’étape suivante.

Notes:

4.Gleason Archer: “Dans Romains 5, Adam est mis en contraste avec Christ. Par conséquent, si Christ a réellement vécu dans l’histoire, Adam lui-même doit avoir été un individu historique; ou alors, l’apôtre inspiré s’est trompé.” (Introduction, p.225-226) Blocher: “L’argument de saint Paul en faisant le lien entre les deux Adams, entre le Chef selon l’alliance originelle et le Chef selon l’alliance nouvelle, précisait justement cette logique: à péché historique, rédemption historique. […] Les deux fois il a dû s’agir d’un acte réel, sinon le second Adam n’aurait pas pu réparer l’oeuvre du premier.” (Révélation, p. 166)

Blocher va plus loin, puisqu’il attribue à “l’interprétation mythiste” des conséquences théologiques inacceptables. Contrairement aux mythes du Proche-Orient ancien, le récit de la Genèse attribue au mal un commencement historique qui exclut toute intégration dans l’ordre et l’être du monde. Renier l’historicité de la faute conduit soit à l’inconséquence soit à l’inacceptable. L’inconséquence consiste à maintenir le sens biblique de la faute “sans le commencement historique” (Révélation, p. 164, l’auteur souligne); l’inacceptable c’est faire du mal un élément intégrant de l’ordre créé et de l’humanité. Je pense que l’erreur de Blocher dans son analyse et dans la critique qu’il adresse à Paul Ricoeur, c’est de présupposer que le récit biblique et l’histoire se trouvent sur le même plan, que le sens du récit renvoie à l’événement réel, de sorte que renier l’historicité sur le plan de l’histoire c’est forcément altérer le sens du récit, tandis que maintenir les deux simultanément est illégitime. Je pense toutefois qu’il est possible et même nécessaire de distinguer les deux plans, biblique et historique, sans quoi l’on tombe dans les invraisemblables excès évoqués dans cet article. Quand, de manière récurrente, une information biblique ne correspond pas à la réalité, ce n’est pas la réalité qu’il faut changer mais la manière de lire et de comprendre la Bible. Il me semble par ailleurs que pour Blocher et les évangéliques, ce qui vaut pour le récit d’Adam vaut également pour des récits moins “fondamentaux”. Que ce soit la Genèse, la conquête de Canaan (Josué) ou l’histoire de Jonas, le même principe est appliqué. Ce qui tend, à mon avis, à l’affaiblissement de l’argument avancé par Blocher en faveur de l’historicité de la faute, puisqu’à côté du caractère “décisif” qui rend l’historicité incontournable on retrouve l’application du principe selon lequel la Bible dit vrai “à tous les niveaux” et donc “aussi en histoire” (Blocher dans “Histoire, vérité et foi chrétienne“, Théologie évangélique vol 7, n°2, 2008, p. 134). En ce sens, tout est décisif, puisque le principe en dépend. Certes, Blocher admet “la possibilité de fictions inspirées», mais ce n’est que pour y cantonner “au moins quelques paraboles de Notre Seigneur […]” (Texte et historicité, p. 186). Autant dire pratiquement rien! Admettre que “quelques paraboles” soient de la fiction c’est en quelque sorte comme admettre qu’un texte écrit en alexandrins soit un poème.

5. “Cet homme est l’individu Adam, premier homme et père de l’humanité entière.” (Simon LégasseRomains, p. 361.) Les exégètes “critiques” ne doivent évidemment jamais chercher de “pauvres échappatoires”, comme le note justement Blocher (Révélation, p. 160-161) contre Leenhardt qui, dans son commentaire de Romains 5, nous assure que pour Paul, Adam “c’est l’humanité”. Voir aussi la critique de Légasse p. 361 de son commentaire.

6.  Voir à ce sujet mon article “La Bible affirme, les sciences confirment“, note 1.

7.  Gustave MarteletLibre réponse à un scandale, Paris, Cerf, 1986, p. 48. »

A suivre


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15 Commentaires

  1. Marc sam 14 Jan 2012 Répondre

    Cher Daras,

    Il y a dans ton approche de nombreux points intéressants voire même évidents. J’avoue très humblement que ma « culture évangélique » est mise à rude épreuve.

    Certains points me semble-t-il, méritent cependant qu’on y regarde de plus près :

    exemple :
    « C’est le Christ Sauveur qui commande en retour l’affirmation de l’Adam pécheur, non l’inverse; l’universalité du péché en Adam découle de l’universalité du salut en Christ, non l’inverse; le rôle d’Adam en tant que père d’humanité et cause du péché est (ré)affirmé à partir du rôle du Christ, chef de file d’une humanité nouvelle et cause de son salut »

    Cela me semble en contradiction flagrante avec ce que Paul annonce en 1 Corinthiens 15:21 (en tout cas avec la lecture que j’en ai toujours eu..) :
    « En effet, puisque la mort est venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts ; comme tous meurent en Adam, en Christ tous recevront la vie ; »

    J’ai encore d’autres questions, mais tout d’abord, comment réconcilions-nous ce texte de Paul avec ta démonstration ?

    J’ai bien en mémoire que Dieu ne s’est pas fait surprendre par le péché de l’homme, car Christ est cet « agneau sans défaut et sans tache, prédestiné avant la fondation du monde, et manifesté à la fin des temps, » (1 Pi 1:20).
    Mais il me semble néanmoins que ta démonstration prend littéralement 1 Corinthiens 15 à contre-pied.

    Merci pour ta réponse.

  2. Daras sam 14 Jan 2012 Répondre

    Bonjour Marc,

    Merci pour ton appréciation sincère (on se tutoie, pas de problème!).

    Concernant 1 Co 15.21, il me semble que je ne suis pas davantage en « contradiction » apparente que je ne le suis déjà avec Romains 5. On se trouve dans un même cas de figure où Paul opère un parallèle entre le Christ et Adam. Je ne saisis pas la nature du problème que tu soulèves. Il me faut plus de précisions.

    Cela dit, suite au lien que tu as fait vers le site de ce « Big Bad Bruno », une citation de Blocher m’a interpellé, disant que « le parallèle avec le Christ (Rm 5,12ss.) n’exige pas la paternité [d’Adam], puisque le Christ, justement, est chef sans être père. Il peut y avoir solidarité sans hérédité […] » (Révélation des origines, éd. de 1987, p. 253). Je me demande du coup si Blocher ne fait pas une distinction entre l’historicité de l’Adam de la Genèse (discutable) et l’historicité de la faute (indiscutable mais indéfinie), de sorte qu’il pourrait sauvegarder coûte que coûte la seconde sans pour autant soutenir la première. Bref. Je vais de nouveau réviser mon Blocher et voir si une nuance de doit pas être apportée dans mon article.

    Daras

    • Marc sam 14 Jan 2012 Répondre

      Oui en effet Daras, les interprétations traditionnelles de Ro5 sont autant mises à mal que celles de 1 Co 15. Mais justement !… Pour ma part je n’y trouve pas mon compte, comme s’il manquait qq pièces au puzzle.

      Il faut avouer que le fait d’être poussé à ces discussions parce que quelque part la science nous y emmène est un chemin délicat (un fil devrais-je dire). Le spectre du libéralisme biblique ne se profile-t-il pas au bout de ces interprétations ?

      Je reprends ta citation (oui excuse-moi, j’ai le tutoiement facile…) : « C’est le Christ Sauveur qui commande en retour l’affirmation de l’Adam pécheur, non l’inverse ».

      J’en saisi peut-être mal le sens, pourrais-tu étayer sur ce sujet STP ?

      • Daras dim 15 Jan 2012 Répondre

        @Marc,

        Comme dans mes articles j’essaie toujours d’exprimer mes idées du mieux que je peux et le plus clairement possible, je suis quelque peu désemparé quand on me demande de me réexpliquer…

        Concernant le second paragraphe de ton commentaire, j’y réponds sommairement dans mon article au point 5a. Je devrais par ailleurs publier un article à ce sujet; j’ai un brouillon qui attends d’être revu et augmenté…

        Quant à ta demande d’étayement, la portion de phrase que tu cites fait partie d’un développement plus large qui la porte. Il s’agissait pour mon d’affirmer « un changement de perspective », celle qui porte l’argumentation de Paul. Pour faire simple, si Paul nous parle de Genèse 3 et qu’il convoque la figure d’Adam pour le situer dans le drame cosmique de la rédemption, ce n’est pas pour occuper ses journées de pharisien zélé à méditer le livre de la Genèse, mais parce qu’il a rencontré le Christ, le Sauveur, le Rédempteur qui lui fait voir les choses d’une tout autre manière. C’est pourquoi je dis que dans l’argumentation de Paul c’est ce qu’il pense du Christ qui conditionne ce qu’il dit en retour d’Adam et que ce qu’il dit d’Adam n’acquière sa pleine pertinence théologique qu’à partir de ce qui est dit de Jésus-Christ. C’est dans cette logique que je place la proposition que tu reproduis.

        N’hésites pas à de nouveau exprimer ta perplexité si tu n’es pas convaincu.

        • Marc dim 15 Jan 2012 Répondre

          Merci Daras pour ta patience et ta compréhension.

          Si cet exercice pour toi est familier, sache que nous sommes quelques-uns à nous tenir encore sur le palier… et personnellement j’aime bien aller au fond des choses et m’assurer de déjà bien avoir compris la pensée de l’auteur avant d’argumenter (parfois le contraire !).

          En étudiant de plus près le contexte du chapitre 15 de 1 Corinthien, j’ai pu rejoindre l’idée que tu soulèves de Paul partant du Christ pour en arriver à Adam, en reliant le verset 20 au verset 21 (et au contexte des versets précédents).

          « 20 […] Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui sont morts.
          21 En effet, PUISQUE la mort est venue par un homme, c’est par un homme AUSSI que vient la résurrection des morts : »

          Le « Puisque » associé à Adam et le « Aussi » associé à Jésus nous inviteraient en effet à y voir la pensée de Paul se développer de Adam vers Jésus, mais le sujet central de la démonstration de Paul ici est bien le Christ et le Christ ressuscité.
          La structure en Chiasme des 2 versets ne m’avait jamais frappé auparavant.

          En quelque sorte, nous pourrions paraphraser : Puisque le péché (la mort) est entrée dans le monde par un homme, il fallait que la rédemption vienne également par un homme (le Christ).
          Si l’homme dans se passage (ou Adam) est pris au sens de l’humanité et non pas d’un individu historique, cela n’enlève rien à la nécessité de l’incarnation du Dieu Sauveur en Jésus fils de l’homme….

          On resterait donc en harmonie avec le message central du Christ Sauveur sans pourtant avoir à prendre appui sur l’historicité d’Adam, tu confirmes ?

          • Daras dim 15 Jan 2012 Répondre

            @Marc,

            Je suis d’accord avec ton derniers message. Je précise toutefois que je n’ai rien contre le fait que Paul pourrait présupposer un Adam historique (celui de la Genèse). Je n’entends pas forcer le texte en prétendant qu’Adam c’est l’humanité. Paul s’exprimait avec les connaissances de son temps, mais ceci est de peu d’importance, puisque l’important est qu’il s’exprime sur la base des Écritures. Il ne disserte pas sur le premier homme mais se pose en interprète-théologien du récit de la Genèse.

  3. Auteur
    Benoit HEBERT sam 14 Jan 2012 Répondre

    @Daras,

    L’un des moments forts de votre article pour l’évangélique que je suis est celui-ci:
    « Précisons qu’il ne s’agit pas de trouver une alternative faute de mieux! Au contraire, je pense que l’approfondissement suscité par la difficulté rencontrée contribue à améliorer notre compréhension du texte et de sa portée théologique. Les évangéliques s’imaginent souvent que la valeur d’un texte est amoindrie, voire sapée, si l’on évacue son caractère historique. Je pense au contraire que c’est l’historicisme qui entraîne un appauvrissement. »

    Vous opérez là un retournement de situation , mais à bien y réfléchir, ne serait-ce pas en effet amoindrir voire tordre le sens d’un texte en l’interprétant de manière historique alors que ce n’est pas sa vocation?

    Autre temps fort
    « Chez les évangéliques, l’historicité est élevée au rang de principe à cause de son implication étroite, même structurelle, dans la “vérité” de la Bible, telle qu’ils la conçoivent »

    C’est bien là le coeur du pb.

    Et toute la difficulté me paraît de conserver l’historicité de ce qui doit l’être, là où une certaine critique biblique est tombée dans bien des excès, par volonté de rationalisation.

    D’un autre côté, les évangéliques seraient-il tombés dans l’extrême inverse pour se protéger en postulant que tout est historique par défaut parce qu’inspiré?

    Au final ces deux positions extrêmes ne se rejoignent-elles pas en donnant à l’histoire et la raison une importance excessive? Bref nous sommes sur une corde raide!

    Le déplacement que vous proposez, et qui me paraît partagé par d’autres comme Pierre Grelot est sans aucun doute un bouleversement pour le raisonnement évangélique traditionnel .

    Pour moi, au fond, l’essentiel est dit ici, même s’il ne résout pas la raison du « comment s’est arrivé »:

    « Ainsi, l’historicité d’Adam consiste dans l’historicité de la condition humaine devant Dieu, à la lumière de la révélation. J’insiste: l’historicité n’est pas niée, elle est déplacée; la réalité de la faute n’est pas niée, elle est située dans la profondeur. »

    Je partage l’analyse de fond de Henri Blocher
     » l’inacceptable c’est faire du mal un élément intégrant de l’ordre créé et de l’humanité. » Si le péché faisait parti de notre nature d’êtres créés à l’image de Dieu, quel serait le reproche que Dieu pourrait nous faire quand pêchons? Certains théologiens anglo-saxons comme Georges Murphy, John Schneider ou même Daniel Harlow (Calvin College) ne me paraissent pas loin de d’une interprétation pour moi inacceptable du péché le liant directement à notre nature héritée de notre passé biologique, le rendant « inévitable mais non nécessaire ». Certains sont d’ailleurs tentés par l’universalisme en tant que lien logique de cette position.

    Suggérez-vous que Paul Ricoeur préserve ce côté scandaleux du mal, sans pour autant juger nécessaire l’historicité d’Adam?

    J’ai encore bien des idées en tête mais je m’arrête là pour le moment.

    • Daras dim 15 Jan 2012 Répondre

      Benoit,

      (Comme je ne vais pas tutoyer les uns et vouvoyer les autres, alors je m’en tiens au tutoiement.)

      La position que je défends est courante dans les milieux non-évangéliques (protestants ou catholiques). Ce n’est pas une nouveauté. Tout ce qu’il y a d’original dans ma démarche c’est que j’essaie de dialoguer avec les évangéliques, ce qui est très rare venant de non-évangéliques.

      Ensuite, tu as bien raison de souligner qu’il peut y avoir des excès de part et d’autre, tant chez les évangéliques et chez ceux qui acceptent les principes des méthodes historiques et critiques. Toutefois, on n’a pas affaire au même genre d’excès. Un des principes justement de l’approche critique est l’autocritique et la remise en question perpétuelle. Cela veut dire que les choses peuvent évoluer de ce côté-là, et elles ont effectivement évolué dans le sens que l’historico-critique n’est plus actuellement le tout de l’exégèse, mais une étape nécessaire. Par contre, pour ce qui est du camp évangélique (du moins francophone), je ne vois pas quels débats et quelles discussions, quelle autocritique et quelle évolution il peut y avoir quand on fait de l’historicité un principe de vérité des textes bibliques. C’est ce que je critique dans mes articles. On le voit, les excès des uns n’équivalent pas ceux des autres.

      Étant donné que le caractère scandaleux du mal ne tient pas à l’historicité de l’Adam de la Genèse (je dis bien de la Genèse), alors je pense que la position de Ricoeur ne met pas en dangers ce caractère scandaleux.

      • Auteur
        Benoit HEBERT dim 15 Jan 2012 Répondre

        bonjour Daras,
        je te remercie encore une fois pour le grand effort de pédagogie et de patience dont tu fais preuve pour expliciter ta pensée.

        Tes textes sont très clairs et aussi très denses. De part ta connaissance et ta réflexion,tu écris dans un langage théologique qui n’est pas évident pour tous les lecteurs de ce blog (ni pour moi d’ailleurs), intéressés par la théologie mais pas spécialistes non plus.

        Notre but est que le plus grand nombre soit capable de suivre la discussion! C’est pourquoi aussi je me permets de « commenter » ton texte sans y apporter souvent aucune idée nouvelle mais en soulignant les points qui me paraissent importants.

        Ta volonté de dialogue est qq chose de précieux!

        Je n’ai pas encore lu Ricoeur, mais en te lisant et en lisant Big Bad Bruno, je crois qu’il y a chez lui des clés qui permettent de résoudre un certain nombre d’interrogations encore pour moi en suspend!

  4. Jonathan dim 15 Jan 2012 Répondre

    Petite question un peu hors-sujet :

    À la lumière de tout cela, comment interprétez-vous Actes 17:26 ?

    « Il a fait que tous les hommes, sortis d’un seul sang, habitassent sur toute la surface de la terre » (LSG)

    Si la paternité d’Adam n’est pas objectivement vrai, qu’est-ce que Dieu a bien voulu communiquer dans ce verset exactement ?

    J’avoue que c’est un des versets qui me pose beaucoup de problème, car même si l’on considère que Paul avait les conceptions de ses contemporains, il n’empêche que le Saint-Esprit inspirait effectivement une donnée, une vérité.

    Est-ce qu’il faut comprendre « sorti d’un seul sang » par « appartenant à la même race, à la même espèce » ?

    • Auteur
      Benoit HEBERT dim 15 Jan 2012 Répondre

      Bonjour Jonathan,

      Le principe du « message véhiculé » énoncé par Denis Lamoureux me semble répondre à cette question.

      Paul, comme les juifs de son temps, croyait qu’Adam était l’ancêtre biologique de toute l’humanité. Le Saint Esprit n’a pas jugé nécessaire de modifier cette conception scientifique erronée, mais la vérité qu’il exprime est universelle: les hommes ne forment qu’une seule « race » (aujourd’hui on dirait comme un reportage d’Arte récemment « nous sommes tous des africains », d’où l’aberration du racisme s’appuyant sur la théorie de l’évolution!)

  5. Jonathan dim 15 Jan 2012 Répondre

    Ok oui je vois, c’est bien ce que je pensais.
    Merci !

  6. Daniel PIGNARD mar 31 Jan 2012 Répondre

    Vous avez tout faux, aussi intelligents que vous soyez. Un enfant, en croyant le récit de la Genèse, est plus intelligent que vous. N’avez-vous pas lu que le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent ?
    Adam et Eve sont nommés par Jésus-Christ. Le déluge est nommé par Pierre et ce qu’il en dit vous juge.
    «sachant avant tout que, dans les derniers jours, il viendra des moqueurs avec leurs railleries, marchant selon leurs propres convoitises et disant: Où est la promesse de son avènement? Car, depuis que les pères sont morts, tout demeure comme dès le commencement de la création. Ils veulent ignorer, en effet, que des cieux existèrent autrefois par la parole de Dieu, de même qu’une terre tirée de l’eau et formée au moyen de l’eau et que par ces choses le monde d’alors périt, submergé par l’eau tandis que, par la même parole, les cieux et la terre d’à présent sont gardés et réservés pour le feu, pour le jour du jugement et de la ruine des hommes impies.
    » (2 Pi 3:3-7)

    « Car, si Dieu n’a pas épargné les anges qui ont péché, mais s’il les a précipités dans les abîmes de ténèbres et les réserve pour le jugement; s’il n’a pas épargné l’ancien monde, mais s’il a sauvé Noé, lui huitième, ce prédicateur de la justice, lorsqu’il fit venir le déluge sur un monde d’impies; s’il a condamné à la destruction et réduit en cendres les villes de Sodome et de Gomorrhe, les donnant comme exemple aux impies à venir, et s’il a délivré le juste Lot, profondément attristé de la conduite de ces hommes sans frein dans leur dissolution. » (2 Pi 2:4-7)

  7. Auteur
    Benoit Hébert mar 31 Jan 2012 Répondre

    Cher Daniel,

    Que tu ne sois pas d’accord avec un certain nombre d’idées exprimées sur ce blog, soit! Je crois que tous nos lecteurs l’ont compris!

    J’ai jusque là fait preuve de beaucoup de patience envers tes commentaires et j’ai failli les supprimer bien des fois.

    Je ne doute pas de ta sincérité et je te considère même comme un frère en Christ. La réciproque n’est visiblement pas de mise. J’en suis triste.

    A partir de maintenant, tes commentaires seront systématiquement refoulés s’il comportent des invectives.

    Si tu veux participer à la discussion, tu es le bienvenu, mais dans un autre état d’esprit.

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