150 Idées reçues sur la science

Posté par Marc Fiquet
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Christian Camara et Claudine Geston professeurs agrégés de science et vie de la terre, nous proposent une lecture rafraîchissante qui nous démontre bien comment les approximations  peuvent parfois fourbir en nous des certitudes s’avérant pourtant fausses.

Dans 150 idées reçues sur la science (édition First) les auteurs parcourent 7 thèmes scientifiques : des grands noms de la science à la terre et l’univers en passant par la physique, la biodiversité ou encore, terrain de prédilection pour les idées reçues : la théorie de l’évolution.

Certes il s’agit là d’un ouvrage très clairement destiné au grand public mais résumant bien la problématique en apportant l’éclairage permettant de renouer avec la réalité scientifique. En moyenne les sujets occupent 2 pages, ils sont plutôt variés, la lecture est facile et agréable.

Je la conseillerais particulièrement à un jeune public fin de collège / Lycée, non seulement pour pouvoir faire le malin en cours comme semble le suggérer la couverture du livre (!) mais surtout afin de prendre le plus tôt possible l’excellent pli du recul nécessaire, de la volonté de chercher/vérifier par soi-même et de l’esprit d’analyse tant nécessaire en science.

Nous y verrons donc par exemple pourquoi  (contrairement à une idée reçue) l’eau ne gèle pas systématiquement à 0°C, que la lumière n’est pas lumineuse, que le big-bang n’est pas une explosion ou encore que l’on peut réveiller un somnambule sans risque !

Voyons d’un peu plus près le chapitre sur l’évolution, plus en rapport avec notre Blog :

19 questions y sont traitées.
On nous rappelle tout d’abord le sens du mot théorie s’appliquant à l’évolution comme à d’autres sujets : « c’est une synthèse explicative qui s’appuie sur un ensemble de faits » (théorie n’est pas à prendre au sens limité de ‘hypothèse sans fondement’, c’est un modèle descriptif.)

« Elle affirme que les être vivants se transforment et que de nouvelles espèces apparaissent à partir d’autres préexistantes. »

Plusieurs arguments sont développés synthétiquement, mais sur le seul fait de vouloir donner une explication sur la ressemblance flagrante entre les différentes espèces, « seule la théorie de l’évolution nous donne une explication scientifique » (sous-entendu non religieuse).

Un rappel bien utile concerne la présence d’espèces qui en apparence ont très peu évolué au cours de plusieurs millions d’années. L’idée reçue est que ces « fossiles vivants » démontrent que l’évolution n’existe pas.

Pourtant plusieurs explications sont avancées comme le fait que d’autres facteurs que celui de la sélection naturelle peuvent intervenir dans le processus de transformation des espèces. Une observation évidente est que les espèces citées tels que les nautiles ou certains poissons bénéficient d’environnements très stables au cours du temps comme le fond des océans, la sélection naturelle ne privilégie alors pas de populations par rapport à d’autres puisque l’environnement n’exerce pas de pression particulière pour favoriser un individu qui serait plus adapté à un éventuel changement.

De plus, à y regarder de plus près, ces espèces anciennes présentent parfois des dissemblances telles (forme des nageoires par exemple) qu’on doit en fait les classer dans un autre groupe, l’évolution a bien eu lieue mais pas au même rythme.

On entend souvent que les êtres vivants s’adaptent à leur environnement (comme les bec du colibri qui s’allonge pour aspirer le nectar des fleurs). Encore un idée reçue qui témoigne d’une méconnaissance du fonctionnement de la sélection naturelle que l’article se plait à rectifier.

Dans la même veine, il sera rappelé que la fonction ne crée par l’organe, que le cou des girafes ne s’est pas allongé pour atteindre les feuilles des arbres, ou qu’avec la sélection naturelle, la loi du plus fort ne s’applique pas systématiquement.

Zoomons sur une dernière remarque qui stipulerait que les bactéries sont des êtres vivants peu évolués.

Même si l’état unicellulaire des bactéries nous met face à un organisme d’une simplicité incontestable, il faut remarquer ses facultés formidables qui lui ont permis de coloniser la terre entière et des endroits inédits comme des sources chaudes à plus de 100°. Elle sont indispensables au maintien de la vie sur terre participant au recyclage de la matière, nous aidant à digérer, etc..

Les bactéries ont su compenser la simplicité de leur structure par une complexité métabolique leur permettant de réaliser un large éventail de réactions chimiques afin de survivre dans des milieux aux conditions extrêmement variées.

d’autres sujets suivent, plus liés à l’évolution de l’homme que vous pourrez découvrir au sein de l’ouvrage si le cœur vous en dit.

Concluons sur un petit point sombre en guise de pirouette :
Au chapitre des Grands Noms de la Science, nous lisons que contrairement à une idée reçue, ce n’est pas Darwin qui a découvert l’évolution (ce qui est tout à fait exact et parfaitement décrit avec les travaux de Buffon, Lamarck, etc..).

Mais cette question subliminale plantée au beau milieu de l’article fait un peu tâche avec l’entendement que voudrait imprimer ce livre à nos esprits en proie aux facilités des idées populaires :

« Corollaire de la théorie Darwinienne, les êtres vivants ne sont pas parfaits. Comment alors un Créateur, parfait par nature, aurait-il créé des êtres imparfaits ? »

Même si la question est d’une grande pertinence (nous y reviendrons d’ailleurs ultérieurement dans ces colonnes), il me semble percevoir l’ironie fatale au Dieu créateur, évacué par une idée reçue qui parait ma foi bien tenace en tout cas dans l’espace médiatique français, la théorie de l’évolution est la théorie de l’athéisme !…

Excellent sujet qui pourrait en inspirer certains à l’édition d’un ouvrage intitulé « 150 idées reçues sur la foi ! » ;-)

1 Commentaire

  1. Benoit Hébert sam 01 Déc 2012 Répondre

    Tu m’as donné envie de lire ce bouquin!

    Le type de remarques « métaphysiques » que tu soulignes à la fin de ton article est effectivement assez typique dans toute la littérature scientifique française à propos de l’évolution.

    Pour le lecteur qui cherche sincèrement à s’informer, et le croyant en particulier, c’est créer un obstacle à la vulgarisation d’arguments scientifiques qui peuvent être tout à fait pertinents par ailleurs. Se sentant agressé dans ses convictions extra scientifiques, le lecteur aura tendance à jeter le bébé avec l’eau du bain, et c’est bien dommage.

    Il faut tout un apprentissage pour apprendre à reconnaître la validité d’une argumentation scientifique, sans tomber dans le piège de l’associer nécessairement aux opinions philosophiques de leur auteur!

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